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Recherche du sens de mots rares ou disparus dans la sphère du livre et de la chose écrite , recherche d'éléments divers concernant ce même domaine et publication du résultat de ces recherches .

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MILITAIRE  

MILITAIRE          
            On a souvent voulu présenter les livres et la lecture comme une chose antinomique de l’état militaire et ceci depuis les temps les plus reculés comme en témoigne cette réflexion rapportée par Montaigne (Essais livre 1,ch.XXV « Du Pédantisme «  )  de l’un des chefs Goth pillant Athènes en 410 et épargnant les livres au prétexte que “ …il faloit laisser ce meuble entier aux ennemis,propre à les  destourner de l’exercice militaire et amuser à des occupations sédentaires et oysives . »  “ idée reprise en 1855 par Josej Viktor dans son roman « Ekkehard »  lorsqu’il fait dire à un chef Hun décidant de ne pas détruire la bibliothèque d’un monastère  : «  …la main qui a tenu le calame ne saura jamais tenir une épée qui pénètre dans la chair , et la folie qui a envahi cette tête , une fois mise dans un livre , sera capable d’enflammer cent autre cerveaux .Et cent âmes de plus , ce sont cent soldats de moins contre lesquels nous combattrons «  
            La réalité est plus nuancée et,depuis toujours ,  les militaires n’ont  été  guère différents sur ce plan  des  autres membres des sociétés dont ils ont fait partie :
            Les écrits militaires (ou de militaires ...) peuvent se diviser en plusieurs catégories :
            -Les écrits à but pratique et utilitaire (règlements,consignes,ordres de marche etc ...) qui se caractérisent par une grande concision et une certaine sécheresse « administrative «  .
            -Les écrits concernant les sciences spécifiques  ,stratégie,tactique,étude de pays sous l’angle militaire  etc … au style précis ,concis ,souvent technique et utilisant volontiers les sigles * dont les militaires se sont trés tôt montrés friands :ces écrits comportent parfois des emprunts à des  langues étrangères ou exotiques (dialectes Africains , Arabe , Indochinois ..).
                           -Les mémoires, relatant évènements et campagnes auxquels leurs auteurs ont été mêlés , sont assez souvent rédigés avec une certaine verdeur de langage qui  a tendance à disparaître de nos jours pour laisser place à une forme d’humour parfois un peu incisif ou à une pudique autodérision .
            -Les écrits de réflexion concernant l’éthique,  le sens de l’engagement militaire, , leur place dans la nation , la guerre etc .. 
            -Les discours et harangues au style littéraire et faisant appel aux sentiments élevés ,à l’exaltation des vertus patriotiques ,à l’honneur ,à la fidélité  ,à l’esprit de sacrifice etc...
            -Les écrits personnels pour lesquels on rencontre une aussi grande diversité de styles que dans la population générale :romans,poésies et même bande dessinée avec , pour cette catégorie , le frein très réel  de l’institution  qui , durant de très  longues années  exerca une censure rigoureuse amenant bon  nombre d’auteurs à écrire sous des pseudonymes …. ce qui n’a pas empêché un certain nombre   de connaître le succés et , pour 49 d’entr’eux  d’accéder aux fauteuils de l’académie française .


            Quelques statistiques anciennes  permettent d’estimer  approximativement   leur nombre : en 1757 on l’estimait à 4% des écrivains , en 1769 à 5% , en 1784 à 7% ce qui ,si l’on exclut le clergé qui écrivait   beaucoup , est très comparable aux autres corps de la société de l’époque.

            
                1)En matière de livres l’art militaire a suscité très tôt de nombreux traités,études ,théories etc..
                Parmi les plus anciens , on peut citer “De vocabulis rei militaris ad Tacitum Augustum “ (270) de Modestus , le recueil « De re Militari «  de Végèce (vers 386 )  sur la tactique réunissant des écrits de Caton , Celse , Paternus,Frontin , Trajan, Adrien etc , “ Veteres de re militari scriptores “ ,compilation des auteurs antiques par le  chevalier de Bongars (1772)etc ...
                L’aspect  des livres qui nous sont parvenus ne  diffère que peu des livres de leur époque : rarement luxueux sauf pour ceux ayant appartenu à des personnages célèbres,,la plupart de ces ouvrages se présentent en condition modeste et sont très souvent complétés de planches dépliantes ,dessins et gravures.
                Les livres destinés à l’instruction sont en général solidement reliés et ,malgré leur passage dans de nombreuses mains il en existe encore de nombreux exemplaires en bon état.    
                Ils sont généralement de format maniable :in/12°,voire beaucoup plus petits et,  pour certains, manifestement destinés à être mis dans la poche.
                Leur conception est l’exact reflet de l’état culturel de la société de leur époque :
                S’adressant ,à leurs débuts,à une population peu instruite (voire analphabète* pour certaines recrues)ils utilisèrent largement le système des “questions- * réponses ”  devant être apprises par cœur pour ,peu à peu ,évoluer vers un schéma classique de manuel scolaire s’adressant à des individus sachant lire et ayant déjà manipulé des livres .
                Ils utilisèrent toutes les ressources de l’iconographie de leur époque (gravure*,chromolithographie*;photographie *etc...) et n’ont rien  à envier aux manuels scolaires qui leur sont contemporains .
                L’esprit anti-militariste étant toutefois de toutes les époques ils furent l’objet de nombreuses critiques et de plaisanteries dont certaines,comme  le serpent de mer ou le monstre du Loch-Ness,  ressurgissent encore ici ou là telle la fameuse question “De quoi sont les pieds?  ” qui est censée avoir  figuré dans un manuel pour appeler la réponse : “Les pieds sont l’objet de soins constants !”.....et qui n’a jamais existé sous cette forme dans aucun manuel (tous évoquant cependant cette question cruciale pour un fantassin !)
                Les livres traitant de sujets militaire ont naturellement inspirés les bibliographes et il existe de nombreuses bibliographies les concernant l’une des premières étant le «  Répertoire bibliographique de la littérature militaire et coloniale française depuis 100 ans « publié en 1934 par le Commandant Favitsky de Probobysz dans laquelle il recense plus de 8000 ouvrages pour la seule période de 1800 à 1934 

                2)Les bibliothèques militaires sont apparues au XVIII° siècle et , ont d’abord été créées par des initiatives isolées  comme,par exemple ,  les bibliothèques de l’école de cavalerie de Saumur ( 1768/71) ou de l’école polytechnique .
                                               Les bibliothèques militaires ont vu le jour officiellement  par décret du 1°Juin 1872 signé par le général Courtot de Cissey alors ministre de la guerre ,mais l’idée était dans l’air depuis un certain temps comme en témoignent les  tentatives de 1822/42/60,des ouvrages tels que « De la nécessité de fonder des bibliothèques militaires »du général de Lamoricière (1845) qui souligne l’action du  maréchal Bugeaud qui « …dans son zèle éclairé …travaille activement à l’établissement des bibliothèques militaires «ou le « Dictionnaire de législation  et d’administration militaire «  de Victor Saussine (1860) qui signale l’existence de bibliothèques à Lyon, Lille,Strasbourg,Metz, Besançon ,Châlons et Sathonay        
                                             C’est sous l’impulsion du maréchal Bugeaud que  les premières bibliothèques militaires apparurent en Algérie(Bône, Constantine, Oran,Mascara …) vers 1842 
                                 Aucun inventaire officiel précis de ces  organismes n’ existant antérieurement à la seconde guerre mondiale , il est difficile de cerner  leurs nombre  importance  et  contenus .
Assez pauvres et peu nombreuses  à leurs débuts elles s’étaient progressivement étoffées  jusqu’après  la première guerre mondiale  puis , après avoir subi des réorganisations pas toujours très judicieuses les  244 établissements métropolitains et 147 ultramarins qui existaient en 1939 en  regroupant environ 1573000 volumes (Paris :56000,Lyon 30000,Alger 26000….) se virent considérés comme « Activité accessoire «   et leur  déclin s’amorça …
                            Outre le désintérêt officiel ce déclin est principalement dû à la facilité d’accès et à la multiplication  des  bibliothèques civiles et des moyens d’information et , de nos jours ,bien que le monde militaire se soit très largement ouvert sur le “civil” , il subsiste  encore une centaine de bibliothèques de garnison ,une cinquantaine de bibliothèques attachées à des établissement d’enseignement ou à des hôpitaux , une vingtaine de centres de documentation et un nombre  difficile à définir de bibliothèques d’unités d’importances variées dont le  fonds ,plutôt  généraliste, présente  une proportion bien moins importante qu’autrefois d’ouvrages consacrés aux arts militaires.
                          Ces bibliothèques sont installées dans des locaux souvent prestigieux mais en général assez mal adaptés et le personnel chargé de leur fonctionnement, bénévole ou exerçant là une fonction annexe , n’a pas toujours des compétences très étendues en matière de bibliothéconomie …
                         On estime que le public qui les fréquente est constitué pour les 2/3 de militaires ou assimilés et pour le 1/3 restant d’universitaires , d’étudiants de journalistes , de documentalistes ou de chercheurs .
                         La “ Direction de la mémoire ,du patrimoine et des archives  “ ( “ D M P A  “ ) est un organisme de tutelle destiné à coordonner les actions de ces diverses bibliothèques.     


 
     
                         Au début les  bibliothèques régimentaires  étaient attachées aux  formations et visaient en priorité les cadres , mais , la troupe n’était pas oubliée   comme en témoigne ce passage des « Soldat » de L. Picard (1914) : 
« Les livres , pour la plupart sont des dons des officiers ; certaines socié  tés qui s’occupent du bien-être du soldat  sont également donatrices de  livres et de jeux «  
                   Mais , en raison de la mobilité des formations elles sont rapidement devenues , bibliothèques fixes portant les diverses appellations de bibliothèques  “de Garnison*” , «  de Réunion des officiers «  . »de troupe «  , «  de caserne «  , «  d’école « , «  de corps de garde «  , régimentaire «  , « de cercle « , « d’hôpital » , »d’infirmerie »  , »de prison « et même « de corps de garde. »

                               La France a manifesté dans ce domaine un retard considérable vis à vis des autres pays,comme l’Angleterre ou la Prusse ou de nombreuses  bibliothèques militaires existaient dès le XVIII° siècle ,   et l’idée de la nécessité de tels établissements   y a mis beaucoup de  temps à s’établir.....
                             À titre de comparaison on peut citer l’Armée rouge qui ,dans les années 30 possédait 9500000 livres répartis entre  1521 bibliothèques fixes et 14500 ambulantes  qui pratiquaient 11600000 prêts par an au profit de 83% de ses personnels ...    
                              Le fonds de ces bibliothèques était constitué d’ouvrages considérés  comme utiles aux militaires (traitant de tactique,manœuvre,armement etc...) 
La constitution de leur fonds a fait  appel à des sources très diverses telles que dons, legs mais aussi :
                                     -Prélèvements autoritaires comme lorsque l’ingénieur militaire Gaspard Monge  « allégea » en 1797 la bibliothèque du Vatican  de 200 ouvrages d’art et d’architecture au profit de la bibliothèque de l’école polytechnique  .
                                    -Confiscations :cas des  560 ouvrages qui  furent confisqués à des institutions religieuses ou à des nobles    pour aller enrichir la bibliothèque des archives de la marine à Brest .
                                     -Prélèvements sur les «  Dépôts* littéraires «(Voir à ce mot )  constitués lors de la révolution .

       
                                                                                               Les divers conflits ont suscité la création de bibliothèques spéciales telles les bibliothèques aux armées fonctionnant près des théâtres d’opérations (700 collections de 100 volumes en 1918),ou dans les camps de prisonniers.
    À titre d’exemple on peut rappeler que les troupes américaines venues en France en 1917 disposaient de bibliothèques dans tous leurs lieux de stationnement . 
                                                                                   3)Les écrivains militaires ont été présents  à toutes les époques et appartiennent à deux grandes catégories :
                  -Ceux qui ont écrit sur des sujets militaires en rédigeant des études ,traités,théories etc....( parfois publiés hors de France lorqu’ils étaient un peu trop novateurs,comme cet  “ Examen critique du militaire Francois” publié à Genève  en 1781   par “B de B ...” [Baron de Bohan ? ]  )
    On peut citer dans cette catégorie:Pline l’ancien ,Joinville,Le maréchal de Saxe  ,Blaise de Monluc, Guibert  surnommé “ Le petit Clausewitz  “ ,Ardant du picq  ,Marbot ,Foch,Beaufre,Galièni,Lyautey  ,De Gaulle ...et ... une foule d’autres!
           
                         -Ceux qui ont écrit sur des sujets divers que l’on qualifierait plus justement de  “Militaires écrivains” parmi lesquels et pêle-mêle  Bergerac , Honoré d’Urfé, Bussy Rabutin ,Maine de Biran ,Cervantès, Saint Simon , Florian , Brantôme , :Du Bartas , Agrippa d’Aubigné, Cyrano de,Saint-Evremont ,le Comte de Caylus , Donatien Alphonse François marquis de Sade,Henri Beyle dit «  Stendhal «  ,Charles Ardant Du Picq,Vauvenargues ,René Descartes ,Albert Dubois-pillet,La Roche foucault Charles de Foucault ,Paul Louis Courier , Alfred de Vigny ,Le maréchal Nicolas Catinat   , Le capitaine Danrit (alias* Commandant Driant ) , Paul Chack, Georges Buis ,Émile Gaboriau, Pierre Ambroise Choderlos de Laclos qui fut général  artilleur,le prince de Ligne Pierre Loti ,Lyautey,Ségalen qui fut médecin militaire , Paul Gauguin,Farrère, Victor Margueritte, Psichari , Saint Exupéry , André Malraux ,Jules Roy ,etc ...etc ...  etc...
    Leurs   carrières  militaires  sont très diverses et en durée  - courte et presqu’anecdotique pour cetains , fort longue pour d’autres – et en qualité , certains s’étant avérés d’excellents militaires  d’autres  ayant été peu appréciés de leur hiérarchie ( Foucault , Loti …) et  un certain nombre d’entr’eux ayant eu  à subir  l’hostilité de leur institution  ( Laclos,Lyautey , Bussy Rabutin , Chack, Ségalen ,Loti …)

                      -Ceux ,infiniment plus nombreux, qui ont rédigé des mémoires ou des souvenirs relatant les évènements auxquels ils avaient participé.

                      -Ceux qui , sans être écrivains ,furent des acteurs importants de la “ Chose écrite “ comme ,par exemple ,le dessinateur Job (Jacques Onfroy de Bréville ) ou le maréchal Brune qui fut typographe *. 
                       -D’autres encore ne fréquentèrent l’institution militaire que pour sacrifier aux nécessités matérielles : ce fut le cas de Paul Valéry qui œuvra durant quelques années au ministère de la guerre ...ou il s’ennuya copieusement semble-t-il ....
      
                            L’institution militaire a,pendant longtemps,  été réticente  vis à vis de ceux de ses membres qui désiraient publier des écrits et a mis de nombreuses entraves à leur diffusion:autorisation préalable,interdiction,pressions diverses ont été fréquentes pendant de nombreuses années.
                            Cet état de fait a conduit de nombreux écrivains militaires à publier leurs œuvres à l’étranger ou de façon anonyme (“Rôle social de l’officier” de Lyautey) ou sous un pseudonyme (“Capitaine Danrit” pour le Capitaine Driant ou “Paul Chack  “ pour le Lieutenant de vaisseau Aubert par exemple  ).. 
    De nos jours les militaires peuvent librement publier leurs écrits au même titre que tous les autres écrivains

On ne peut conclure  ce chapitre sans évoquer les femmes …

Elles furent rares dans les armées d’autrefois et encore plus rares furent  celles qui laissèrent des écrits mais , bien que la mémoire collective les aient très  largement occultées , il y en eût !
    Citons  Thérèse Figueur , plus connue sous le surnom de « Madame Sans-gêne «  , qui fut de 1793 à 1815 dragon aux 15° & 9° régiments , participa aux batailles d’ Austerlitz et de Iéna et publia  ses mémoires en 1842
    Dans les armées révolutionnaires il y eût 50 autres cas en 1792/93 et une soixantaine d’autres  jusqu’en 1815.
Mais elles n’ont pas écrit et , à l’exception de quelques rares cas ( Marie-Jeanne Schellinck , Virginie Ghisquière …) n’ont laissé d’autres souvenir qu’un dossier  dans un carton d’archives …


                                  4)Il existe aussi une presse qui ,issue de l’armée ou du milieu civil cible les militaires .
                    Les premières manifestations en remontent au XVIII° siècle avec les “ États de la France “  , “ L’encyclopédie militaire “ qui parut de 1770 à 1772, le “Journal de la marine “ (1766) , le “ Journal de médecine militaire” (1782-89 ) qui était distribué gratuitement aux 600 médecins militaires de l’époque et le «  Journal militaire «publié à partir de 1790 et ,avec des présentations diverses, jusqu’en 1913 date à laquelle il fut remplacé  par le «  journal officiel «    
                   Le volume de cette presse augmenta beaucoup après la révolution puis les “ Revues d’armes “ apparurent vers 1840 .
                     Il faut ,de nos jours y adjoindre les innombrables bulletins d’associations à caractère militaire,de musées  et diverses revues traitant d’histoire militaire dont l’archétype est “ La sabretache “ .
                   Cette presse est un secteur bien vivant de l’édition qui ,au fil du temps , s’est affranchi des contraintes qui, pesaient naguère sur les auteurs  pour s’ouvrir largement aux opinions non conventionnelles .    

                           5)On peut s’interroger sur ce que lisent ou ce qu’ont lu les militaires …la chose est étroitement liée au degré d’alphabétisation de la population générale  et , il est évident qu’aux époques ou il était faible nombre de  militaires ne lisait pas.
    Mais  on peut noter qu’à toutes les époques beaucoup de ceux qui savaient lire  s’intéressaient  à la «  chose écrite «  et d’ Alexandre  lisant Aristote , à Lyautey  en passant par César rédigeant un traité de grammaire  très nombreux furent ceux  pour qui  s’adonnèrent à la lecture …
                                On  rencontre, ici ou là , l’expression “ littérature pour militaires  “ qui dans le contexte péjoratif ou elle est employée s’apparente à la “ Littérature pour midinettes   “  ...
                             L’expression vient de la vogue du “ Comique troupier  “ ,qui sévit dans les années 1900 et donna lieu à une floraison de publications ou la gaudriole et les histoires grivoises dominaient ...c’était l’époque ou Polin et Ouvrard  habillés en Piou-piou triomphaient au “ Café concert “ avec des  monologues “militaires “  comme “ Le chauffeur de la colonelle  “ ,“ Amoureux de la cantinière “ ou « J’ai la rate qui se dilate … » 
                            Une foule de publications exploitaient  cette veine : “ Les aventures du Colonel Ronchonot “    ,les petits fascicules intitulés “ Pour dire entre militaires  “ ,de nombreuses revues comme “ Le Régiment “ constituaient en effet une  “ littérature pour militaires “ qui d’ailleurs était principalement lue par les civils !
                              Cette vogue avait été annoncée par le succès  du “ Sapeur Camembert  “ de Christophe à ceci prés que le brave sapeur pratique un humour de bon aloi, ne se laisse jamais aller à la gauloiserie et fait preuve d’une  finesse certaine  !
                                La vogue du comique troupier retombée, l’expression “ Littérature pour militaires  “, que d’aucuns s’emploient encore à perpétuer de nos jours ,n’a plus aucun sens et il serait d’une insigne mauvaise foi de prendre pour témoin à charge les  quelques “BD  pour adultes “ pouvant traîner dans les tiroirs de tel ou tel poste  de garde (juge -t-on les internes de l’hôpital sur leurs chansons de corps de garde ?.. )   :la vérité est que les militaires font partie de la société de leur temps et ,en présentant les caractéristiques générales, certains lisent ,d’autres moins et d’autres pas du tout  !
                               En l’absence d’étude précise  on peut simplement constater que  leurs lectures  sont extrêmement diverses  et que  ,hormis quelques  inévitables ouvrages spécialisés ,la liste des livres lus doit  être étrangement semblable à celle de la population générale...
.
                 Les exemples en sont nombreux et parmi eux on peut citer :
 BD , revues et livres   s’empilant à l’envie sur les tables des escadrons de chasse , dans les salles de veille ou les postes de garde ,...  et  s’ il fallait en donner  un exemple plus précis on pourrait citer le  n° 840 de “ Paris Match   ” qui , publiant un reportage sur les « Forces aériennes stratégiques «, l’illustra d’une photo de la salle d’alerte ou l’on voit deux pilotes lire “ Planète  “ revue dont  on ne peut guère dire qu’elle était intellectuellement sous-développée  et dont la rédaction pourtant peu portée sur la «  Chose militaire «   ,s’empressa de publier la photo  montrant ainsi qu’elle ne considérait pas les militaires comme un lectorat négligeable !  

 

                               6)L’expression  “Reliure militaire “ est parfois rencontrée pour désigner une reliure à anneaux*( * : Voir à ce mot ) mobiles , sans doute en raison du fait que les militaires furent les premiers à utiliser ce genre de reliure , pour permettre la mise à jour de documents par insertion de nouvelles pages , de nombreux règlements militaire sont en effet  présentés sous ce type de reliure …

                             7)Les imprimeries militaires ou régimentaires  qui ont existé (et existent encore ....) pour subvenir aux besoins des armées en matière de documents d’imprimés ....ces imprimeries furent l’objet de contestations et de litiges avec les imprimeries civiles car ,dans un certain nombre de cas elles réalisaient des “ Bilboquets *  “ au profit des militaires privant ainsi les imprimeries locales de ces travaux .
                               C’est ainsi que le “ Journal des typographes “ de Juin 1896 signalait une imprimerie “ de campagne “ à Munich employant 11 compositeurs et 3 conducteurs  et donnait leur paye sans autres commentaires ...mais le ton change dans sa livraison de Mai 1897 ou ,s’en prenant à l’imprimerie militaire d’Antibes , il appelle à des témoignages  pour juguler ces empiètements sur le domaine “ Civil  “....    

                                     9)Outre ceux qui furent écrivains , quelques militaires ont fait partie des “ Gens du livre “ soit avant leur carrière  sous les armes ,soit,plus souvent,après:
       -Le général chinois Mong Tien qui ,selon certains auteurs serait l’inventeur du papier* .
      -Le Maréchal Brune fut d’abord typographe,journaliste et imprimeur...
      -De très nombreux militaires ,leur carrière (souvent courte..) effectuée ont eu une activité de libraire*, bouquiniste*,bibliothécaire* et , plus rarement ,relieur * .
      
                                      10)Tout ce qui précède étant dit , il serait malhonnête de passer sous silence le fait que les circonstances de la guerre*( * : Voir à ce mot ) ont souvent contraint  les militaires  au rôle de destructeur de livres..
                      Les bombardements , incendies , destructions de bâtiments et autres circonstances des conflits ont provoqué la destruction de millions d’ouvrages et vouloir recenser toutes les bibliothèques détruites par faits de guerre serait une gageure…
                     Les militaires, le plus souvent à leur corps défendant , en ont certes  été  le « Bras armé «   mais , que la responsabilité en retombe sur la têtes de ceux qui déclenchèrent les conflits !
                     Plus contestable est la destruction de bibliothèques pour des raisons purement pratiques comme celles qui conduisirent au XIX° siècle à la destruction de la bibliothèque du collège de Navarre pour agrandir la cour de l’école polytechnique…. 

            Pour conclure , notons que depuis toujours le fonctionnement des armées ,même en campagne , a nécessité l’omniprésence de la « chose écrite « et ceci au point que ce fut parfois  une cause de sa destruction comme , par exemple ,lorsque le roi Philippe Auguste perdit toute les archives du royaume à la bataille de Frèteval le 5 Juillet 1194….  

 10)Enfin , s’il y eût des militaires écrivains et des écrivains militaires , il faut aussi évoquer les personnages mythiques ,imaginaires , ou librement inspirés de militaires ayant existé  ,  créés par la littérature et , pour certains , si présents dans l’inconscient collectif qu’ils en sont presque devenus réels …citons parmi ceux inspirés de personnages réels : 

    -Roland  héros mythique de la «  chanson de Roland «  inspiré par le personnage réel de Roland duc de la marche de Bretagne qui périt à Roncevaux le 15 Août 778  dans une embuscade tendue par les Vascons portée bien plus tard (IX°/X° siècles )  à la hauteur d’une  l’épopée par la chanson éponyme …
    -D’Artagnan créé par Alexandre Dumas et inspiré  de Charles de Batz de Castelmore  comte de Montesquiou    alias «  D’artagnan «  
     
    -Le Chevalier d’ Éon personnage bien réel  sous le nom de Charles Geneviève de Beaumont  mais concernant lequel on a tant fabulé qu’il en est devenu mythique ..
-Savinien de Cyrano de Bergerac , personnage bien réel  lui aussi et écrivain  que la pièce de théâtre d’ Edmond Rostand a élevé à la hauteur du mythe
    -Gilles de  Rais , personnage bien réel   dont les exactions ont suscité  tant d’éxégèses  qu’il en est devenu l’archétype de «  Barbe bleue «  …
-Fanfan la tulipe  inspiré d’un sergent ,  héros anonyme de la bataille de Fontenoy en 1745 
-L’Adjudant Flick créé par Courteline dans «  Les gaitées de l’escadron « …héros imaginaire certes …mais très inspiré  d’une certaine réalité de l’époque …
-Chauvin  , héros du vaudeville*(Voir à ce mot :*) militaire « La cocarde tricolore «  (1831)sans doute inspiré par un héros de l’Empire …

    Et l’on peut y ajouter :

    -Le Capitaine Fracasse héros  purement mythique de Théophile Gautier 
-Le Colonel Chabert de Balzac inspiré d’un fait réel 
-Les Gendarmes du théâtre de Guignol , le gendarme Cruchot  «  de Saint Tropez «  et le gendarme » Pandore «  
-L’ami Bidasse  héros du « comique troupier « et du «  Vaudeville militaire «  (Voir à ce mot :*) 
-Le «  Poilu » archétype anonyme de tous les combattants de la guerre de 14/18
-L’adjudant Tronck du » Désert des tartares «  de Dino Buzzati  sans doute cousin de l’ « Allumeur de réverbères «  du «  Petit prince «  …

    Et pour finir , quelques héros de Bande dessinée :

    -Et d’abord l’ancêtre , le «  Sapeur Camembert «  de Christophe  qui n’a guère vieilli et dont certains « gags «  sont encore très actuels …
    - Mais aussi :Le «  Sergent Gary » (Félix Molinari «), «  Les trois mousquetaires du maquis « (Marijac )  , «  Les aventures de Tanguy et Laverdure  « (Charlier & Uderzo )  , »Les tuniques bleues «  (Salverius & Cauvin «  , » Dan Cooper «  ( Albert Weinberg), «  Buck Dany «  (Charlier & Hubinon )  et de nombreux autres ….
 

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