Recherche du sens de mots rares ou disparus dans la sphère du livre et de la chose écrite , recherche d'éléments divers concernant ce même domaine et publication du résultat de ces recherches .
TAILLE
1)Action de couper et, plus particulièrement en gravure ,d’imprimer un trait sur une plaque à l’aide d’un instrument tranchant.
Il existe diverses sortes de taille:
-Taille douce:Gravure * au burin sur acier ou cuivre dans laquelle n’intervient pas l’eau* forte : Il en existe diverses variantes :burin*,pointe sèche* ,mezzotinto* ,manière de crayon*
Les gravures obtenues par ce procédé présentent un léger relief du au gaufrage * du papier lors de l’impression.
Le premier livre imprimé illustré par ce procédé est “ La ruyne des nobles hommes et femmes “ publié en 1476 à Florence par Colard Mansion suivi , en 1488, des “Pérégrinations “ de Breydenbach publiées à Lyon mais il faudra attendre le milieu du XIX° siècle pour le voir se généraliser , l’un des premiers exemples de cette démocratisation étant l’édition de “ La peau de Chagrin “ de Balzac réalisée en 1838 par H.Delloye et Victor Lecou .
-Taille brisée: interrompue brusquement.
-Taille méplate: privilégiant les parties ombrées au détriment des partie éclairées.
-Taille perdue:En xylographie* : défaut consistant en l’existence de parties trop creuses pour être atteintes par l’encre alors qu’elles devraient l’être.
-Tailles libres: à sens multiples.
-Tailles rangées: parallèles les unes aux autres.
-Tailles uniques:N’utilisant pas de contre-taille et ou le trait délié correspond aux clairs et le trait plein aux obscurs.
-Taille d’épargne:en xylographie*:type de taille préservant les parties qui doivent être imprimées.
Et aussi tailles « Blanches « , « Carrées « , « Croisées », »Claire », »Enveloppante « , »En Losange « , »etc …
L’expression « Avant les tailles « est employée pour désigner un premier état d’une gravure ayant subi , par la suite, diverses modifications ou repentirs * .
2)-Taille doucier:Imprimeur spécialisé dans l’impression des gravures en taille douce ...on l’appelle aussi “doucier*”.
3)La taille des plumes d’oie a durant des siècles été une tâche fastidieuse et nécessaire demandant un certain doigté ,du soin et de l’attention , particulièrement pour réaliser la fente dont dépendait la souplesse de la plume …on estime que la moitié du temps que les maîtres d’école passaient en compagnie de leurs élèves était consacrée à cette tâche improductive ce qui expliquait que certains d’entr’eux se soient adjoint un aide spécialement chargé de cette fonction qui d’ailleurs devint un véritable métier comme en témoigne un document officiel de la ville de Franfort sur le Main daté de 1413
On pouvait tailler les plumes à becs symétriques pour l’écriture normale ou à becs en biseau à gauche ou à droite pour certaines écritures ou langues particulières ( Gothique * par exemple ...) et il existait une dizaine de formes différentes pour les becs
Certains hauts personnages tels le tasr Alexandre s’étaient adjoints des taille-plumes attitrés chargés de tenir à la disposition de leur employeur des plumes toujours bien taillées .
La répétitivité de cette tâche explique que l’on se soit ingénié à la simplifier à l’aide du Taille-plumes,instrument tranchant , nommé canivet * pour les plus simple, spécialement conçu pour la taille des plumes destinées à l’écriture .
Il en existe diverses formes ,les unes s’apparentant au simple canif,les autres reposant sur un socle muni d’une ou plusieurs lames.
Le sieur de la Chaumette inventa sous la régence un appareil à trois lames qui taillait les plumes en une seule opération invention suivie de nombreux autres systèmes à pince ou coulissants utilisant un dispositif mécanique compliqué et parfois automatique qui sont demeurés rares car très coûteux .
Le mot désigne aussi une plaque de corne destinée à servir d’appui pour la taille de la plume.
Certains modèles de taille-plumes comportaient une pointe effilée destinée au débouchage des tuyaux de plumes .
..
4)Taille-crayon :
Après l’insuccès de divers modèles de crayons "éternels " semblables à celui de Susse (1824) « dont la pointe dure toujours « ou de Hubert supposé ne pas nécessiter de taille il fallut bien se résigner à tailler les crayons et pour faciliter cette fastidieuse opération il y eût une floraison d’appareils destinés à réaliser cette opération de façon régulière et (en principe ...) économique .
Le premier brevet de taille-crayon connu fut déposé en 1828 par un certain Lassimone de Limoges puis perfectionné en 1848 par Thierry des Estivaux .
Les plus simples ,à main ,se rencontrent depuis des générations ,dans les trousses de tous les écoliers et ,déclinés sous une infinité de formes (même la guillotine ou le rabot * ! ...)
Ils constituent un thème de collection à part entière (leurs collectionneurs* sont appelés : “ Molubdotémophiles “ )
Des modèles plus compliqués, mécaniques ou électriques, ont vu le jour : tous équipés de réservoirs à copeaux ,ils sont très efficaces ( et souvent bien trop !..) ,et certains comportent même un petit aspirateur pour nettoyer le plan de travail de l’écrivain !...
Dans le langage des professionnels du dessin c’est un “ Gratte*-cul “ .et l’on peut aussi rencontrer l’appellation québécoise “ Aiguisoir “ ou les synonymes méridionaux “ Aiguise-crayon “ et “ Affile -crayon “ .
Bien qu’ils l’aient à l’évidence utilisé , peu d’auteurs ont évoqué le taille- crayon …parmi les rares qui l’ont fait , citons Hémingway qui dans « Paris est une fête « écrit qu’il en faisait usage car « Un canif ferait trop de dégâts « mais en souligne aussi les inconvénients : « Une mine de crayon se cassait parfois dans le cône du taille-crayon , vous utilisiez alors la lame la plus fine du canif pour dégager la pointe … »
Le taille crayon est le type même de l’objet que l’on ne trouve jamais lorsque son usage s’avère nécessaire Régine Detambel fait remarquer dans « Graveurs d’enfance « que : «
« Sur le fond du pot* à crayons ,où les a attirés leur poids, les petits objets denses et lourds ( taille-crayons …), irrécupérables sans faire le vide ,ont sombré …. »
5)Le “ taille- craie” était un appareil servant à affuter les craies »stéarine * « de tailleur dites « de Briançon « :constitué de deux râpes fixées sur un socle lourd on y frottait les craies qui s’y affutaient par usure.
5)L’impôt de la “ taille” donnait lieu ,dans l’ancien régime, à l’établissement de rôles* recensant les habitants soumis l’impôt et à la tenue de “ Livres de taille “ dont l’étude actuelle n’apporte pas seulement des données fiscales mais aussi de précieux renseignements démographiques , sociologiques et professionnels ;
6)Morceau de bois sur lequel sont pratiquées des entailles* servant à la tenue d’une comptabilité qui s’apparente à un document écrit . : les boulangers de campagne ont conservé ce très ancien système jusqu’à une époque récente:le client détenait la taille,le commerçant la contre*-taille et la comparaison des deux évitait toute fraude .