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Recherche du sens de mots rares ou disparus dans la sphère du livre et de la chose écrite , recherche d'éléments divers concernant ce même domaine et publication du résultat de ces recherches .

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 DICTÉE

 

 DICTÉE                                                                   

              1)L’écriture étant  considérée ,dans l’antiquité ,  comme un travail d’esclave de nombreux auteurs anciens n’ont pas écrit eux-mêmes leurs œuvres mais les ont dictées à des sténographes*

 

                        2)On nomme «  Dictée intérieure «        un phénomène qui accompagne parfois la lecture et qui consiste en  la formulation mentale de paroles qui ne sont pas exprimées verbalement mais qui peuvent cependant être détectées par des enregistrements electromyographiques des muscles du larynx,de la langue et des lèvres  car elles mettent en jeu les muscles

crico-aryténoïdiens des cordes vocales  et crico-thyroÏdiens de la glotte

              Les philologues ont   démontré que ce fait induisait lors de la copie d’un texte des fautes de caractère « auditif » ou «  oral «  chez les personnes atteintes de défauts de prononciation *

              La dictée intérieure s’accompagne parfois de «  Subvocalisation * qui est un mouvement  des lèvres,aussi nommé « Labialisation «  et ,parfois de la gorge, observé chez certains lecteurs (surtout  novices...) qui ,sans lire à haute voix,forment inconsciemment les mots qu’ils lisent et pratiquent une lecture “ Subvocalique  “ .

On peut rencontrer l’expression synonyme «  Paroles intérieures «   

 

             

                                   3)La dictée est , au sens propre, l’écriture d’un texte lu par une autre personne  et la première connue concerne Moïse écrivant les tables de la loi sous la dictée de dieu …

    Le mot concerne à présent presqu’exclusivement un exercice scolaire destiné à parfaire la connaissance de l’orthographe .

               Cet exercice est souvent basé sur des œuvres existantes choisies pour la correction de leur style mais aussi pour l’attrait de leur texte comme le souligne Frédérique Hébrard lorsqu’elle écrit dans «  La chambre de Gœthe « : «  La campagne est jolie,on  a l’impression de rouler dans  une dictée  « 

        Mais certaines d’entr’elles  privilégient la difficulté en choisissant des textes émaillés de pièges,de néologismes ou de mots rares et nombre d’auteurs n’en sont pas avares  , notamment les symbolistes : l’œuvre de Huysmans  «  La Cathédrale «  , pour ne citer qu’elle ,recèle des dizaines de sujets de dictées susceptibles de mettre en difficulté quelques »experts «  en orthographe .

 

D’autres dictées sont spécialement composées  pour présenter tous les niveaux de difficultés fus-ce au détriment de la beauté ou de la cohérence du texte : la fameuse “ Dictée de Mérimée “ (les dictées devrait-on dire car on en connait  trois  versions ..) étantl’une des plus difficiles et des plus célèbres .

                                   Cette dictée proposée par l’écrivain Prosper Mérimée à d’éminentes personnalités de son temps y fit quelques ravages puisque le prince Metternich commit 3 fautes,le baron Corvisart 8, Octave Feuillet 19,Alexandre Dumas fils  24, Octave Feuillet  19 etc ..

                                   Pour l’empereur Napoléon III le résultat varie selon les auteurs de 0 (sans doute pour ses thuriféraires ...) à  11 et même  75 fautes (l’impératrice n’en commettant « que « 62   !)

                                   À l’époque actuelle le flambeau a été repris par Bernard Pivot dont la dictée a acquis ses titres de  gloire .

                                   La dictée  en tant qu’exercice scolaire a vu son importance diminuer de façon constante depuis de nombreuses années  et ce fait , joint à la généralisation des « Dictées préparées «  a conduit à l’indigence et à la cacographie que l’on constate actuellement en matière d’orthographe …

 

                                   Dans certaines pathologies mentales on constate que l’écriture des scripteurs est différente selon qu’il écrivent sous la dictée ou à leur propre initiative …

 

                                   En guise de conclusion de cet article  le lexicographe que Titivillus a l’outrecuidance de vouloir être ,  a donné libre cours à  ses démons et à concocté la «  Dictée de Titivillus « ci-dessous dans laquelle  il a réuni avec perversité  un certain nombre de «  Mots du livre « …et que ceux qui se risqueront à  cet exercice se souviennent bien que au-delà des cinq fautes fatidiques , Titivillus veillera personnellement  à les  conduirte en enfer! 

 

                                                     LA DICTÉE DE TITIVILLUS...

                                                                                     LE LIGATOR …..

 

Au beau milieu du scriptorium le ligator,qui faisait aussi fonction de lectionnaire , lisait unantiphonaire rédigé en écriture boustrophédon sur des feuillets de vélin palimpsestes et, plus habitué qu’il était aux écritures onciales des codices courants, il semblait éprouver quelque difficulté à cette lecture .

Ce manuscrit de facture précieuse , orné de fines lettrines , d’initiales ornées et d’encadrements derinceaux et de racèmes , dont on venait de lui confier la restauration, avait appartenu à un souverain dont le portrait s’inscrivait dans la haste démesurée de la première lettre de l’incipit.

Le ligator ,tenant entre ses mains le fin vélin, éprouvait un sentiment semblable à la leucosélophobiedes écrivains et pensait avec tendresse à son lointain confrère , calame dans une main , canif dans l’ autre s’appliquant à tracer la gothique fracture à l’encre de galle , grattant ses fautes sèches et époussetant son travail au pinceau de vair dans le scriptorium glacial tout en pensant aux trop brefs instants de confort que pourraient lui prodiguer le séjour strictement réglementé auprès du feu de la cuisine ou l’usage fugitif d’une boule chauffe-mains .

Lisant le colophon Il imaginait la joie que celui-ci avait du éprouver en mettant un point final à cette œuvre le désignant , lui,modeste scribe atteint de mogigraphie chronique , à la postérité .

Avec ses ais de bois recouverts de peau de truie , ses cabochons de cuivre , ses robustes grébicheset sa taille gigantesque l’antiphonaire qu’il avait à restaurer était impressionnant surtout lorsque l’on savait qu’il avait été quelques siècles plus tôt l’exemplaire personnel d’un souverain .

Les ans , toutefois ,avaient été peu respectueux du souvenir de ce grand monarque et ,si les robustesnerfs étaient encore intacts, les mors ,fendus sur presque toute leur longueur ,libéraient quasi complètement les plats qui n’adhéraient plus au corps de l’ouvrage que par la passure en carton deficelles usées .

Ne voyant pas de pièce de titre le ligator avait d’abord cru à sa disparition avant de se rappeler que l’usage ancien avait été de ranger à plat les ouvrages sur les étagères des bibliopoles et , donc , d’inscrire le titre sur la tranche des livres et c’était cette habitude qui expliquait que ni les coupes , ni les tranches n’étaient usées (les chasses étant inexistantes , il en aurait été bien autrement si notre coutume actuelle de ranger les livres sur chant avait eu cours … !)

Le livre ayant été l’un de ces « Catenatis « ou « Livres enchaînés » attachés à leur pupitre par une robuste chaîne ,il subsistait un moignon de l’anneau de fer ayant servi à l’assujettir qui ,joint aux vestiges des fermoirs destinés à protéger le livres des insectes papyrophages et à empêcher les folios de parchemin de se gondoler , faisait immanquablement penser à un esclave s’étant libéré de sa servitude .

Le ligator ,qui cultivait un peu la philologie et la linguistique , songeant à toutes les formes que le motfermoir avait eues par le passé leva les yeux et se mit à les énumérer à mi-voix :fermouer,fermoire,fermail …jusqu’à ce que les regards sévères de ses voisins lui rappellent de façon muette mais ferme la sacro-sainte règle du silence .

Le travail de restauration allait consister en un démontage total de la couvrure qui permettrait peut-être la découverte d’un de ces papyrus leucosiques ou, la chance aidant, hiératique ,réutilisé à une époque lointaine pour renforcer la reliure et dont l’intérêt était parfois bien plus grand que le codexqu’il renforçait .

Il s’écoulerait du temps avant que le volume ne reprenne sa place sur un aigle ou un lutrin et qu’un chapelain n’en manipule les signets multicolores se rattachant par des pipes à la tranchefile à passede tête se prolongeant sur les plats …

Le ligator,rêveur et feuilletant l’ouvrage , découvrait à chaque page les merveilles que le rubricateurmédiéval avait su tirer des très simples moyens à sa disposition : cinabre,galle,terre de Sienne,os,gomme laque, sandaraque ,pinceau de vair, calame de roseau….. et aussi la malice et l’humour dont il avait su faire preuve car , bien cachés dans les encadrements ou les bouts-de-ligneon distinguait des drôleries ,des babouineries , des figures grotesques,des monstres improbables et , même, des personnages obscènes et de temps à autre un TITIVILLUS emportant son « sac à mots » en ricanant .

Bien que paléographe expérimenté il déchiffrait avec difficulté le texte en raison de l’usage constant d’abréviations et de ces prémices de l’écriture tachygraphique qu’étaient l’aphérèse , la suspension ,l’Apocope,les « Nota luris « et autres « Nomina sacra « …

Collationnant le texte , il y distinguait plusieurs mains à leur façon de traçer les hastes ou à de minimes différences de ductus ; une main plus tardive avait transcrit une éxégèse qui se traduisait en notes tironiennes , en gloses et en marginalias dont certaines, mises en vedette par desmanchettes , auraient sans doute provoqué l’anathème du copiste original s’il avait pu les connaître .

Certaines de ces gloses , inscrites très près du bord des folios, le rendaient soucieux car il devrait les respecter en arasant les pages abîmées et le souci de ne pas faire trop « Court de marge « ou de "Fusiller en tête " son ouvrage allait être sa hantise tout au long de ce travail …

Tout en vérifiant les signatures afin de s’assurer de l’intégrité du codex et en les comparant auregistre situé avant l’explicit il admirait la virtuosité de l’enlumineur qui avait su si bien équilibrer ses compositions sur les folios réglés certains au minium d’autres à la mine de plomb et d’autres encore au punctorium ou même à l’ongle , et sur lesquels les sillons et les billons se distinguaient encore très bien .

Et il avait conscience que , lui , pauvre ligator de la main duquel ne sortaient que des vespéreaux ,graduels, livres d’heures ou martyrologes ordinaires , n’aurait pu concevoir un tel chef-d’œuvre …

Mais il souriait quand même car,bien que tâcheron ordinaire , c’était à présent de lui seul que dépendait la survie du vieil antiphonaire …

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