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ÉPITAPHE
(On peut rencontrer le synonyme ancien : Roullet ….. )
1)Courte maxime destinée à être inscrite sur une tombe et censée résumer avec plus ou moins de sincérité , un trait marquant ou une qualité du défunt .
C’était à l’origine , une des trois formes de l’épicédion* athénien …
Il arrive cependant que,par vengeance , les épitaphes soulignent un défaut ou une mauvaise action.
Les épitaphes sont les exemples les plus courants d’inscriptions épigraphiques * anciennes .
Malgré leur grande uniformité et l’usage de formules stéréotypées telles que “ Sub ascia * dédicavit “ , « Sta viator « (Passant ! Arrête toi ! ) , « Hic* Jacet « ou « Ci*-Gît » elles constituent des moyens précieux de connaissance des mœurs ,coutumes et usages ,de l’époque à laquelle elles appartiennent ; les épitaphes des légionnaires , plus détaillées que les autres sont , de ce point de vue, particulièrement intéressantes .
Jusqu’à la renaissance l’usage des épitaphes fut un droit seigneurial et les roturiers devaient obtenir l’autorisation du clergé pour en user , autorisation qui était parfois gravée sur la tombe à la suite de l’épitaphe .
Certaines épitaphes dites « Auto-épitaphes « ont été rédigées par le défunt lui-même : on peut citer en exemple de cette pratique le poète Scarron et Stendhal ...ou la célèbre courtisane Comtesse d’ Olonne qui ,imitée en cela par la comtesse de Verrue fit inscrire sur sa tombe : »Ci-git une dame de volupté qui , pour plus de sûreté ,fit son paradis en ce monde «
Ci-gît dans une paix profonde
Cette dame de volupté
Qui pour plus grande sûreté
Fit son paradis en ce monde
Auguste Maquet , nègre* notoire d’ Alexandre Dumas, fit graver sur sa tombe au Père Lachaise les titres des œuvres de cet auteur auxquelles il avait collaboré .
L’académicien Lamonnoye, sollicité à titre onéreux, pour rédiger l’épitaphe d’un courtisan lui proposa celle-ci dont l’histoire ne dit pas si elle figura sur sa tombe ...:
Ci-gît un très grand personnage
Qui fut d’un illustre lignage
Qui posséda mille vertus
Qui ne trompa jamais,qui fut toujours sage .
Je n’en dirai pas d’avantage
C’est trop mentir pour cent écus .
Certaines comportent une coquille * volontaire comme celle-ci attribuée à Le Brun :
Si vous lisez dans l’épitaphe
De Fabrice qu’il fut toujours homme de bien ,
C’est une faute d’orthographe
Passants , lisez homme de rien .
D’autres prennent la forme d’un rébus * :
O quid tuæ
Be est biæ
Ra Ra Ra
es et in
ram ram ram
ii
Qui signifie :
“ O super be , quid super est,tuæ super biæ, ter ra,es et in ter ram i bis “ qui signifie “ ( O orgueilleux , que reste-t-il de ta superbe ? tu es terre et tu iras dans la terre .” )
Il en existe de toutes sortes ,aimables , méchantes , naïves ....
“ Cher mari ....attends moi longtemps ! ...” ,
“ Mes larmes ne la ressusciteront pas , c’est pourquoi je pleure ..” ...etc ....
.... Insolites comme celle-ci destinée à un bonhomme de neige :
“Passants qui par ici passez
Souvenez vous des trépassés
Et priez Dieu qu’il gèle fort
Car s’il dégèle , je suis mort ! “
Originales comme celle figurant sur la tombe de l’un des amants de la danseuse Miré décédé d’une maladie vénérienne par elle transmise et composée des notes de musique “ LA MI RÉ LA MI LA “
De nombreuses épitaphes ont usé du jeu de mot sur le nom du défunt mais, faisant souvent référence au latin de plus en plus oublié, beaucoup passent inaperçues .....”Etienne Dolet qui souffre “(“Dolet “ = “Souffrir “ en latin ),”Marguerite de Navarre , la perle ...” (“Margaritas = “ Perle “ en latin )
...Professionnelles comme celles de l’ imprimeur J.Forster de Boston :” Ton corps ...est jeté ...comme un vieil almanach ...à la résurrection nous verrons une belle édition sans aucun errata...Dieu n’a qu’un mot à dire ....” Imprimatur “ “ ou celle d’un libraire : “ La feuille de sa vie étant achevée ...attendant une nouvelle édition revue et corrigée “ ou celle d’un autre imprimeur “ Comme un caractère usé retourné au fondeur “ ou , encore , celle de Franklin qui en rédigea deux ,l’une usant de caractères typographiques : “ Il fut l’ * de sa profession , le type de l’honnêteté ,l’ ! de tous et , quoique la mort ait mis un . à son existence chaque § est sans déléatur * “
L’autre faisant référence au livre: ” Le corps de B. franklin , imprimeur , telle la couverture d’un vieux livre dont le contenu est déchiré et dépouillé de ses lettres et dorures gît ici ,nourriture des vers .Mais l’œuvre ne sera pas perdue ,car, comme il l’a cru ,elle paraîtra une fois de plus dans une nouvelle édition plus élégante corrigée et améliorée par l’auteur . »
-Ou celle imaginée par Charles Nodier pour un bibliomane * :
Ci-git
Sous sa reliure de
bois ,un exemplaire in-
folio de la meilleure édition
de l’homme ,écrite dans une
langue de l’âge d’or que le
monde ne comprend plus.
C’est aujourd’hui un
Bouquin gâté,ma-
culé dépareillé
imparfait du frontis-
pice,piqué des vers et
Fort endommagé de pour-
rriture,on n’ose atten-
dre pour lui les hon-
neurs tardifs et inutiles de la
réimpression
Si une tombe ne comporte généralement qu’une seule épitaphe , la mort de personnages célèbres peut en susciter de nombreuses plus ou moins aimables selon leur provenance ....
Il existe des collectionneurs d’épitaphes mais cette collection est considérée par certains comme maléfique ...
Les épitaphes ont été si souvent fausses qu’un dicton populaire occitan,largement repris en français , disait : “ Fals coumo uno épitafo “ ( “ faux comme une épitaphe “ )
Comme pour les “Derniers * mots “ les épitaphes ont souvent de fausses attributions et les exemples en sont nombreux ...pour n’en citer qu’un mentionnons celle de l’académicien Pélisson longtemps attribuée à Sarasin mais qui fut reconnue comme étant de Ménage (ce qui fit dire à Oudin qu’on avait “ déménagé cette épitaphe “ )
Comme pour certains ex-libris * les épitaphes ont parfois pris la forme d’imprécations et d’appel aux foudres divines contre celui qui oserait profaner la tombe sur laquelle elles sont apposées .
Le cas fut très fréquent dans l’antiquité ou le “ jus sépulcri “ était très prégnant et l’on peut par exemple citer celle-ci : “ Étranger , si tu ne touches pas à cette tombe , que la terre après ta mort te soit légère.Mai si quelqu’un ose y toucher , que les dieux d’en haut le réprouvent , que les dieux d’en bas ne le reçoivent pas et que la terre lui soit pesante ! “
L’épitaphe ,qui peut être laudative , pamphlétaire , assassine, philosophique , énigmatique ou autobiographique constitue donc ^presque un genre littéraire à elle seule…
Pour conclure signalons le village imaginaire de « Spoon* –River « surtout remarquable par les épitaphes de son cimetière .
2)Par extension écrit rédigé à l’occasion du décès d’une personne:souvent en vers et toujours élogieuse l’épitaphe a été pratiquée par les plus grands écrivains.
« Épitaphe à la louenge de ma dame Mère du Roy ,faictz par plusieurs recommandables autheurs …. » 1531-à l’occasion de la moer de Louise de Savoie .
3)L’expression “ Faire l’épitaphe de quelqu’un “ désigne l’action de le juger après sa mort .