Recherche du sens de mots rares ou disparus dans la sphère du livre et de la chose écrite , recherche d'éléments divers concernant ce même domaine et publication du résultat de ces recherches .
NÉOLOGISME
1)Usage de mots nouveaux dans une œuvre soit en les inventant (néologisme de mots ) ,soit en déformant des mots existants ,en leur créant des dérivés ou en le changeant de sens ( néologisme de sens )...
L’invention fait appel à des technique très diverses : emprunt à des langues étrangères , adjonction de préfixes et suffixes ,amalgames de plusieurs mots etc ...etc ...
Certains auteurs,surtout modernes,n’ont pas été avares de néologismes ...Céline...Ionesco...Audiberti...Rimbaud...Apollinaire...Vian ...Michaux… Proust…. Malraux… Quéffelec….Cendrars… et même le grand Hugo qui regrettait que le verbe “ jordonner “ ne soit pas officiellement reconnu et qui trouvait que le mot “ Trône “ écrit “ Trhone “ avec un “ H “ était bien plus solennel , cette lettre ajoutée figurant la forme de l’objet évoqué .
Claudel , pour sa part , parle de se “ désengallimardiser “ dans une lettre à Adrienne Monier datée de 1923 ...
Mais l’on pourrait encore citer les « Paperoles * «de Proust (le mot ayant , en réalité été inventé par sa gouvernante Céleste Albaret …) , l’« Alleluyer « de Green , les « Antimémoires « de Malraux ,le « Touchatouisme « de Cocteau,le « Cataractant « de Gracq,le « Dormioter » de Giono ou l’ »Inouïble « de Claudel ,le Balzacozolaïsme de Labro, les « Georgenner «(de Georges Ohnet .. ;) « Caillavetteries « (de Caillavet ) et « Carcoiseries »(de Carco ) de Colette etc …...
D’autres auteurs,désolés de voir la prolifération des anglicismes* , se sont efforcés de trouver des équivalents français voire d’en forger lorsqu’il n’y en avait pas ...la démarche , bien que louable , a rarement été couronnée de succès....
La création de néologismes par un écrivain est généralement reconnue comme légitime et tendant à une fin esthétique sous réserve que le mot soit élégant et bien mis en situation .
Elle peut aussi résulter d’un jeu ou d’une allusion que l’auteur adresse à un lecteur particulier supposé en comprendre le sens ; c’est ainsi que Colette , dans une lettre d’Avril 1944 à Lucie Delarue-Mardrus, avec qui elle avait de fréquentes joutes de vocabulaire , écrit : « Figure toi que j’ai introduit dans une nouvelle un mot rien que pour toi,pour te taquiner et me faire gronder . »
Nota : Il semble qu’il s’agisse de la nouvelle « L’enfant malade « parue en 1944 et que le mot soit « Convolvulus « qui est une appellation savante du liseron ….
La notion de néologisme peut être étendue aux créations syntaxiques et aux constructions innovantes de la phrase ...
Le journalisme et la presse écrite sont des grands inventeurs de néologismes et pour n’en citer que quelques uns intéressant notre sphère , mentionnons les adjectifs “ Goncourable* “ et “ Renaudible* “ appliqués aux livres concourant pour ces prix , ou « Déhachélisation « et « Fédexisation « concernant les messageries « DHL « et « FEDDEX « …mais il y en a bien d’autres puisqu’en seulement six mois le journal “ Le monde “ en à publié mille !.
Si , de nos jours , les néologismes sont relativement bien acceptés , il n’en a pas toujours été ainsi :
-Bouhours estime qu’il faut éviter les locutions trop vieilles ou trop nouvelles et suivre « le commerce des honnêtes gens «(Les entretiens d’ Ariste et ‘Eugène « [1721])
- Les dictionnaires du XIX° siècle se sont fait le reflet d’une opinion générale fort divisée à leur sujet : Larousse se montre assez tolérant avec quelques réserves pour les outrances romantiques , Littré en admet bon nombre , Boiste également mais Bachelet et Dezobry estiment qu’ils sont l’apanage “...des talents de troisième ordre...”
M. Villemain écrit dans la préface de l’édition de 1835 du dictionnaire de l’académie : « Le néologisme de l’écrivain est une création littéraire consciente et qui tend à une fin esthétique ....c’est par des audaces de ce genre que nos grands écrivains ont enrichi la langue .... »
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On distingue parfois par des vocables différents les néologismes construits à partir de mots existants, la lexicologie parle alors de « Création conventionnelle « , ( “ Néologismater * “, “ Mots-Valise * “ , “ Hypogrammes * “ ) de ceux construits ex-nihilo ou « Création primitive « ( “ Zéligrer * “ )
Un processus de formation assez répandu consiste en une erreur de lecture ou une coquille qui , reprise dans diverses œuvres, accrédite et « officialise « un mot fautif qui devient de ce fait un néologisme : on peut en exemple de ce processus citer Verlaine qui fut émerveillé à la lecture de “La fin de Satan “ de Victor Hugo en découvrant le néologisme “ Ennuvé “ à propos duquel il s’exclama : “ Mot qui tinte “ ...”Quelle force dans ces six lettres “ ...”Quelle puissance d’image ! “ ...jusqu’à ce que son ami Cazals lui fasse remarquer qu’il ne s’agissait que d’une banale coquille sur le mot “ Ennuyé “ !
Les psychologues s’intéressent aux néologismes sous l’angle de la pathologie , certains troubles mentaux se caractérisant par une grande capacité inventive dans ce domaine , parfois accompagnée de néographismes * , de néomorphismes * ou de néomimisme (expression gestuelle )
Il est arrivé aussi que des néologismes ne soient créés que pour faire un effet de surprise et étonner : au milieu du XIX° siècle un certain Carnaud propriétaire du bal de
On peut rencontrer le synonyme ancien : »Néographisme * «
Les néologismes n’apparaissent dans les dictionnaires qu’après un certain temps de consécration par l’usage , les premiers à les recenser étant les dictionnaires collant au plus près au langage quotidien et remaniés très souvent , l’archétype en étant le « Petit Larousse « réédité tous les ans ….on peut méditer ce qu’en disait en 1801 Louis Sébastien Mercier dans son ouvrage « Néologie « : « Le mot nouveau est présenté à son juge suprême :l’usage…. » et « …la nouveauté n’est pas un titre de proscription …un mot appartient à la langue ,alors qu’il est marqué au coin de l’usage .. »
Il existe des dictionnaires spécialisés comme , par exemple , « Mots nouveaux contemporains … » (Quemada,CNRS-1993) mais l’évolution en ce domaine est très rapide et nombre de néologismes faisant une référence directe à l’actualité ne peuvent avoir qu’une durée de vie limitée….on peut citer comme exemples « Onzeseptembriser « , « Guantanamiser « , « Benladeniser « , « Hututiser « , et « Tutsimourir « (Philippe Labro in « Les gens »-2009)
Pour conclure , on peut méditer cette opinion de Georges Orwell : « L’introduction de mots nouveaux ou la suppression de mots anciens dans le langage sont un puissant moyen de manipulation des esprits « (in « 1984 »-1949) pratique mise en œuvre par le régime nazi qui mit sur pied une commission chargée de « Nazifier « la langue allemande en créant de nombreux néologismes visant à ce qui était nommé « Gleichschaltung », c’est à dire la création d’une logomachie .
Et aussi mettre en garde contre leur abus qui conduit à rendre certains textes totalement abscons : « Il l’emparouille et l’endosque contre terre ;il le rague et le roupète jusqu’à son drâle ….etc … » ( Henri Michaux in « Le grand combat « -1927)
2)Le mot peut aussi qualifier le travers d’un auteur qui en abuse.....
3)Certains auteurs furent très prolixes de néologismes c’est notamment le cas des symbolistes *,des décadents *, de Villon , de Theillard de Chardin , de Lacan .
Pour faciliter la lecture de leurs œuvres des dictionnaires spéciaux ont été élaborés …