Recherche du sens de mots rares ou disparus dans la sphère du livre et de la chose écrite , recherche d'éléments divers concernant ce même domaine et publication du résultat de ces recherches .
NON ............
Il y a énormément à dire sur le « Non « et, non , l’on ne dira pas tout !!....
En voici cependant quelques occurrences en rapport avec la chose écrite … `
1)La mention « Non-Chiffré »ou « Non paginé « Désigne un ouvrage dans lequel la pagination* n’est pas indiquée
2) »Non-fiction » ou »Non-Roman » est un terme générique parfois rencontré pour désigner toutes les oeuvres littéraires ne faisant pas appel à l’imagination ou à la fiction*telles que histoire*,témoignages*,essais* etc....
3)L’expression « Non-Livre »désigne dans une bibliothèque les revues ,périodiques ,imprimés ,éphéméra*,etc....en résumé tout ce qui n’a pu entrer dans le carcan rigide des classifications standards …
Il existe ,toutefois, des documents qui sont difficiles à classer et qui sans être des livres ne sont pas non plus des non-livres ...on les nomme “ hybrides* “ ou “ quasi*-livres “
La tendance actuelle vise à élargir la notion de “ Non -livre “ à toute la “ Chose imprimée “ quel que soit le support s’il ne s’agit pas d’un livre ...un tee-Shirt imprimé, un sac de supermarché , un badge * seraient alors des “ Non -livres “ ... !
Au-delà de ces emplois formels dans certains milieux intellectuels on qualifie de « Non Livre « ou de « Non Book « toute publication à sujet non littéraire ,même si elle est présentée sous la forme d’un livre , en concédant toutefois ,mais seulement si l’on y est vraiment contraint ,que « ce sont quand même des livres…. «…
4)” Non - lecteur “ : Le “ Non -lecteur “ est une personne qui ne lit pas ...le terme ressort plus spécifiquement du langage des théoriciens et statisticiens de la lecture .
L’auteur italien Italo Calvino l’emploie dans un sens un peu différent dans son roman “ Si par une nuit d’hiver un voyageur ....” en nous présentant un “ Non- lecteur “ qui se force à ne pas lire les inscriptions que la vie quotidienne met sous ses yeux ....exercice plutôt difficile , voire impossible !
Il existe cependant de nombreuses personnes qui ,tout en sachant lire , ne lisent pas et ne possédant pas de livres ne peuvent être classées dans la catégorie des « Bibliolathes * …les raisons en sont multiples : inappétence pour la lecture , aversion suite à des expériences de jeunesse, crainte du livre fantasmé et sacralisé etc ….le fait de ne pas lire , quelle que soit par ailleurs la qualité et la diversité de leur vie, restreint leur sphère de perception à l’univers qu’ils peuvent fréquenter physiquement idée que Danièle Sallenave exprime dans « Le don des morts « lorsqu’elle écrit : « Ceux à qui les livres ont manqué ,il leur manquera toujours la pensée ,l’expérience élargie,et la vie qui s’ouvre ,où circulent les vivants et les morts ,où reviennent ceux qui ne sont plus ,où prennent figure ceux qui n’ont jamais été . Ceux qui n’ont jamais eu de livres ,ce sont ceux qui n’ont pas de monde . «
5)L’appellation anglo-Saxonne ”Non-Book “ est parfois rencontrée pour désigner des livres de médiocre qualité matérielle tels que éditions populaires,"Pulp-fictions " ou livres de poche .
6)La mention “ Non Porté “ à longtemps figuré sur les livres de la bibliothèque nationale entrés lors de la révolution car , par suite de leur énorme afflux ,ils n’avaient pu être inscrits que dans un catalogue dit “ intermédiaire * “ qui mit très longtemps à être intégré au “ Nouveau * “ .
7)Le ”Non-Flam “ :est une variété de celluloïd * non inflammable qui est parfois entrée dans la composition de certaines reliures .
8)Le « Non Tissé « est une matière utilisée en reliure et restauration et s’apparentant à un tissu mais composée de fibres non entrecroisées
9)L’expression « Non–lu » s’applique à quelques uns des livres de la quasi-totalité des bibliothèques privées car il est extrêmement rare qu’elles ne comportent pas quelques ouvrages non encore lus….celles des bibliolathes * et des biblioscopes * en comportant une majorité….
Les causes en sont multiples :achats « Coup de cœur « ,manque de temps, dons,héritage,évolution des centres d’intérêt ,service* de presse , primauté donnée à des critères purement esthétiques etc …
Certains de ces ouvrages seront lus …un jour peut-être …d’autres jamais…. mais chacun d’eux peut ,au hasard des circonstances, venir au premier plan des préoccupations du lecteur potentiel et puis , il est rassurant de penser que sa bibliothèque conserve une part de mystère qu’il ne tient qu’à nous de lever …
Umberto Eco résume bien le problème lorsqu’il écrit à propos de ces bibliothèques .: « …c’est une sorte de cave à vin : il n’est pas utile de tout boire ! « et Patrick Poivre d’ Arvor écrit in « Nostalgie des choses perdues « : « Tous les livres n’ont pas été lus , mais tous m’intéressent, tous sont destinés à passer entre mes mains, à être scrutés attentivement «
Le même auteur note aussi que ces livres , pourtant non lus , nous paraissent parfois comme étrangement familiers et que , les ouvrant , on a alors l’impression d’en connaître le contenu et que presque tous les amateurs de livres ont fait cette expérience …
Selon lui , le fait pourrait tenir à une sorte de transfert occulte se produisant lors des manipulations du livre ,aux brefs regards portés sur lui lors de son ouverture inopinée à l’occasion d’une chute ou d’un déplacement ou du fait qu’il traite de sujets qui ont été abordés dans les autres ouvrages que l’on a lus….et sans doute des trois choses à la fois …
Quelles qu’en puissent être les raisons le fait est bien réel et intervient sans aucun doute dans la répugnance que l’on éprouve à se débarrasser de ces ouvrages qui continueront longtemps à hanter nos bibliothèques en se rappelant périodiquement à notre attention et finiront bien un jour par être lus …ce qui , pour certains signera peut-être leur arrêt d’expulsion !!
Les bibliothèques publiques ne sont pas épargnées par le phénomène et nombre d’ouvrages y dorment sans jamais être dérangés ..une étude menée à la bibliothèque nationale par Emmanuel Leroy Ladurie avait montré que depuis sa création vers 1820 plus de deux millions d’ouvrages n’avaient jamais été demandés par un lecteur….et, malgré des désherbages * réguliers on pourrait , à des degrés divers, sans doute faire le même constat pour toutes les bibliothèques !
Cette constatation tempère toutefois considérablement l’axiome qui veut qu’une bibliothèque soit le reflet exact de son propriétaire !
On peut rencontrer l’expression dans un emploi synonyme de « non Coupé* « ou « Non ouvert * » pour désigner un livre non rogné resté à l’état originel
Dans un autre ordre d’idée il existe des livres connus d’une foule de gens et pourtant non lus par la plupart d’entr’eux bien qu’à l’occasion ils n’hésitent pas à en parler doctement .
On peut citer dans cette catégorie : « L’amant de lady Chatterley « , , « Belle du seigneur « de Cohen , « L’illiade & l’Odyssée « d’ Homère , « Guerre et paix « de Tolstoï, « Lolita « de Nabokoff ",etc …etc ….
Les records en la matière paraissant être « Les Mémoires d’outre-tombe « de Châteaubriand et « La recherche du temps perdu « de Proust
Certains ouvrages ont même été conçus pour donner des résumés d’œuvres qui , habilement utilisés , peuvent permettre de donner l’illusion d’une érudition qui n’est en fait qu’un très mince vernis .
10) L’expression « Non Latine « désigne, dans la classification de Vox *,la catégorie regroupant tous les caractères d’imprimerie non issus du latin : chinois, grecs, orientaux ,cyrilliques,arabes,japonais etc …etc …
11) Quelques expressions latines établies sous cette forme concernent la chose écrite et , parmi elles :
-« Non grata « : synonyme d’indésirable qui s’applique à tout écrit jugé irrecevable par un organisme ou un groupe de personnes .
Elle peut concerner l’auteur lui-même dont on dira qu’il est « Personna non grata « dans tel ou tel cercle …
-« Non plus ultra « marquant l’impossibilité d’aller plus loin dans une traduction ou une recherche bibliographique
-« Non erat (est) his(c) locus « : »Ce n’est pas la place pour cela « :employée pour qualifier une digression jugée inappropriée ou oiseuse .
-« Non nova sed nove » : « Pas nouveau , mais manière nouvelle « qualifie une œuvre présentant des idées ou thèmes connus d’une façon originale et nouvelle
12) L’expression « Non Écrit « peut avoir plusieurs sens et désigner :
-Ce qu’un texte ne dit pas , le « Non dit « , mais qui est suggéré et qui est parfois plus important que le texte écrit lui-même.
« Le difficile en littérature c’est de savoir quoi ne pas dire « ( Flaubert )
« Ce que j’aime de la vraie littérature : Le halo brumeux du non-dit plus expressif que ce qui est écrit,ce que j’appelle l’aura d’un livre ,faste ou funeste ….. » (Raymond-Léopold Bruckberger )
-Des règles et usages n’ayant pas fait l’objet de textes écrits mais s’appliquant avec la même rigueur que si cela avait été le cas .
-Les livres « Non écrits « par les écrivains peuvent être des livres restés au stade d’intention,des projets avortés ou simplement remis indéfiniment à plus tard ou des ouvrages inachevés.
Chaque écrivain a dans sa tête une foule de « non écrits « auxquels ,consciemment ou non, il se réfère et qui participent à l’élaboration de l’œuvre visible :
« Il y a toujours dans un grenier frais et sombre une claie que l’écrivain va voir …. »
« …le meilleur moment de l’écrivain c’est l’arrivée d’une idée pour un livre qu’on n’aura jamais à écrire … »
(Julien Barnes in « Le perroquet de Flaubert « 1986 )
13) L’expression « Non-Publié « désigne une œuvre existante mais restée au stade de manuscrit * ou de « Roman de tiroir * «….
Généralement, il en est ainsi soit par la volonté de l’auteur , soit par l’impossibilité de trouver un éditeur intéressé mais il y eût de nombreux cas ou des auteurs furent payés pour les dissuader de publier leurs œuvres jugées gênantes : Ludovic Lalanne rapporte dans ses « Curiosités bibliographiques « (1857) le cas de Robbé de Beauveset qui se vit attribuer une pension par l’archevêque de Paris ,de Beaumont ,pour l’empêcher de publier des poésies licencieuses qu’il avait composées pour distraire Louis XV …
Certains livres annoncés mais jamais publiés ont parfois été qualifiés de « Ptyx* « mais , dans ce sens comme d’ailleurs dans les autres , ce mot reste à préciser ….
15) Le « Non Sens « est une forme anglaise d’humour voisine du « Limerick* «
16) La mention « Non –Émis » désigne un timbre-poste imprimé, parfois en grande quantité, mais non diffusé pour des causes diverses : erreur, malfaçon , annulation d’un évènement , changement de régime politique etc …etc …
Ces timbres non-émis sont en principe détruits mais il arrive de façon quasi-constante que quelques planches échappent à la destruction et acquièrent ainsi un très grande valeur sur le ,marché de la philatélie * .