Recherche du sens de mots rares ou disparus dans la sphère du livre et de la chose écrite , recherche d'éléments divers concernant ce même domaine et publication du résultat de ces recherches .
LECTEUR 1)Personne qui lit et raison même d’être du livre.
À l’origine les lecteurs étaient les clercs (parfois nommés “ Listres “ ) chargés de la lecture des écritures dans les églises et de la garde des livres saints (mais cette garde était parfois confiée au Chartophylax * ou au Scevophylax* ...)
-Les Lecteurs Royaux étaient ,à la création de cet établissement par François 1°, les professeurs du collège de France .
Le vocable désigne sous une même appellation des personnes qui peuvent avoir des façons très diverses de lire....il y a un monde entre le chercheur lisant un livre ardu et la personne lisant un roman pour se distraire...ce sont pourtant tous deux des lecteurs.
Le lecteur est une personne qui lit avec attention et esprit critique alors que le liseur* lit énormément mais un peu n’importe quoi...
Le personnel de la Bibliothèque nationale désigne par ce dernier mot les personnes n’ayant pas accès à la salle réservée aux chercheurs et l’un de leur grands prédécesseurs , Eugène Morel , avait tenté une classification de ces liseurs en distinguant les “ Consommateurs “ ne s’intéressant qu’aux ouvrages directement à portée de main , les “ Habitués “ comprenant les étudiants, les journalistes (qu’il nommait “ grands chercheurs d’ignorance “) et ...les “ Pauvres diables “ venant là pour s’occuper ...ou se chauffer en hiver !
Les chercheurs , bien que plus sérieux, ne trouvaient cependant pas entièrement grâce à ses yeux et il soulignait leurs travers sans concessions :” Mr.Faguet n’aurait voulu que des livres brochés , Mr. Aulard se plaignait de l’admission de non-historiens , Mr.Pïtollet aurait souhaité une salle privée pour lui seul “....
Des enquêtes d’étude sociologique ont classé les lecteurs en cinq catégories:
-Non lecteurs non -acheteurs ruraux ( 36%)
-Non-lecteurs non- acheteurs urbains ( 21%)
-Lecteurs faibles acheteurs ( 18%)
-Acheteurs faibles lecteurs (12%)
-Forts lecteurs forts acheteurs (13%)
D’autres études , plus littéraires , introduisent des concepts de lecteurs abstraits parmi lesquels :
- L’”Archilecteur “ qui est la synthèse théorique des habitudes de lecture d’un certain nombre de lecteurs réels.
-Le “ Lecteur idéal “ et le “ Lecteur informé “ qui serait ceux qui disposeraient de toutes les connaissances nécessaires à la compréhension parfaite d’une œuvre.
-Le “ Lecteur visé ou Lecteur modèle “ qui est le lecteur souhaité ou rêvé par l’auteur de l’œuvre.
-Le “ Lecteur implicite “ et le “ Lecteur explicite “ qui sont respectivement ce que l’œuvre tente d’induire et un lecteur fictif auquel le texte s’adresse parfois directement.
Le lecteur n’est pas toujours bien perçu par l’écrivain si l’on en juge par cette appréciation peu amène de Paul Léautaud : “ Il nous vient quelquefois un dégoût d’écrire en songeant à la quantité d’ânes par lesquels on risque d’être lu “ (in “Passe-temps “ )
Mais il y a sous certains angles de vue bien d’autres catégories de lecteurs :
-Ceux qui n’ont jamais lu.
-Ceux qui n’ont pas ,ou plus, le temps de lire .
-Ceux qui ne lisent que des livres « Pratiques ».
-Ceux qui ne jurent que par les classiques.
-Ceux qui lisent tout ce qui leur tombe sous les yeux.
-Les boulimiques qui dévorent.
-Ceux qui lisent partout.
-Ceuxi ont besoin d’un rituel ou d’un lieu privilégié Etc…etc …
Daniel Pennac rapporte dans « Comme un roman » que ses élèves interrogés sur la définition du mot « Lecteur « en décrivent quatre types :
-Un type idéalisé omniscient, érudit,…et souvent coupé du monde …
-Un type défini par ce qu’il n’est pas
-Un type supposé répondre aux attentes du « Pro’f »..et du programme
-Un type hétérogène empruntant aux divers genres
Mais l’auteur souligne qu’aucun d’eux ne se dépeint lui-même en qualité de lecteur …
Concernant ce qu’un lecteur peut lire au cours de sa vie des études diverses ont été menées et …les avis divergent !
On peut cependant estimer qu’un « grand lecteur « aura lu quelques dix mille ouvrages , le lecteur cultivé moyen n’en ayant lu que deux ou trois mille…ce qui représente environ 0,5% de la production éditoriale annuelle française …et encore bien moins si l’on prend en compte la totalité de la production mondiale , les périodiques ,les plaquettes etc …
L’ approche plus abstraite consistant à imaginer un lecteur lisant deux ouvrages par semaine pendant une période d’activité intellectuelle de 60 ans donne le chiffre de 6240 ouvrages en cohérence avec les estimations ci-dessus.
Ces chiffres parlent des ouvrages effectivement lus…il faut y ajouter la masse des autres simplement parcourus ,feuilletés , survolés,picorés * ou zappés* pour lesquels il n’est guère possible de dresser une statistique , même approximative ….intuitivement nous dirons que leur nombre est au moins égal sinon bien supérieur à celui des ouvrages réellement lus .
Et pour conclure ce paragraphe , méditons –et mettons enpratique - ce souhait de Jean Marie Goulemot adressé à son petit-fils : « Je lui souhaite aussi de lever les yeux de son livre pour regarder passer une lectrice dans la travée de la bibliothèque … »(in « L’amour des bibliothèques « )
2)Dans les maisons d’édition ,il existe des lecteurs ,en général payés à la pige *, chargés de donner un avis sur les manuscrits* reçus ....les “ Grands lecteurs “ ou « Conseillers littéraires « étant des personnalités reconnues du monde du livre dont on sollicite l’avis concernant une oeuvre qui a déjà franchi la barrière des simples lecteurs .
3)La mention “ Avis au lecteur” est une sorte de petite préface* précédant un texte .
4)Le lecteur était ,autrefois , le premier grade des dans les ordres religieux mineurs .
5)Le mot a désigné autrefois un professeur ou un enseignant: les professeurs du collège de France étaient nommés “ Lecteurs royaux “ .
Le terme a survécu avec ce sens pour désigner des enseignants étrangers exerçant temporairement dans les établissements français pour y enseigner leur langue.
6)Certaines professions ont leurs termes spécifiques pour désigner les lecteurs comme par exemple , le journalisme qui distingue les lecteurs exclusifs lisant toujours le même titre , les lecteurs primaires lisant le journal qu’ils ont eux-mêmes acheté,les lecteurs secondaires lisant un journal en seconde main et les lecteurs tertiaires le lisant occasionnellement dans un lieu public .