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CAFÉ -
1)Dans les grandes ville ,et à Paris principalement, les cafés ,en qualité de lieu de réunion ,ont tenu une grande place dans les mouvements littéraires,certains d’entr’eux,parfois nommé “ Cafés musains * “ , se spécialisant même dans ce genre...
Tous les types d’établissements ont été concernés et des bars de luxe aux très simples estaminets* en passant par les tavernes, brasseries, bistrots* et autres caboulots ou « Rambouillets * « on peut dire que chaque catégorie a joué , à un moment ou un autre , son rôle littéraire
Leur nombre passa de 250 à la fin du XVII° siècle à plus de 1800 en1780 et ,en 1813, le « Manuel du voyageur à Paris en recensait 3000 …. !
Maurice Barrès a pu écrire à leur sujet dans “ La quartier latin ( 1888) que “ ....Les artistes les plus délicats de cette époque (1850-1914) ont beaucoup fréquenté les brasseries .C’est là qu’ont été mûries la plupart des esthétiques avant 1870 “
Ernest Raynaud ,qui les fréquenta dans les années 20 au double titre de poète cofondateur du “ Mercure de france “ et de commissaire de police du XV° arrondissement, décernait quand à lui aux cafés le titre de “ Salon du pauvre “ et Paul Valéry ,qui les fréquenta lui aussi, dépeint dans “Existence du symbolisme “ (1957) l’athmosphère qui y régnait : “ ...sous les écharpes lourdes de fumée ,au milieu du vacarme des soucoupes ,des cuilliers, des exclamations des joueurs et des cris aigus de quelques femmes qui se chamaillent ...”
Léon Paul Fargue, célèbre “ Piéton de Paris “ en évoque de nombreux et note que “ ...on travaillait,on rimait,on composait au café ...”
Tristan Tzara écrit quand à lui que “ ....Tout se tramait dans les différents cafés de Montparnasse ...”
Huysmans a fait , dans “ De tout “(1901) , une très réaliste description des clients des cafés et de certains des intellectuels qui travaillaient au café “ Caron “ “ ...il s’affaisse sur la banquette ,enlève d’une petite serviette en toile cirée un manuscrit asiatique,et,cassé en deux sur la table ,tirant sur un porte-cigarette en plâtre imitant l’écume,il souffle,relève la tête,apprête longuement le bain de Barèges de son absinthe ,boit une gorgée,grimace,remet de l’eau,remonte son pantalon,griffonne avec un crayon dont il mouille le bout,sur les marges du manuscrit que ses doigts tapotent . “
Et dans « Émile zola et l’assomoir « (1877) il complète cette description par la sentence : « …car les véritables maîtres dans l’art de penser et d’écrire vivent chez eux et ne travaillent pas dans les cafés. »
Alphonse Allais écrit en 1889 : « J’abhorre la vie de café, car je considère le temps qu’on passe dans ce genre d’établissement comme dérobé à l’étude et à la prière « (in « Le Bottin « )
Aragon écrit en 1926 dans « Le paysan de Paris « : »Voici que j’atteins le seuil du café Certa,café célèbre […](choisi ) par goût de l’équivoque des passages […]c’est ce lieu qui fut le siège principal des assises Dada[…]me voici repris par le spectacle du passage … » et , plus loin : « On vous donne un encrier de verre qui se ferme avec un bouchon de champagne et vous voilà en train … »
Les ouvrages traitant de ce sujet ou recensant les cafés littéraires sont nombreux et , pour n’en retenir qu’un seul , citons : « Les cafés politiques & littéraires de Paris « de Auguste Lepage paru chez Dentu en 1874…
Chaque époque a eu ses modes et l’on peut ,par exemple citer:la “Pomme de pin “ , “ La Mule “, “ Les Trumelières “, “ Le Cheval blanc “ , “ Le Grand Godet “ au temps de Villon et de Rabelais ,la “Croix de Lorraine “ , le “Mouton blanc “,la “ Fosse aux lions “ , « Chez Rey «, « Le Parnasse « , « Les Trois cuillères « »La Régence « ,,le “Procope ”, créé en 1686 fréquenté par Lesage,l’abbé Terrasson , Dumarsais et bien d’autres et qui fut le premier à se nommer “ café “,aux XVII° & XVIII° siècles, cafés « Des aveugles « , « de Naples « , « Bidaut « , « Des Mille Colombes « , « Borel , « Anglais » , « Fitz-James « , »Tête noire « , « Le Diable », »Ren ard « , « Le mouton blanc « , »Les trois cuillers « , « Les Torches « , »La Galère « , »Le chêne vert », »Le Pressoir d’or « , « L’Hôtel de Mantoue », « Le Juste pris « , « ….et « Mécanique « équipé d’un dipositif de service mécanique …au Palais Royal
Les cafés “ Frary “ , “ Laurent “ , “La Rotonde “ ,” Des Militaires “ ,”Gradot “,” De la veuve Laurent, du “ Caveau “ , “de Chartres “ , “ du Prophète Élie “ , “ de la Régence “ , « Le Sabot « , »Le Panier Fleuri « au XVIII° siècle ,le “ Dagneaux “ ,le “ Divan * Le Peletier “,le » Zoppi », et le “ Momus “ vers 1840 le “ Riche “ et le « Hardy ( « dont on disait par plaisanterie qu’ »il fallait être riche pour aller au café Hardy et hardi pour aller au café Riche «)sous le second empire , le “ Soleil d’or “ , la “Vachette “ , la “ Taverne du panthéon “ ,le “ Zut “ , le “ Lapin agile “,le « Baratte « , »Le café du lycée des arts «,le « Café Lemblin « »La perdrix rouge « devenue « Perdrix amoureuse « le « Café de la Porte saint Martin »surtout fréquenté par les dramaturges, »Chez Bouvet »,le »Café de Suède », »Chez Piton »,le « Café Anglais « , le »Café Iche » dont on disait qu’il avait conservé le nom sans en avoir l’R ,le « Saint Roch »,le « Robespierre »,le « Tabourey «, le « Divan Lepelletier »le « Voltaire »et le « Soufflet » ou l’on ne fumait pas ,le « Mazarin « et le « Belge « ( qui deviendra « Brasserie du Rhin «)fréquentés par les étudiants turbulents,le « Théodore « et la « Brasserie Andler « plus politisés, la « Brasserie des martyrs « fréquentée par toute une pléiade d’éternels aspirants au succès et le « Paul Niquet « chers à Nerval et le Caron cher à Huysmans à la fin du XIX° siècle ....et l’on pourrait, mêlant geres et époques , ajouter « Lhôtel Saint Quentin « , « La Corne « , « Les trois entonnoirs « , « L’écu d’argent « , « Lépée royale « , « Cormier « , « La Fosse aux lions « , «Au petit mauve « , »Le Peletier » , « Le Cardinal « , « Le Vachette « etc ….
Et cettains des « Gensdelettres * «qui fréquentaient ces établissements les ont chanté dans leurs œ uvres :
- Tallemant des Réaux a chanté pour »Chez la Coiffier » :
« La coiffier me rend soucieux
Elle seule plaît à mes yeux… »
-Vadé pour « Le tambour royal « à La Courtille :
-Voir Paris sans voir la Courtille
….C’est voir Rome sans voir le pape … »
-Et, anonyme, pour « La mère Roquille « :
« Jusque chez la mère Roquille
En brandevin elle a la vogue … »
La profusion atteint des proportions considérables à la belle époque ou ils ont constitué un lieu de réunion privilégié pour tous les littérateurs qui n’avaient pas accès aux salons *
Les citer tous est impossible mais on peut évoquer le nom de quelques uns ....“ La Source “ , ,”Le François 1° “ , , “ La Brasserie Grüber “ , “Le Rhin “ , “ Le Soufflot “ , “La Vachette “ , “ Le Balzar “ , le “ D’Harcourt “ , “ La closerie des lilas “ chère à Hémingway et qui , dans une version précédente avait été chère à Verlaine , le “ Café des Vosges “ , “ Le Voltaire “ que fréquentèrent Verlaine , Gambetta, Gauguin,Mallarmé ,Gide, Héminway..., “Le Flore “ ou Rémy de Courmont composa plusieurs de ses œuvres, “ le Weber “ , “ Le Grand café “ ,le “ Dôme “ , la “ Rotonde “ , »Le nègre de Toulouse « , le « Falstaff », le « Dingo Bar « ,S “ Le Bar de la Paix “ , “ Le Napolitain “ ,” Le Rat Mort “ ,” Le Mirliton “ , “ Le Carillon “ , “ L’Ane rouge “ ,” Le Clairon de Sidi-Brahim “ cher à Mac-Orlan ,” Le Billard en bois “ , “ La Nouvelle Athènes “ , “ Le Franco-Italien “ , “ L’Univers “ ,fief des auteurs dramatiques,” Le grand écart “ , “ Le Florence “,” Le Flore “ ,”Les deux magots “ ,” La brasserie Lipp “ dont Léon Paul Fargue disait que “ ....l’on ne saurait écrire trente lignes dans un journal à Paris ....sans consacrer au moins un soir par semaine à cette brasserie “ ,”La taverne du bagne “ , “ Le divan Japonais “ , “Le Certa “du passage de l’opéra , “ Le Cyrano “ , “ La déesse noire “ , “ La belle poule ,” , “ La grande pinte “ , “ Le Caveau du soleil d’or “ , “ L’académie des tonneaux “ , “ Le Caveau “ , “ La régence “ , “ les café “ Manoury ,Harger, de la Victoire , D’Apollon, des mille colonnes , Hardy, Frascati,Cardinal , Tortoni,Riche ,américain , l’écritoire si bien nommé etc ...etc ........
L’époque de l’après seconde guerre mondiale eût les siens nommés « Bar vert » , »Flore », »Méphisto », », »Catalan », »Les deux magots « , « La reine Blanche « , etc ..etc .. auxquels vient s’ajouter la foule anonyme de tous ces autres, parfois fréquentés par des littérateurs bohème , évoqués dans ” Le Piéton de Paris “ : ” Bars éphémères,incrustés,usés,inamovibles,russes, nègres , malgaches, lesbiens, platoniques , ...” .....
Certains d’entr’eux méritent une mention spéciale :
-Le “ Procope “,né en 1686 et qui aprés s’être appellé “ Zoppi “ redevint “Procope “ et survit encore .
Ce fut l’un des plus anciens : surnommé le « Bureau du savoir « ou le « Temple des encyclopédistes « au temps de l’encyclopédie..il s’y élabora ensuite nombre d’idées révolutionnaires et, au XIX° siècle,il anima un cabinet de lecture .
-Le “ Bœuf sur le toit “ qui ,à partir de 1920 ,vit défiler nombre de futures célébrités littéraires et artistiques dans ses divers ports d’attache ( rue Duphot ...rue Boissy d’Anglas ...rue de Penthièvre ...rue Pierre 1° de Serbie ...)
-Le « Café Mably « & le « Rendez vous des cheminots « pour Jean Paul Sartre
-Le “Voltaire “ de Zurich ou Tristan Tzara baptisa le mouvement “ Dada “
-Le « Café Caron « décrit par Rémy de Gourmont et fréquenté par Huysmans,Arène,Lafenestre….
De nombreux auteurs (Sartre,Simone de Beauvoir,Hemingway ,Jacques Laurent ,Hémingway , Colette par exemple ..) ont écrit près des zincs* et certains cafés présentent une ambiance si propice à l’écriture que Léo Crozet ,dans une étude sur l’équipement matériel des bibliothèques publiée en 1936 préconise dans le “ Bulletin du livre français “ de s’en inspirer pour la conception des salles de travail des grandes bibliothèques .
Pour nombre d’auteurs ayant écrit dans les cafés le choix de l’établissement ne fut pas toujours exempt de considérations très matérielles comme , par exemple la quailté de leur chauffage ....
Le phénomène de la “ Résonance * stochastique “ expliquerait en partie la propension de certains écrivains à ne pouvoir rédiger qu’avec la présence d’un bruit * de fond …mais aussi , pour certains , sans le risque de voir apparaître des personnes de connaissance comme Hémingway l’exprime dans « Paris est une fête « lorsqu’il parle d’un « café idéal pour travailler et qui n’était fréquenté par aucune de vos connaissanes «
Rares sont les écrivains qui ont décrié le café mais , parmi eux on peut évoquer:
- Cendrars ,qui, dans “ L’homme foudroyé “,dit toute l’aversion que lui inspire la vie que mènent les gens de lettres “ devant les glaces pleines de reflets des grands cafés de Paris “ et emploie,pour qualifier la mégalomanie qui les anime souvent ,le terme “ Kafee-Wahn “ (folie ou illusion du café ) emprunté au vocabulaire psychiatrique allemand ,terme qui , curieusement se rapproche de “ Kahvehane “ qui , dans le monde turc désigne un café à vocation littéraire .....(aussi nommé “ Kiraathane “ )
-Charles Cros qui écrit dans “Le coffret de santal “ :
“Dormir tranquillement en attendant la gloire
Dans un lit frais l’été,mais,l’hiver, bien chauffé
Tout cela vaut bien mieux que d’aller au café ! “
-Balzac , pour sa part,déplorait le fait que les étudiants soient conduits à étudier au café par suite de la mauvaise qualité de leur logement : « Commen,t espère-t-on faire rester des jeunes gens dans de pareils hôtels garnis ?Aussi les étudiants étudient-ils dans les cafés… »(in « Z-Marcas »-1840)
- Le père de Georges Courteline qui , après avoir assisté en 1893 à la première représentatuion de « Boubouroche « émit ce jugement péremptoire : « Ça ne restera pas ,ça se passe dans un café ! «
-L’artiste Scanreigh a parfois donné comme nom d’éditeur le nom du café dans lequel il a conçu ses livres ( “ Le Liminaire “ , “ Les deux rives “ etc ...)
Il est arrivé ,rarement cependant , que des tenanciers de café publient une chronique comme par exemple Madame Bourette tenant un café rue « Croix des petits champs « au XVIII° siècle qui publia en 1755« La muse limonadière « recueil d’anecdotes en vers et en prose relatant les faits et gestes des gens de lettres fréquentant son établissement (Marivaux,Vadé, l’Abbé Prévost Piron , Maupertuis …etc …)…œuvre qui ne fut pas dédaignée puisque l’on en connaît un exemplaire aux armes de la reine Marie Leczinska dédicacé à son père le roi Stanislas et ayant ensuite fait partie au XIX° siècle de la bibliothèque du baron Double .
On peut citer aussi « Histoire anecdotique des cafés et cabarets de Paris « d’ Alfred Delvau (1862)
Signalons un rôle plus modeste tenu par les cafés en matière d’écriture : tous tenaient à disposition de leurs clients des nécessaires à écrire et du papier à lettres à leur en-tête et les lettres de célébrités rédigées sur ces papiers sont légion ….
Toutes les grandes villes du monde ont eu leurs cafés célèbres …pour n’en citer qu’un seul, rappelons le souvenir du « Café Richmond » de Buenos Aires que fréquentèrent Jorge Luis Borges, Saint Exupéry,Mermoz,et que Graham Greene mentionna dans « Le consul honoraire « (1973)
L’appellation « Écrivain de café ou de bar « parfois rencontrée peut , certes, désigner un écrivain rédigeant ses œuvres dans les cafés mais est le plus souvent employée péjorativement pour désigner un écrivain discourant au bar pendant des heures ,et le plus souvent en mal, sur la littérature des autres et sur les œuvres que , c’est sûr , il ne tardera pas ,un jour prochain , à écrire
Et , pour conclure , remarquons que la satisfaction des cafetiers concernant la notoriété donnée à leur établissement par la fréquentation des « Gensdelettres « fut parfois nuancée par la parcimonie de certains écrivains qui passaient chez eux de très longs moments sans consommer : Pierre Boubal , patron du Flore disait ainsi : « Sartre !Ce fut mon plus mauvais client ! Il demeurait des heures à gribouiller du papier devant une unique consommation du matin jusqu’au soir , jamais renouvelée «
Certains de ces tenanciers ou quelques membres de leur personnel devinrent des amis des écrivains qui , parfois , les brocardèrent gentiment comme , par exemple , lorsque Guillaume Hannoteau , usant du contrepet * , baptise « L’atome de l’oncle Cazes « le chasseur de petite taille de la brasserie Lipp dont le patron se nommait « Cazes »
2)Le café, introduit en tant que boisson en 1669 lors de la visite de Soliman Aga émissaire de Mohamet IV,puis popularisé par l’apparition des « Cafés « dont le Procope fut le précurseur . a constitué, pour certains écrivains, un élément absolument indispensable à leur inspiration ...le cas le plus flagrant est Balzac qui ,atteint de caféisme * , aurait consommé, pendant la rédaction de la “Condition humaine “,50000 tasses d’un mélange de Bourbon,de Martinique et de Moka qu’il achetait chez trois fournisseurs différents et dont la consommation gargantuesque a ,selon certains chroniqueurs,été un élément déterminant dans la pathologie qui l’a emporté ...pathologie dont il n’ignorait rien puisqu’il avait publié en 1838 un “ Traité des excitants modernes “ dans lequel le café tenait une bonne place et ou il parlait des gens “ brûlés “ par son excessive consommation .... : »Enfin ,dernièrement,un artiste,Chenavard est mort brûlé … »et ou il livrait certaines de ses expériences : « …j’ai découvert une horrible et cruelle méthode que je ne conseille qu’aux hommes d’une excessive vigueur…..il s’agir de café moulu froid et anhydre pris à jeun …. » .. » …Excitation fatale car elle me donne d’horribles douleurs d’estomac « (propos ..1845)
Mais cela ne l’empêchait pas d’en vanter les effes positifs : « ..il [le café ] tombe dans votre estomac …dès lors , tout s’agite : les idées s’ébranlent comme des batailons de la grande armée …le papier se couvre d’encre car la veille commence et finit par des torrents d’eau noire «
Voltaire , Buffon , Napoléon et bien d’autres furent eux-aussi de grands cnsommateurs de café ...et madame de Sévigné a écrit le 29 Janvier 1690: « Nous avons ici de bon lait . Nous sommes en fantaisie de faire bien écrémer de ce bon lait et de le mêler avec du sucre et de bon café « …mais , dans une lettre écrite le 1° Novembre 1688 elle écrivait que « Le café est tout à fait disgrâcié …il échauffe et met le sang en mouvement ….bête de compagnie comme vous me connaissez, je n’en prends plus … »
Un peu plus tard Samuel Auguste Tissot écrivait dans son livre « De la santé des gens de lettres « ( 1770 ) : «Les gens de lettres sages devraient en général réserver le café pour leur remède favori, mais ne jamais en faire leur boisson quotidienne …habitude qui dégénère bientôt en besoin …on sait qu’on s’empoisonne mais le poison est doux et on l’avale …. »
Marcel Proust ,sans en faire une consommation excessive, était très exigeant concernant la qualité du café qu’il consommait et sa bonne , Céleste Albaret,rapporte dans ses mémoires qu’il ne buvait que de l’ »Essence de café « de marque Corcellet exclusivement acheté dans une boutique de la rue de Lévis dans le XVII° arrondissement ,préparée dans un filtre Corcellet, servi sur un plateau de la même marque ,et dont il consommait deux bols par jour qui constituaient souvent sa seule nourriture : « Je n’ai jamais entendu parler de personne d’autre qui ait vécu des années en ne se nourrissant que de deux bols de café au lait et de deux croissants par jour /… » (Céleste Albaret in « monsieur Proust « )
Victor Hugo réalisa un certain nombre de ses dessins à l’aide d’un mélange d’encre de gouache et de café et pour soupoudrer et sécher ses écrits il utilisait du marc de café ou de la cendre de cigare.
Il a aussi été célébré en poésie comme le note Jean Pruvost dans « Le dico de dictionnaires « ( 2008)
« Prends du café : ce jus divin
« Pour chasser le sommeil et les vapeurs du vin « (Maumenet )
« C’est toi , divin café ,dont l’aimable liqueur
« Sans altérer la tête , épanouit le cœur « (Balzac )
« Le café vous présente une heureuse liqueur
« Qui d’un vin trop fumeux chassera la vapeur « (Berchoux )
Certaines de ces poésies célébraient ironiquement l’opinion autrefois assez répandue , que le café donnait du faux esprit à ceux qui en étaient naturellement dépourvus :
« À l’esprit imbécile
Café sert de second
L’auteur le plus stérile
Par luy devient fécond… » (Anonyme …)
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Le café a suscité de nombreux écrits soit techniques pour parler de sa culture, de sa torréfaction ou de sa préparation(...contentons nous de citer le “ Manuel de l’amateur de café “ de Henri Monnier – 1828 )soit romanesques comme Jean Baptiste Rousseau qui ,en 1694, écrivit une pièce sur le sujet qui lui valut quelques critiques du genre “ ...Le café toujours nous réveille ....le café chez toi seul endort ! “
Voltaire rapporte , sans doute faussement , que Madame de Sévigné,parlant de Racine , aurait dit “ Racine passera comme le café ! “
Certains livres sont désignés par l’expression « Coffee table book « ou « Livres de table à café « car difficiles ou impossibles à ranger sur les rayonnages d’une bibliothèque ils ne peuvent qu'être exposés , bien en vue , sur une table de salon .
Ce sont souvent des livres au prix élevé édités à l’occasion des fêtes* de Noël et nouvel-an dont les invendus , les festivités passées, sont rapidement soldés ..
. La désignation « Livre d’ Étrennes * « , un peu vieillie,ne se rencontre plus guère ....elle convenait pourtant fort bien …
L’expression « Propos de café du commerce « synonyme de « Propos de table* « peut se rencontrer pour qualifier péjorativement un texte superficiel et peu abouti .
Les « Gens du livre « n’ont , pas plus que les autres dédaignés d’ »améliorer « leur café en y rajoutant des alcools le breuvage prenant alors des noms divers tels que « Grand deuil « & « Demi-deuil « (sans ou avec cognac ) …