Recherche du sens de mots rares ou disparus dans la sphère du livre et de la chose écrite , recherche d'éléments divers concernant ce même domaine et publication du résultat de ces recherches .
CHÈVRE
1)Dans la langue du XVI° siècle ce mot désignait la colère ...il a disparu mais s’est conservé dans le milieu des typographes ou ....”Gober ou prendre la chèvre “ est synonyme de “Prendre un boeuf * ”....celui qui y est fréquemment sujet étant un “ Chevrotin *”.
“Déclencher une chèvre “ signifiait “provoquer un mécontentement “
L’expression est très ancienne et figurait dans le langage courant dés le XVI° siècle : “ Le duc de Guise lui rapporta que le prince de Condé ne s’était pas conduit comme un ami....un moins rusé en eust pris la chèvre...” (Agrippa d’ Aubigné in “ Histoire universelle “ [1601] )
« D’un mari sur ce point j’approuve le souci ;
Mais c’est prendre la chèvre un peu bien vite aussi « (Molière in « Sganarelle ou le cocu imaginaire « Acte 1 Scène XII -1660)
2)Le cuir de chèvre a été utilisé en reliure malgré son odeur * persistante que ,toutefois certains apprécient si l’on en croit Saint John Perse écrivant (in “La gloire des rois “ ) : “ ....j’aime l’odeur de ces grands livres en peau de Chèvre ...”
Il prend parfois des appelations particulières telles que “ Chèvre niaise “ , “ Oasis * “ , “ Chagrin * “ , “ Chèvre grain maroquin du Cap “ , “ Chèvre grain main Madras “ , “ Chèvre grain main pays “ etc
Plus rarement , certains livres ont été imprimés sur parchemin de chèvre comme cet exemplaire de “ Rio de Janeiro “ de Joaquim Maria Machado de Assis (1948) qu’un catalogue de vente de 1996 signale ,anglomanie oblige , être imprimé sur “ Goat-skin parchment “ ....
3)La chèvre peut apparaître dans les attributs figurant sur certaines reliures “ Aux armes * “ comme c’est , par exemple, le cas ,au XVII° siècle ,pour Pierre Tognet dont les livres portaient un blason à trois chèvres.
4)L.Battioni signale que certains bouquinistes emploient l’expression “ Faire la chèvre “ pour désigner l’attitude des “clients “ convoquant un bouquiniste à leur domicile sans avoir l’intention de vendre leurs livres mais dans le seul but d’obtenir de lui une estimation .
5)Pour qualifier le regard vague qu’ont parfois les chèvres il existe une expression languedocienne qui dit que “ Les chèvres lisent le journal “ ....et qui est parfois appliquée aux gens ...
6)L’expression “ Pied de chèvre “ désigne :
- En typographie un marteau utilisé par les ouvriers de la presse * .
-En papeterie , une feuille de papier légèrement déchirée et , aussi, une manœuvre manuelle destinée à prévenir les déchirures au levage * des feuilles et consistant à replier en forme de gouttière plusieurs feuilles et feutres pour en faciliter le décollement en évitant aux feuilles d’ « Empager * « (voir ci - dessous )
7)Jupiter s’était servi de la peau de la chèvre Amalthée pour confectionner son égide et y inscrire les destinées humaines.(voir “ Diphtère * “ci-dessous )
8)L’animal fabuleux du bestiaire * moyennageux nommé “ Chimère * “ avait , en partie , un corps de chèvre, tout comme son homologue japonais le “ Baku * “
9) Dans le langage de la papeterie ancienne le mot désignait un trépied incliné utilisé comme support lors du levage * des feuilles après pressage .
EMPAGER
Dans le langage de la papeterie ancienne ce mot désignait la trop grande adhérence des feuilles aux feutres * rendant leur levage * difficile ou impossible .
Pour essayer d’y remédier les papetiers « Pincaient la porse » en frappant du plat de la main tout autour de celle-ci sur le bord des feutres laissé libre ( l’ »Ouvière * «) mais malgré ces précautions, il était fréquent qu’ au levage les feuilles perdent sur leurs bords quelques fragments ,nommés « Grimieux * « ,
DIPHTÈRE
Parchemin grossier utilisé pour l’écriture dont le nom vient de ,”Diphterai “ ,qui désignait la peau de la chèvre Amalthée dont Jupiter avait fait son égide et sur laquelle il avait inscrit les destinées humaines.