Recherche du sens de mots rares ou disparus dans la sphère du livre et de la chose écrite , recherche d'éléments divers concernant ce même domaine et publication du résultat de ces recherches .
FIN
1)La “Fin de ligne” est un décor rencontré sur les manuscrits médiévaux et placé sur la fin des lignes incomplètement remplies par le texte.
2)La “Fin “ d’une œuvre littéraire de fiction est toujours un épineux problème pour l’écrivain et , si l’on examine un certains nombre d’ œuvres , on peut en dégager divers genres :
-Fins “ à double détente “ laissant le lecteur imaginer une évolution de la fin suggérée par l’auteur .
-Fins alternatives quand l’auteur laisse le lecteur choisir entre deux versions différentes .
-Fins non conventionnelles , insolites,bizarres ou triviales quand l’auteur choisit délibérément une conclusion décalée pour perturber le lecteur.
-Fins absentes des œuvres inachevées soit par lassitude de l’auteur soit parce-que la mort l’a rejoint.
-Fins bâclées ou maladroites des œuvres pour lesquelles l’auteur a du conclure dans la précipitation ou s‘est enferré dans un développement dont il n’a pas su sortir avec élégance.
On peut résumer le problème en citant Henri Raczymow qui écrit : « Le vrai trésor que cherche l’écrivain ,c’est le mot de la fin. »
Ou Eduardo Arroyo qui écrit dans « Autrement n° 69 » : « Tu finis un roman quand tu sens que tu ne peux plus rien en tirer ,il n’y a plus de surprise,tu as donné le temps qu’il fallait ,il vit tout seul et c’est fini . »
Pour de nombreux écrivains , la fin de la rédaction est espérée et attendue avec impatience et ,souvent , angoisse, tant est grande la peur de ne pouvoir soit terminer dans des délais fixés soit trouver une fin convenable :
- Flaubert , dans une lettre de Mars 1880 écrit à propos de « Bouvard et Pécuchet « : « Quel livre ! Je suis à sec de tournures, de mots et d’effets .L’idée seule de la terminaison me soutient ,mais il y a des jours ou j’en pleure de fatigue,puis je me relève et , trois minutes après je retombe comme un vieux cheval fourbu «
La fin est donc très souvent perçue comme une délivrance et une grande joie…nombre de copistes l’ont exprimée dans les colophons des manuscrits anciens et nombre d’écrivains s’en sont ouverts parmi lesquels ,pour n’en citer que deux:
-Encore Flaubert qui,après avoir mis le mot « Fin « à « L’éducation sentimentale « le 16 Mai 1869 « à cinq heures moins quatre minutes « écrit à Jules Duplan : « Fini ! mon vieux ! Oui mon bouquin est fini !...Je suis à ma table depuis hier,huit heures du matin.La tête me pète.N’importe,j’ai un fier poids de moins sur l’estomac ! «
-Proust qui ,d’après les souvenirs de sa gouvernante Céleste Albaret, et sentant sa fin prochaine , était très angoissé à l’idée de n’avoir pas le temps de terminer son œuvre tout en ne souhaitant pas en hâter la rédaction :
«Chère Céleste, vous croyez que cela se fait comme ça ?...ce n’est pas aussi simple que vous le pensez d’écrire le mot “Fin ” «
Et lorsqu’enfin une nuit du printemps 1922 il put inscrire le mot « Fin « à « La recherche du temps perdu « il laissa éclater sa joie :
« Vous savez ,il est arrivé une grande chose cette nuit ….. c’est une grande nouvelle ! Cette nuit ,j’ai mis le mot “FIN ”…..Maintenant je peux mourir !....Mon œuvre peut paraître, je n’aurai pas donné ma vie pour rien ! " »
Et sa gouvernante , quelques cinquante ans après avait en mémoire la lumière qui éclairait son regard et son explosion de satisfaction et de joie ..
3)La présence du mot “ Fin “ à la dernière page d’un livre ou de son dernier tome* indique en principe que l’œuvre est complète et achevée...
Il est cependant arrivé que ça ne soit pas le cas et l’on peut citer en exemple de ce cas une édition du “Coutumier “ de Julien Bodreau qui ,parue en 1658 avec la table * et la mention “Fin “ eût cependant une suite la même année et avec poursuite de la pagination...
Il peut s’agir d’un erreur de brochage * ayant fait placer la table et le mot “ Fin “ à un endroit indu ou d’un “repentir * “ tardif de l’auteur ...
4)On nomme parfois « Mots de la fin « les derniers mots ,bien souvent apocryphes , prononcées par les personnes à l’article de la mort .
5) Dans la papeterie ancienne les chiffons classés « Fins « ou « Blancs-fins « étaient ceux de la meilleure qualité destinés à la fabrication de papier de haut de gamme .