Recherche du sens de mots rares ou disparus dans la sphère du livre et de la chose écrite , recherche d'éléments divers concernant ce même domaine et publication du résultat de ces recherches .
Confinement .....Prison ?... franchissons le pas !
PRISON
La prison et le livre ont des rapports nombreux et étroits :
-La prison a d’abord ,en tant que telle et surtout au XIX° siècle , été l’objet de nombreuses études sociologiques et architecturales parmi lesquelles on peut citer : “Projet de prison à l’île Bourbon ....” par Augustin Nicolas Clarétie ( 1837) , “Atlas Carcéral “ ( Madrid 1845 ) , “La grande encyclopédie * “ (Bagne de Brest ) “ Les prisons de Paris “ de Raspail ( 1839)-etc ...etc ...
-Leurs écrits ont , de façon constante au cours de l’histoire , conduit de nombreux auteurs en prison pour des durées plus ou moins longues ...le séjour ne faisant , pour certains que précéder un chatîment bien plus sévère .... Autodafé ...supplice ....
Villon,Voltaire ,Clément Marot,Théophile de Viau,Chénier,Nerval,Verlaine,Wilde, Apollinaire ,Jacob le marquis de Sade ,Céline,Genet pour ne citer qu’eux ont connu la prison pour des durées plus ou moins longues ...
-Sans que leurs auteurs l’ait expressement signalé et sans que le fait soit forcément connu c’est en prison qu’ont été rédigées un certain nombre d’autres œuvres et Démosthènes, Boëce,Grotius , Buchanan, Pélisson , et une foule d’autres composèrent des œuvres en prison .
-La prison à souvent été prise pour sujet principal d’œuvres dont certaines furent de véritables bests *-sellers : “ Les mémoires de Vidocq ”, “ Mes prisons “ de Silvio Pellico “ “ Papillon “ de Henri Charrière sont de ceux-là ....
-D’autres œuvres à succés ont été composées en prison et ,parmi l’abondante littérature carcérale,surtout masculine , on peut citer : François Villon « Ballade des pendus « ) , André Chénier(« Comme un dernier rayon …),Gérard de Nerval (« Dans sainte Pélagie .. » ),Guillaume Apollinaire(« En arrivant dans la cellulle … » ),Paul Verlaine(« Le ciel est par-dessus le toit … »)et « Mes prisons « (1893),Robert Brasillach (« Je n’ai jamais eu de bijoux … » )Sade ,Silvio Pellico, Blanqui et une foule d’autres…en remarquant que les détenus de droit commun y sont minoritaires
Pour certains, notamment le marquis de Sade la prison fut un révélateur : « En prison entre un homme ,il en sort un écrivain . »(Simone de Beauvoir )
Le Goulag russe,pour sa part , a suscité une foule d’écrits dont les plus célèbres sont ceux de Soljenitsyne.
Le public, après avoir fait un accueil de choix à des témoignages tels que “ La dérobade “ D’albertine Sarrazin , ou " Papillon " d'Henry Charrière à aussi plébiscite des œuvres dfe détenus tels que Mesrine ou Charly Bauer ....
Les prisons étant des lieux privilégiés de lecture ,depuis l’époque impériale toutes ont une bibliothèque ambitionnant d’amender les détenus par la lecture et il y eût même des projets, non aboutis , de « Littérature carcérale « spécialement conçue pour cet usage .
D’abord constituées exclusivement de dons leur approvisionnement fut institutionnalisé par décret en 1872 date à partir de laquelle leur approvisionnement et leur gestion furent du ressort exclusif des pouvoirs publics .
-Parmi les ateliers fonctionnant dans les prisons il est fréquent de trouver des ateliers réalisant des reliures solides et sobres s’apparentant aux reliures d’usage dites “ de bibliothèque * “ ...qui sont parfois désignées par le terme “ reliure de prison “ .
- Le mot apparait dans le titre de nombreuses œuvres :” La prison d’amour “ Diego de San-Pedro (1492 ) -” La prison militaire “ de Dupaty ( 1803)-”La prison d ‘ Édimbourg “ de Walter Scott ( 1818) “ La prison du temps “ de Gustav Krklec ( 1944)- “ Le prisonnier chanceux “ de Gobineau ( 1846)-”Le prisonnier du Caucase “ de Pouchkine ( 1822)- “
-Durant les guerres , afin d’apporter une aide psychologique aux internés des camps de prisonniers , des services de distribution de livres ont été mis sur pied : c’est le cas par exemple de celui créé par Martin Bodmer dans le cadre de la croix Rouge lors de la 2° guerre mondiale .
Ces livres , tout comme ceux distribués aux soldats du front portent en général un “ ex * - libris “ identifiant l’organisme émetteur .
Durant les mêmes périodes des imprimés de correspondance spéciaux dits « Cartes postales de prisonniers «permettant une correspondance élémentaire strictement surveillée furent mis en service.
On a parfois qualifié de « Littérature des prisons « les nombreux écrits suscités par l’enfermement et , si l’on connaît les œuvres abouties passées à la postérité évoquées ci-dessus, la foule des écrits anonymes est nettement moins bien connue ..
C’est sur cette « Littérature « que se sont penchés à la fin du XIX° siècle et au début du XX° deux chercheurs , l’un italien, Cesare Lambroso , l’autre français Alexandre Lacassagne.
Par des voies différents ils ont cherché tous deux au travers des écrits des détenus à déterminer quelles influences les avaient conduit à la délinquance avec l’arrière-pensée ,assez prégnante dans la doxa de l’époque ,que l’existence de profils morpho-psychologiques prédestinés permettant de détecter à l’avance les individus dés lors catalogués « à risque « était possible ….
Lambroso s’est surtout intéressé aux inscriptions , graffitis et tags de toutes sortes qu’il qualifiait de « Palimpsestes* des prisons « ou de « Hiéroglyphes *criminels « .
Inscrites ou gravées sur les murs , les meubles , les objets ou en marge des livres empruntés à la bibliothèque à l’aide des objets d’écriture disponibles (crayon , plume , craie , charbon , couverts de table, etc ..)ces inscriptions constituent un « Livre étrange « que Victor Hugo évoque par la bouche de son héros anonyme dans « Le dernier jour d’un condamné « (1829): « Certes ,si j’avais l’esprit plus libre je prendrais intérêt à ce livre étrange qui se développe , page à page à mes yeux sur chaque pierre du cachot «
La démarche de Lacassagne fut d’avantage littéraire car ,d’abord médecin des bataillons disciplinaires d’ Afrique , les « Bat’D’Af », il avait constaté une grande propension à l’écriture chez cette population de quasi-délinquants.
Devenu médecin des prisons et constatant la profusion des écrits sur des supports divers tels que papier hygiénique ou à cigarettes, linge, carton ,emballages etc .... l’idée lui vint de fournir aux détenus instruments et supports d'écriture et d’orienter leurs écrits, et particulièrement ceux des condamnés à mort , en les incitant à rédiger des autobiographies tentant d' analyser les évènements les ayant conduits au crime.
Il s’intéressa aussi de près aux tatouages* portés par nombre de détenus dont il fit par décalque des relevés prècis ….et dont il conserva des spéciments lors des autopsies pratiquées sur les corps des condamnés à mort après leur exécution
Si l’analyse de ces écrits ne permit pas de dégager les conclusions générales espérées par Lambroso et Lacassagne il en résulta un important fonds d’archives aujourd’hui conservé à la bibliothèque de Lyon et à la disposition des chercheurs …