Recherche du sens de mots rares ou disparus dans la sphère du livre et de la chose écrite , recherche d'éléments divers concernant ce même domaine et publication du résultat de ces recherches .
ÂNE
1)Les relieurs nommaient ainsi un récipient dans lequel ils stockaient les rognures * de papier .
2)Une “peau* d’âne” est ,à l’origine , une appellation méprisante pour désigner un mauvais parchemin puis le mot à servi à désigner un diplôme avec une connotation un peu ironique analogue à celle de “parchemin*” pris dans le même sens.
Il est à remarquer que dans le domaine anglais on parle plutôt de « Sheep skin « c’est à dire de « Peau de mouton « …faut il voir dans ces différences d’appellation une caractéristique supposée des étudiants ? ….la question est posée !!
La peau d’âne a cependant servi pour la rédaction de certains textes comme par exemple un important manuscrit religieux du XIII° siècle volé dans un couvent de Prague et conservé à la bibliothèque de Suède .
Quelques papeteries ( Dujardin par exemple ...) ont utilisé l’appellation “ Peau d’âne “ pour désigner des sortes de papiers fortement encollées et cérusées qui l’imitaient assez bien .
3)L’âne a, depuis les temps les plus reculés ,été un symbole fort auquel ont été attaché des valeurs ou significations variables ,et parfois antinomiques , selon les époques et les lieux.
Tour à tour symbole du mal , de la puissance vitale ,d’humilité,de sobriété,de patience, de calme,de la connaissance ,de l’infidélité,de l’irréflexion,de l’entêtement etc ....il est peu représenté dans les armoiries ou les décors de reliures occidentaux(l’armorial du bibliophile ce recense aucun blason ou ex-libris avec attributs asiniens ..) mais est omniprésent en littérature et , outre quelque ouvrages hippologiques* qui lui sont consacrés, il intervient dans une foule de récits et figure dans le titre de certaines œuvres :
-” l’Âne d’or “ d’Apulée
-”L’Âne “ de Giovanni Pontano ( 1490)
-“Peau d’âne “ de Charles Perrault
-Fables de la Fontaine : “L’âne chargé de reliques “ , “ L’âne vêtu de la peau du lion “ , “ Le meunier , son fils et l’âne “ Etc...etc...
-”L’âne hyperboréen “ de Ferdinand Ktzebue ( 1799)
-”Les ânes “ de José Agostinho de Macédo (1827)
-”L’âne mort et la femme guillotinée “ de Jules Janin (1829)
-”Mémoires d’un âne” de la comtesse de Ségur(1860)
-”L’Âne” , poème de Victor Hugo ( 1880)
-” l’Âne culotte “ de Henri Bosco ( 1937) etc..etc...
La littérature a donné à l’âne une foule de surnoms tels que “Coursier aux longues oreilles “ Rossignol” ,Roussin d’Arcadie “ “Grison “ , “ Martin “ “Monture de Sancho “ , « Peccata «, »Aliboron « etc ........
On pourrait également citer quantité d’ œuvres dans lesquelles intervient l’âne comme “ Don Quichotte “ de Cervantès ou la “ Prière pour aller au paradis avec les ânes “ de Françis Jammes .
Un certain nombre de proverbes et locution y font référence:
- “ Est un âne de nature qui ne sait lire son écriture “
-”L’école à couché ouverte :les ânes parlent latin !” pour qualifier les ignorants qui se piquent de science.
-L’expression « C’est le pont aux ânes « désigne une notion sur laquelle butent les intelligences faibles .
-Le dicton ancien « Il représente les armes de Bourges «qui était appliqué aux pédants * et aux cuistres mérite quelques éclaircissements …
Il fait allusion à de supposées armes de la ville de Bourges représentant un âne assis dans un fauteuil qui n’ont en réalité jamais existé….plusieurs explications circulent dont on ne sait trop laquelle est la bonne :
-Durant le siège de la ville pendant la guerre des Gaules le gouverneur romain Asinius Polio se serait fait porter en chaise sur les remparts ..d’où : « Asinius in cathedra «vite transformé en « Asinus «…thèse reprise et « officialisée « par Ménage .
-Un décret de 1696 ayant imposé des armoiries afin de lever une taxe à leur propos certains récalcitrants se virent inscrits d’office dans l’armorial général avec des armes de fantaisie…et parmi eux l’avocat Rodolphe Bourge qui se vit attribuer l’âne assis sur une chaise .
-Sainte Anne assise sur un fauteuil et instruisant la vierge aurait par déformation de Anne en Âne donné naissance au dicton …
-La fête païenne et carnavalesque de l’âne survécut très longtemps à Bourges…
-Une mazarinade de Scarron aurait accrédité l’image de l’âne assis dans un fauteuil…
Quelle qu’en ai pu être l’origine , le dicton demeura en vogue durant fort longtemps …
4)Dans certains pays d’ Amérique du sud il existe des bibliothèques ambulantes transportées à dos d’ânes qui sont plaisamment intitulées « Biblioburros «
5)Pour ce qui concerne l’enseignement il semble que ce soit vers la fin du XV° siècle que l’image de l’âne soit devenue le symbole de l’ignorance.
Concernant d’abord exclusivement les maîtres le symbole a ensuite changé d’objet pour ne plus s’appliquer qu’aux élèves et ,durant de longues années il fut d’usage dans les écoles primaires de punir les mauvais élèves(les « Ânes bâtés » qui avaient proféré des âneries …) en leur faisant porter un bonnet de papier à longues oreilles appellé “ Bonnet d’âne ” portant l’inscription “ ÂNE “ ou “ Je suis un âne “
Cette lointaine et peu pédagogique survivance du “ Carocho * “ de l’inquisition a perduré jusqu’au premier tiers du XX° siècle .
Sa fabrication en papier n’est semble-t-il pas une constante car certains bonnets d’âne étaient fabriqués de façon trés réaliste en peau de lapin
La tradition s’en retrouve dans d’autres pays européens : l’ Allemagne avait son « Eselskappe « ,l’ Angleterre son « Dunce’s cap «, la Belgique avait son « Baudet* « et l’ Espagne son « Bonete del burro «
Certains humoristes ont très irrespectueusement fait remarquer que le sigle, »E N A « , de l’ »École nationale d’administration » formant les élites était un palindrome * se lisant « ÂNE « à l’envers !!...je ne commenterai pas cette boutade !!
6)Un bureau * “ Dos*-d’Âne “ est une sorte de bureau apparue vers 1790 dont le plateau incliné se déplie pour former écritoire * (on les appelait autrefois “ Bureau de pente “ , “ en Tombeau “ ou , plus rarement « Bon* Durand « (Voir à ces mots ) )
7)Dans plusieurs professions pouvant avoir quelques rapports avec le livre ou sa reliure ( Tabletiers , coffretiers, ébénistes... ) le mot désigne un étau , une presse ou un support de découpage pour la marqueterie * ou l’intarsia * . .
8)Le cuir d’âne a parfois été utilisé en reliure et on signale cet emploi au XIX° siècle pour des carnets * de bal ....
9)Les anciens grecs disaient d’un écrit insignifiant que c’était un discours “ sur l’ombre d’un âne “ ...notion reprise plus tard dans l’expression “ Sur la pointe d’une aiguille * “ (Voir à ce mot )
10) « Guide * âne « : voir « Guide * «
11) Il à existé une colle de peau d’âne dite aussi « Hockiak *» utilsée en Chine pour la confection de l’encre éponyme et qui eût aussi un usage pharmaceutique
12) L’adage latin « Asinus asinum fricat « (« L’âne frotte l’âne « )est employé avec deux sens :
- Pour désigner l’attitude de basse flatterie adoptée par des « Gens* du livre « se congratulant mutuellement de façon très hypocrite selon le vieux précepte de « Passez moi la rhubarbe , je vous donnrai le sené «
-Comme synonyme de « Qui se ressemble s’assemble «
13) l’âne a , bien sûr, été le prétexte de nombreux canulars *, l’un des plus célèbres étant celui commis en 1910 par Roland Dorgelès qui fit peindre un « Coucher de soleil sur l’Adriatique « par la queue de « LOLO » l’âne du propriètaire du « Lapin agile « en l’attribuant à un pseudo « Joachim Raphaël Boronali « (Alias Aliboron ..) promoteur d’une imaginaire école « surimpressionniste excessiviste « …
Les nombreux critiques qui encensèrent l’œuvre ne furent pas tous beaux joueurs quand la vérité fut connue puisque celui du journal « le Matin « provoqua dorgelès en duel
14)Pour conclure notons que l’âne a apporté une contribution non négligeable à la diffusion de la chose écrite en étant utilisé comme moyen de transport par les colporteurs* ,et les marchands d’encre* et de papeterie* ambulants .( * : Voir à ces mots ) ….et que , bien que sans rapport direct avec la chose écrite il a été le support du procédé divinatoire nommé Képhaléonomancie » mettant en œuvre une tête d’âne et qu’il a parfois fait l’objet d’un culte baptisé « Onolâtrie *» ou " Culte de l’âne *" dont certains premiers chrétiens furent accusés comme en témoignent les écrits d’ Arnobe,Minucius Félix et Tertillien et des graffitis anciens .