Recherche du sens de mots rares ou disparus dans la sphère du livre et de la chose écrite , recherche d'éléments divers concernant ce même domaine et publication du résultat de ces recherches .
DATE
La coutume de dater les écrits a été très inégalement pratiquée chez les anciens :les Grecs dataient leurs manuscrits , les Romains non ....
Lorsqu’ils le sont,se pose le problème délicat de l’interprétation du millésime mentionné , problème sur lequel se sont penchés divers chercheurs ,comme Bouché-Leclerc dans le « Manuel des institutions romaines « (1682)ou les nombreux autres qui publièrent des « Arts de vérifier les dates « le premier ayant été le dominicains Dom Dantine qui,vers 1743, établit pour son usage des tables de datation reprises en 1750 par les bénédictins Clémencet et Durand qui, publièrent à leur tour un “ Art de vérifier les dates “qui fit longtemps référence et fut complété dans les éditions successives de 1770,1783,1784,1787 suivies d’autres éditions au XIX° siècle .
Selon les époques ,et même parfois les lieux, le calendrier adopté à varié et certaines villes relativement proches ont des calendriers différents : c’est ainsi qu’au XII° siècle l’année commence le 25 Décembre à Soissons ,le 25 Mars à Reims et Beauvais , le jour de Pâques à Paris et le 22 Juillet à Meaux …les saints ne sont pas tous non plus fêtés aux mêmes dates ou peuvent être fêtés plusieurs fois …et les jours de lasemaine sont parfois indiqués par l’évangile qui y est attaché …
Pour les écrits du monde chrétien ,on peut distinguer quatre “ Styles * “ jusqu’au XVI° siècle époque d’adoption de notre calendrier grégorien actuel :
-Style de L’annonciation ou “ Pisan * “(début d’année le 25 Mars)
-Style de “ Pâques “(début d’année variant du 22 Mars au 25 Avril )
-Style de “ Noël “ ( début d’année le 25 décembre )
-Style du “ 1° Janvier”.
Modes de calcul auxquels il faut parfois ajouter des éléments tels que « Lettre Dominicale * « , »Indiction « , « Épacte* « , « Nombre d’or* », « Terme pascal « etc …. en se rappelant que l’usage de dater les documents à partir de la naissance du Christ ne date que de la moitié du VI° siècle à l’initiative du moine computiste et canoniste Denys le petit …et qu’il a lui aussi admis des variantes comme , par exemple l’ « “Ère de la passion ” (anno a passione ) » débutant à la mort du Christ soit 33 ans après l’ère chrétienne ou l’ »Ère d’ Espagne «(indiquée par les mentions « Era « ou « Sub Era « ) débutant 39 ans avant la naissance du Christ …
L’indication de l’ère chrétienne est souvent faite à l’aide de formules telles que : »Anno ab incarnatione », « Anno Domini « , « Anno a nativitate « , « Anno gratiæ « , »Anno trabeationis « etc …mais la notation de la date sur les documents anciens fait appel à une multitude de formules recensées dans divers ouvrages tels que ceux de Du Cange ou des bénédictins Hampson,Gachet,Grotefend,ou de Mas Latrie…A.Giry qui a fait une synthèse de leurs travaux dans son « Manuel de diplomatique » (1925)et ,sans prétendre à l’exhaustivité, en recense environ 300…. dont certains prenaient pour point de départ la supposée origine du monde en 5509….
La connaissance du système en usage est donc indispensable .et Il faut se livrer à un calcul pour replacer le document dans une chronologie permettant de le comparer à d’autres (il existe pour cela un “ Calendrier perpétuel “ et , plus récent , un “ Calendoscope “ et divers “ Calendars tools “ sur internet ...)
La datation étant effectuée , encore faut-il déterminer si celle-ci correspond à la date de composition ou à celle de la copie...ou s’il ne s’agit pas ,comme cela arrive parfois , de supercherie ou , plus simplement de reproduction servile de la date figurant sur un document copié…
Les livres imprimés ont été datés de façon inconstante : le plus ancien imprimé français daté l’est de 1476 et le plus ancien mentionnant à la fois date, nom d’imprimeur et ville est « De proprietatibus rerum « de Barthélémy de Glanvile imprimé par Jacques Bellaert en 1485.
Sur les écrits anciens la date est souvent mentionnée dans le colophon en fin d’ouvrage et , lorsqu’elle en est absente figure parfois dans les décors de l’enluminure .
Pour les écrits modernes la date d’édition figure ,en général, sur tous les ouvrages mais peut être située à des endroits fort différents:
-Au bas des premières pages de garde pour la date de copyright*...elle demande certaines précautions d’interprétation ...(Voir à ce mot )
-A la fin de l’ouvrage dans “l’achevé d’imprimer*”ou au bas de la page de “faux-titre*” pour la date d’édition.
-Parfois de façon moins apparente au sein d’une mention chiffrée complexe figurant en fin d’ouvrage au bas de l’une des dernières pages (en général n’apparaissent alors que les deux derniers chiffres du millésime).
Pour une même édition il peut y avoir plusieurs dates indiquées car , afin de laisser croire aux acheteurs que l’ouvrage acquis venait de sortir de presse certains libraires /éditeurs (Guillaume Cavellat au XVI° siècle par exemple …)apposaient des dates réparties à l’avance sur toute une année en proportion du nombre de livres dont la vente était espérée
Les dates des ouvrages anciens peuvent être exprimées en chiffres romains * (voir ce mot ),en chiffres arabes ,en toutes lettres soit dans une langue morte ( Latin,Grec ...) soit dans la langue nationale de l’auteur ou ,parfois de façon mixte mêlant chiffres et lettres .
On voit donc que même lorsque la date est indiquée il faut se livrer à un calcul pour la replacer dans notre systême de datation en utilisant la » Chronologie* technique « (Voir à ce mot )
Il arrive , en outre que l’interprétation de la date soit compliquée par des difficultés supplémentaires telles que : dates indiquées au frontispice* et au colophon * différentes,ouvrage en plusieurs tomes n’ayant pas la même datation ,dates volontairement erronées ou codées ....
Parfois la date n’est pas mentionnée;il faut alors chercher des éléments de datation dans le texte lui-même ou dans les avertissements et préfaces éventuels qui ,eux,le sont souvent .
Cette datation” paléographique “ ou indirecte peut s’appuyer sur une foule d’éléments comme , par exemple ,filigranes * ,mains * de copistes, signatures*,ponctuation*,réclames *,abréviations *,etc…( Voir à ces mots : * ) ,styles de décor ou connaissance de faits précis dont la date est connue : un exemple en est donné par la datation d’un document datant du IX° siècle (“Pontifical de Poitiers “)grâce à une allusion qu’il contenait à une réponse du pape Nicolas 1° datée de 864
On peut , pour ce qui concerne la datation des documents anciens, citer GeorgesTessier qui écrit en 1966 dans « La diplomatique « ( Puf ) : « …les difficultés de datation , parfois insurmontables , comptent parmi les casse-tête des diplomatistes « mais les auteurs s’étant préoccupés de ce problème sont nombreux ….citons :
-Sébastien-Jacques Jungendres : »Disqusitio in notas charactéristicas librorum …. » (1740)
Pour les ouvrages modernes les systèmes de notation téléphonique, les mentions de récompenses aux expositions ,le style des décors,les évènements évoqués dans la préface peuvent être des indications précieuses ….
Pour les inscriptions épigraphiques anciennes on peut utiliser la mention , presque toujours présente , des autorités en fonction au moment de leur rédaction ou procéder à des comparaisons prosopographiques avec d’autres inscriptions datées de façon certaine .
À défaut, l’aspect du document ,la technique de reliure,la qualité du papier,le style des illustrations etc.. peuvent donner des éléments de datation approximative...
Il arrive aussi que la date soit codée et cachée dans une formule énigmatique à deviner (les impressions de Namur sont coutumières du fait ..) ou dans quelques vers appellés “ Dic Subscripcie “ qui donnent parfois aussi le nom de l’auteur .
C’est ainsi que le “ Doctrinal du temps “ de Pierre Michault est daté à l’aide du quatrain suivant voisin du principe du “Chronogramme * “ :
“Vu trepier et quatre croissans
Par six croix avec six nains faire
Vous feronst estre congnoissans
sans faillir de mon miliaire “
que l’on traduit : “M CCCC XXXXXX IIIIII “ ou “
Mais les formules peuvent être aussi variées que pour les lieux * d’édition (Voir à ce mot ): « L’an de l’ère calottine* « ou « Notre roi régnant depuis x.. années « par exemple ou comporter un codage grossier comme une édition de « L’art de désopiler la rate « de Panckouke qui porte les dates 175884 -175887 pour 1784-1787…..
Si aucun élément n’a permis de dater un ouvrage on mentionnera “Sans date “ ou “SD*” ;si ,au contraire ,une date approximative a pu être déterminée la mention sera :”Circa*” ou “C A * ” suivie de la date estimée.
La datation précise d’écrits manuscrits est très difficile:si l’on peut définir l’époque par l’examen du papier ,du style d’écriture,de l’encre etc ,il est souvent impossible de donner une datation précise.
Un cas difficile à résoudre est celui qui consiste à déterminer l’ancienneté relative de deux documents non datés mais assez proches l’un de l’autre dans le temps (deux rédactions d’un testament par exemple..) : Il y a lieu alors de procéder à des analyses du vieillissement de l’encre et de son taux de pénétration dans le papier:cet examen permettra,non une datation précise ,mais de définir dans quel ordre chronologique ont été rédigés les documents.
En matière de codicologie * on qualifie la datation d’un document de “ Stricte “ si l’on connaît avec certitude sa date avec une fourchette d’approximation variant de 50 à 2 ans du XI° au XVI° siècle , d’” Approximative “ au delà de ces chiffres et d’ “ Estimée “ si l’incertitude est très grande ,l’approximation étant alors exprimée par un code (110-112 = 1° quart du XII° siècle par exemple ) .
S’agissant d’écrits modernes, la datation s’avère parfois difficile et ne peut parfois être précisée que par une connaissance précise et presqu’intime de la vie et des habitudes de l’auteur : tel manuscrit de Colette rédigé sur du papier bleu sera postérieur à 1923,tel écrit de Heine écrit sur du papier à filigrane * italien correspondra à son séjour en Italie , sur tel autre la rédaction au crayon indiquera une période ou , malade,l’auteur écrivait en étant alité ...
La connaissance précise de la datation d’un écrit est parfois cruciale lorqu’il s’agit de faux*, de forgerie* ou de tromperie .. ;
Outre les éléments de datation inhérens au texte lui-même les méthodes employées concernent la nature et le vieillissement des encres, du papier , de la cire des cachets, de la colle et du gommage des enveloppes etc …