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4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 09:57

ÉREINTER  & ÉREINTEMENT                                                                                                

            Se dit d’une critique violente et souvent partiale ayant pour but de nuire , voire même d’éliminer, une œuvre littéraire .(on dit aussi «  Estropier * «  )

            Les éreintements furent innombrables et ne reculèrent pas toujours devant la bassesse ou la grossièreté comme pour celui, particulièrement abject   ,que  Barbey d’ Aurevilly publia  à propos de “ Bouvard et Pécuchet “             de Flaubert en 1881 soit un an après sa mort  » Et il n’est pas que bête, ce récit qui est un phénomène de bêtise ! Par place aussi iI est dégoûtant et odieux. …. Y en a-t-il de cette perfection, impossible dans la bêtise humaine et dans l’ennui que produit ce roman sans gaieté, sans talent, sans observation neuve sur des types usés, sucés, épuisés — ce livre enfin illisible et insupportable, que l’auteur n’a pas fini « 

            Et , pour ne se cantonner qu’aux œuvres primées par  le jury des Goncourt  qui n’ont pas,elles non plus , échappé à la » bienveillance « des critiques , voici un petit florilège de quelques  « Amabilités «  proférées à leur sujet  extrait de l’excellent ouvrage « Goncourt , cent ans de littérature «  de Dominique –Antoine Grisoni (Agnès Vienot-2003)  que l’on ne saurai trop recommander de lire :

 

            -À commencer par les Goncourt eux-mêmes qui furent comparés par Angelo Rinaldi à «  Deux femmesde chambre  envieuses qui se rinceraient l’œil par le trou de l serrure « 

 

            -« Force ennemie « , Goncourt 1903 de John Antoine Nau fut  qualifié par  Paul Acker   dans le «  Gil Blas « du 8/12/1906 de «  …un des livres les plus écrits en charabia  que je connaisse « 

 

            -« Dingley l’illustre écrivain «  Goncourt 1906 de Jérome & Jean Tharaud  s’attira sous la plume de Jules Bois (Gil Blas du 21 Mai 1906 ) le commentaire : «  Certains livres inquiètent , énervent ,lassent tendent sur le monde une brume lumineuse qui , comme les étangs  de l’Inde  donne le pessimisme et la fièvre ….dans cette catégorie je range  cet étrange et poignant Dingley … »

 

            -Dans « l’Excelsior « du 5 Décembre 1912 , J. Ernest  Charles  fait un doublé en écrivant que   Louis Pergaud  , Goncourt 1910 pour « De Goupil à Margot «,  « …écrivait sur les bêtes  parce que les bêtes ne peuvent pas se plaindre «   et   , concernant André Savignon , Goncourt 1912 pour « Les filles de la pluie « que «  …cahin-caha,hue,dia,hop-là  ii est arrivé à lavictoire «  et   à la fin de son article  ,in cauda vénénum ,  que «…  monsieur Savignon a du talent . Je vous défie  de prouver le contraire  avant qu’il n’ait  publié son prochain livre « 

 

            -En 1913 , Marc Elder , prix Goncourt pour «  Le peuple de la mer «  s’attira d’André Maunier dans le «  Figaro «  du 7 Décembre 1913  le commentaire perfide : «  On chercherait en vain  …ce qui a pu séduire les dix . Chacun  des dix répondra que le « Peuple de la ler «  ne l’avait pas séduit ,mais « Le peuple de la mer «   il a eu le prix .

 

-Proust qui , écarté en 1913 fut primé en 1919  pour «  À l’ombre des jeunes filles en fleur » ne séduisit pas Paul Souday qui écrivit dans «  Le Temps « du 1° Janvier 1920 : »Chaque phrase prise à part …s’amplifie,se complique , s’enchevêtre , se replie en volutes et en queue de serpent .. »

 

-Pour le prix Goncourt 1921 attribué à René Maran pour « Batouala «   le critique du «  Charivari « du 25 Décembre 1921 se dissimule derrière les initiales «  AM «  pour écrire un propos fielleux et raciste : «…élucubration  négro-érotique du noir Maran …le style est déplorable  et d’une prétention risible .Il évoque ,ce style , l’image d’un négrillon en babouches,coiffé d’un chapeau haut de forme , le cou emprisonné dans un faux-col en celluloïd »

 

-Pour Henri Béraud , lauréat  Goncourt en 1922 pour deux œuvres « Le vitriol de lune »  & « Le martyre de l’obèse «  Jean-Jacques Brousson  écrit dans « L’excelsior «   du 19 Novembre  1922 : «  Roman ?..Hum !...L’intrigue , une boutade, : elle tiendrait  dans le chaton d’un bague  de quinze sous ! «  

 

-Henri Fauconnier , Goncourt 1930 pour « Malaisie «   dut se contenter du commentaire à l’emporte pièce d’André Thérive  qui écrivit dans « Le temps «   du 12 Décembre 1930  que l’auteur  « ….avait des dons évidents d’écrivain  et point du tout de savoir-faire …« 

 

-En demi-teinte  fut le commentaire  d’André Thérive dans «  Le Temps «  du 2 Décembre 1937 concernant  Charles Plisnier Goncourt de l’année pour «  Faux-Passeport « :Le style , sans cesse très fait,un peu théâtral empêche qu’on ne sente un petit frisson de curiosité que nous donnent les indiscrétions ….. »

 

-Concernant Jean-Jacques Gautier , Goncourt 1946 pour « Histoire d’un fait divers «  Marie Louise Baron écrivit dans «  Les lettres françaises «  du 6 Décembre 1946 : «  Pour faire «  Sanctuaire «  il faut être Faulkner..je crains bien que  M. Gautier  ne soit que M. Gautier  et que , partant d’une histoire vraie, il n’ait fait qu’un roman faux « 

 

            -On ne sait ce que Jean-Louis Curtis , Goncourt 1947 pour «  Les forêts de la nuit «  pensa du procédé employé par le critique André Rousseaux qui  , empruntant mot  pour mot  une citation du roman primé , la lui appliqua dans sa critique parue dans le «  Le Figaro «  du 13 Décembre 1947 : «  …autrement dit, zéro. Aucune sorte de génie dans aucun domaine de l’expression…fabrication en série …Un parmi d’autres … »

 

       -Et ,  toujours avide d’égratigner  ,le même André Rousseaux  s’intéressa  à Maurice Druon , Goncourt 1948 pour « Les grandes familles «  en écrivant dans «  Le Figaro littéraire «  du 11 Décembre 1948 : « ..l’académis Goncourt avait le choix entre  une œuvre de valeur et un  ouvrage en toc .C ‘est celui –ci qu’elle a élu ! «  et ,en concluant  : «  Le roman de M.Maurice Druon se pose comme une conversation de femmes du monde  ou un dialogue d’académiciens « …dernière appréciation prémonitoire à l’insu de son auteur …

 

       -En 1961 , Jean Cau , Goncourt pour «  La pitié de Dieu «  n’obtint pas la pitié d’André Stil qui , dans « L’Humanité « du 23 Novembre 1961 écrivait : «  Recette : vous prenez quelques  personnages anormaux. Vous les placez dans une situation  bien exceptionnelle….un bon «  Huis clos «  . Vous mélangez.Vous mélangez bien jusqu’à l’absurde . Cela fait un roman existentialiste de plus «  et , un peu plus loin : « « La pitié de dieu «  est d’ailleurs , s’il est possible d’y comprendre quelque chose ,  un roman sur l’irresponsabilité « 

 

       -« Le roi des aulnes «  de Michel Tournier , Goncourt 1970 ,  inspira Jacques Brenner qui  ,dans «  Paris-Normandie «  du 18 Septembre 1970 écrivait : «  Les amateurs de littérature baroque ,mêlant le grave au grotesque , la poésie à l’ordure ,la raison à la démence , doivent lire  « Le roi des Aulnes «  …Goethe aurait été indigné  de l’usage que fait M. Tournier  de son poème . Mais Goethe est mort . « 

 

       -Concernant le Goncourt 1971 attribué à Jacques Laurent pour «  Les bêtises »  le critique Pierre Daix  s’en prend à l’académie en écrivant dans « Les lettres françaises » du 24 Novembre 1971 : «  Ce n’est ni un prix , ni même un choix, c’est un programme. Faire servir  le prix Goncourt  au relais  dans une carrière  de » Caroline chérie «   c’est plus beau que nature  et cela dit  merveilleusement à quel  rôle d’adjuvant commercial  entendent  se promouvoir nos réformateurs « 

       Et soncollègue Jean Montalbetti   s’intéresse au lauréat en   écritvant plus sobrement dans  « Le magazine littéraire «  de Novembre 1971 : « Il a de la plume  et de la meilleure quand il ne se trompe pas d’encrier « 

 

       -Philippe Senart dans «  Combat « du 17 Octobre 1973  encense à sa mamière Jacques Chessex , lauréat du Goncourt 73 pour «  L’ogre « : «  M. Chessex ne nous montre que Croquemitaine  et nous n’entendons d’autre musique  que celle  , onctueuse et distinguée d’un harmonium d’église  de campagne. C’est du Gide fondant . »

 

       -Le cru 1978 n’est pas meilleur qui voit  Angelo Rinaldi   écorcher Patrick Modiano , prix Goncourt de l’année pour «  Rue des boutiques obscures « en écrivant  dans «  L’Express » du 25 Septembre 1978 : «  Sans cesse on éprouve l’ennui  teinté d’agacement du monsieur en visite  chez un raseur qui lui impose  de feuilleter son

album de famille «  .

 

       -En 1990  c’est au tour de Jean Rouaud , Prix Goncourt de l’année pour « Les Champs d’honneur «   d’être l’objet de la sollicitde attentive de  Renaud Matignon  qui s’épanche abondamment   dans le «  Figaro littéraire «  du 8 Octobre : «  Voici une drôle de chose paysanne …des pages et des pages ne suffisent pas à dire à force de ne pas dire ….le lecteur, lui , est de trop….le vide occupe le centre du récit « 

 

       -En 1999 , Jean Échenoz , courronné pour « Je m’en vais «  est épinglé par  Jean-Louis Ézine dans « Le nouvel observateur «  du 14 Septembre  en ces termes : «  Tout le monde s’ennuie , même le narrateur .C’est là un des effets indésirables , comme on dit sur les boîtes de médicaments , de la dérision …..le problème avec l’ironie c’est qu’elle tue le roman, c’est un acide ….Aucun personnage , aucun récit  n’y résiste . «

 

       On pourrait poursuivre ainsi à l’infini  ce florilège en  scrutant les critiques dont ont fait l’objet les autres prix littéraires  dont aucun n’a échappé aux aristarques de tout poil et , au – delà  les commentaires acerbes que quasiment toutes les œuvres publiées ont suscité ….

 

       Savoir dans quelle mesure ces  « amabilités «  affectent les auteurs est difficile ; pour une même œuvre les commentaires sont variés et les éloges côtoient souvent les éreintements …tout est donc sans doute  affaire de proportions  …

       De plus  , la pratique quasi constante de   l’éreintement par certains critiques  est de nature à leur ôter beaucoup de leur crédibilité …

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