Recherche du sens de mots rares ou disparus dans la sphère du livre et de la chose écrite , recherche d'éléments divers concernant ce même domaine et publication du résultat de ces recherches .
UNIQUE
1)Un exemplaire “Unique” est un livre qui présente des caractéristiques que l’on ne retrouve sur aucun autre(on dit parfois “ Unica * “ )
Il peut n’avoir été réalisé qu’à un seul exemplaire , comme ceux imprimés sur vélin ,que la maison Mame présenta à l’exposition de 1855 ,ou bien avoir reçu des annotations,des dessins originaux ,une décoration inédits....
Les “ Livres - objets * “ sont souvent réalisés à un seul exemplaire ...
Certains bibliophiles se sont fait réaliser des exemplaires uniques , d’autres étaient si célèbres qu’ils les suscitaient ; c’est le cas des frères Goncourt à l’intention desquels de nombreux auteurs firent réaliser des exemplaires uniques de leurs œuvres tirés sur papier spécial , enrichis de gravures originales , d’envois, de fragments du manuscrit etc ...
Un exemplaire unique a toujours une valeur bibliophilique...et ,du fait de sa rareté , une valeur ajoutée considérable ce qui explique l’existence de certaines manœuvres peu orthodoxes le concernant:
-”Organisation “ de la rareté d’un ouvrage en ne le présentant qu’à l’unité alors que l’on en possède plusieurs exemplaires..
-Destruction volontaire d’exemplaires pour qu’il n’en reste qu’un seul ….on connaît des cas de bibliophiles ayant acquis fort cher un livre pour le détruire aussitôt afin que l’exemplaire en leur possession reste unique .
-Ajouts artificiels et sans discernement de documents n’ayant qu’un rapport lointain avec le livre etc ...etc ...
La mention « Unique exemplaire connu » ne signifie pas que le livre concerné est réellement unique mais que l’on n’en connaît qu’un seul exemplaire … la disparition des autres pouvant tenir à toutes les causes connues de destruction des livres …et la réapparition d’autres exemplaires à l’occasion de successions ou de ventes n’étant jamais exclue …et provoquant un effondrement de sa cote marchande ….
Parmi ceux-cis on peut citer les »Sonetti « de Pétrarque(1473)ou l’ « Ésope « de Caxton(1484)
Il existe des bibliographies recensant les exemplaires uniques comme , par exemple « Livres perdus et exemplaires uniques «(1882) De J.M. Quérard et G.Brunet ou « Essai de bibliographie des livres français perdus ou peu connus «(1880) de Paul Lacroix alias le « Bibliophile Jacob «
2)Certains ont rêvé d’un livre “ Unique “ qui rassemblerait à lui seul toutes les connaissances : de nombreuses fictions ou utopies du XVIII° l’envisagent et l’esprit encyclopédique n’était pas exempt de cette idée ....qui n’a pas complètement disparu : certains parlent de “ Livre Total * “ ,d’autres de “ Livre universel “ , José Luis Borgés l’a glorifié sous la forme d’un “ Livre de sable * “ aux nombre de pages infini et n’ayant ni début ni fin , et l’écrivain Richter rêvait de “faire un seul grand roman de tous ses romans ...”
Pour certains c’est la bible * , pour d’autres ce peut être n’importe quel livre et Blaise Cendrars parle dans “L’Homme foudroyé “ d’un livre acquis à Rio ,sorte de fourre-tout ou de “ Miscellanées * “ populaire , qu’il jugea, durant un temps , seul apte à être “ fourré “dans les soufflets des portières de sa voiture.
Alain Nadaud fait fort justement remarquer dans son ouvrage “ Ivre de livres “ que cette quête du livre unique traduit une grande insatisfaction et met en lumière une certaine impuissance du livre à répondre complètement aux aspirations des lecteurs .
Le mythe est récurrent d’un livre unique qui aurait existé à l’origine de l’humanité et aurait été perdu et nombreux sont ceux qui se sont interrogés à ce propos dont , pour ne citer que lui , Stéphane Mallarmé qui considérait tous les livres comme “ ..un immense concours pour le texte véridique “ (in “ Crise de vers “ ) et s’attela à partir de 1866 à une recherche métaphysique le concernant en rédigeant des notes et des brouillons qui ,à l’examen s’avérèrent assez décevants ...
3)D’autres,comme Peignot , ont caressé l’espoir d’un format unique qui simplifierait le rangement des bibliothèques ....
4)D’autres encore dans un désir altruiste de culture mise à la portée de tous ont rêvé de “ Prix unique “ pour le livre .
L’entendre comme “ Prix unique “ quel que soit l’ouvrage est totalement utopique car entre la réalisation d’une plaquette et celle d’un volumineux ouvrage illustré il y a une différence de coût qui ne pourrait alors qu’être prise en charge par un organisme d’état avec de gros risques d’atteinte à la liberté d’expression ....
Le concevoir comme “ Prix unique “ d’un ouvrage donné sur un même territoire est plus réaliste et plusieurs pays ont légiféré en ce sens : « Net book price ageement » et « Fixed book price « pour les pays anglo-saxons et « Loi Lang » pour
Mais, pour des pays très étendus, se pose cependant avec acuité le problème du coût du transport… (
5)Il faut enfin envisager le cas de ceux , rares à présent , qui ne possèdent qu’un seul livre :le cas fut fréquent autrefois ou il était courant de n’avoir qu’un seul ouvrage , les best*-sellers du genre se partageant entre livres d’heures* , bibles*, et Almanachs* lus et relus et acquérant au fil du temps valeur de fétiche* ou de livre apotropaïque *.
Michelet , dans « Nos fils « (1869) se fait l’écho de cette pratique lorsqu’il écrit : « ….l’ouvrier , le pauvre répétaient volontiers :MON LIVRE . »
6) Une autre catégorie de « Livre unique « est celle concernant les auteurs qui n’ont publié qu’un seul livre …
Si l’on exclue ceux dont le premier livre fut un échec qui les dissuada d’en écrire d’autres on peut cependant recenser quelques écrivains dont le premier livre connut le succès mais n’eût pas ou très peu de successeurs … :
-Choderlos de Laclos et ses « Liaisons dangereuses «
-Giacomo Casanova et son « Histoire de ma vie « .
-Alain Fournier et « Le grand Meaulnes «
-Raymond Radiguet et « Le diable au corps « & « Le bal du comte d’ Orgel «
-Proust dont « La recherche du temps perdu « peut être considérée comme un livre unique
-etc ….
Les causes en sont multiples …impossibilité ou angoisse de ne pas être à la hauteur du premier face à la rédaction du second ….sentiment d’avoir tout dit …mort prématurée ….développement d’un seul et même thème ….
Le succès foudroyant et souvent imprévu de certaines premières œuvres encensées et primées dès leur parution a souvent paralysé leurs auteurs qui se révélèrent incapables de pérenniser leur succès initial ; en témoigne la liste des prix littéraires dont nombre de lauréats sont à présent totalement oubliés ….qu’ils aient obtenu le prestigieux Goncourt (John Antoine Nau -1903- Marius Ary Le Blond -1909-André Perrin -1936 ) le non moins prestigieux Renaudot (Armand Lunel-1926-Louis Françis -1934- André Perrin – 1956 ..) ou d’autres ….
7) Pour ceux qui ne jurent que par un seul livre voir « Timeo*…ci-dessous
8) Et pour conclure n’oublions pas l’auteur d’un livre n’ayant que lui-même pour unique lecteur célébré par Prévert en ces termes : « Nul ne saura le lire que lui et il n’aura pas à le relire ni à le relier.Le livre se reliera lui-même,en peau de chagrin ou de tourment,de toutou,de tintoin,tout aussi bien qu’en peau de vache. »
TIMEO HOMINEM UNIUS LIBRI
1)Paroles de Saint Thomas d’Aquin signifiant :”Je crains l’homme d’un seul livre ” par lesquelles il voulait souligner le fait que l’homme qui ne connaît qu’un livre unique * mais le connaît à fond est redoutable par la parfaite connaissance qu’il en a....
Mais ce sens primitif,rarement rencontré, a évolué vers plusieurs interprétations :
-Tout d’abord l’idée qu’il faut craindre l’homme qui ne connaît ou ne jure que par un seul livre et a une grande étroitesse de vue et très peu d’éléments comparatifs de jugement.....c’est dans ce sens que certains l’appliquent aux « Religions du livre « : Judaïsme, Christianime,Islam
-Ensuite pour fustiger ceux qui n’ayant lu qu’un seul livre croîent tout connaître et se comportent avec pédantisme* ou en parfaits cuistres * .
Une forme ironique en a été dérivée qui met en scène « L’homme qui n’a qu’un seul livre et n’a pas fini de le colorier « suggérant que ce livre unique est aussi intellectuellement indigent qu’un album à colorier ….
L’expression est le plus souvent utilisée sous sa forme française mais , dans quelques textes on peut rencontrer les formes latines voisines : « Timeo lectorem unius libri « (Je crains le lecteur d’un seul livre « ) ou « Cave ab homine unius libri « ( Prenez garde à l’homme d’un seul livre « )
Cette devise est inscrite ,avec ce dernier sens , au fronton de la société de lecture de Genève...
On peut pour conclure méditer cette affirmation : « Il y aurait quelque chose de redoutable à n’être que le produit de ses lectures… ; » ( Édouard Philippe in « Des hommes qui lisent « )
2)Abrégée en « unius libri « ou paraphrasée en « Unius libelli « elle est parfois rencontrée qualifiant un écrivain qui n’a écrit qu’un seul livre ou dont une des œuvres écrase les autres de sa célébrité : »Don quichotte « pour Cervantès ou « Madame Bovary « pour Flaubert par exemple …
On peut aussi donner en exemple Montaigne et ses « Essais « ou Proust et sa « Recherche du temps perdu «…