Recherche du sens de mots rares ou disparus dans la sphère du livre et de la chose écrite , recherche d'éléments divers concernant ce même domaine et publication du résultat de ces recherches .
BRODERIE
1)La broderie ,parfois qualifiée de « peinture à l’aiguille « , consiste à réaliser un décor sur un tissu par apport,à l’aide d’une aiguille , de matières différentes : fils d’or ou d’argent, perles, paillettes, plaques de métal etc …en donnant parfois du relief par adjonction sous-jacent d’un « rembourrage «
Il ne faut pas la confondre avec la tapisserie * au décor directement tissé qui a souvent servi à réaliser des ouvrages comportant un texte et s’apparentant donc à la “ Chose écrite “
Certains ouvrages ont même été intégralement brodés comme par exemple « La méthode de Bosher « (1959) , livre de 40 pages de format A3 intégralement reproduit en broderie de 1998 à 1999 en 5000 heures par 17 brodeuses .
Certains velours * décorés ,le brocart * et le damas * s’apparentent à la broderie et sont classés sous le nom générique de’” Étoffes historiées * “
La technique en est ancienne et existait déjà dans l’antiquité avec les broderies “ Phrygioniennes “ , “ Attaliques “, “ Babyloniennes “ respectivement originaires de Phrygie (broderie à l’aiguille), d’Asie (utilisant des fils d’or ) et de Babylone ( avec des fils de couleur ) et les exemples d’allusions à la broderies sont nombreux : Homère montre Hélène brodant les combats de Troie,Pline et Virgile y font référence , Apulée vêt Pâris d’un manteau brodé etc …
Autrefois nommée “ Brodure “ , ce fut une industrie florissante et , au XIII° siècle , dont le style est ,en France , étroitement lié à l’art gothique ., d’autres pays développant un style national comme , par exemple , l’ »Opus Anglicanum « à sujets esssentiellement religieux
Le “ Livre des métiers “ en distinguait diverses catégories : “ Contepointiers “, “ Fileurs de soie “ , “ Faiseurs d’aumonières “ , “ Brodeurs “ etc...
Plusieurs rois de France eurent des spécialistes attitrés :par exemple Pierre Vallet « Brodeur ordinaire « du roi Henry IV ou Germain de saint Aubin « Dessinateur pour la broderie « du roi Louis XV…
De nombreuses reliures en tissu ont été enrichies de broderies ,soit directement soit en applications , dont le thème est en rapport avec le texte du livre décoré parmi lesquelles on peut citer :
-La chemise * de satin bleu brodé offerte en 1377 par le roi Charles V pour le trésor de la sainte chapelle .
-Un bel exemplaire du “ Panégyrique des saints “ de Jean François Senault ainsi relié ayant appartenu à Anne d’Autriche figure dans les collections de la bibliothèque de l’arsenal .
-« Aquila saxonica » de Giovanni Palazzi (1673) sous reliure vénitienne brodée à la gloire de louis XIV :
La reine Élisabeth I° d’Angleterre appréciait particulièrement les reliures brodées en « Opus* Anglicanum « dont elle possédait de nombreux exemplaires .
L’apparition de la dorure sur cuir entraîna la raréfaction des reliures entièrement brodées dont subsistent cependant quelques exemples : reliure de soie brodée de papillons réalisée par la princesse Mathilde en 1877,reliure contemporaine de “ Bordeaux retrouvé “ de Jean Paul Kaufman réalisée par Jean de Gonet avec un panneau de broderie au point de chaînette....
Les brodeuses disposaient de modèles d’alphabet fort variés principalement utilisés pour le marquage du linge et déclinés dans les diverses tailles traditionnelles de l’époque ( 12 mms pour les mouchoirs , 16 mms pour le linge de corps, et de 23 à 90 mms pour le linge de maison et les draps ...) .
La réalisation d’alphabets brodés dits “ Marquoirs * “ , “ Marquettes * “ ,“ Samplers * “ ou ,plus simplement , « Cahiers de couture * « (Voir ci-dessous ) réalisés sur canevas, tissu de lin ou “ Lugana * “ fut autrefois un exercice scolaire féminin incontournable
Chaque région a eu ses modes et motifs particuliers et , sans entrer dans le détail de leur nature qui sort du cadre de cet ouvrage on peut citer : Bouillon*,Croisillon*,Engrélure,Entre-Deux,Feston, Frison , Glacis,Jaseron ,Liseré,Œil dePerdrix , Picot , Pommette etc …etc …...
2)La broderie a parfois servi à d’autres usages :
- François Maillefert, enfermé à la Bastille en 1700 utilisa ce moyen pour tenter de communiquer...
-Elle a aussi été utlisée pour la réparation *des manuscrits déchirés ou pour masquer les « Coutelures * » ou les trous ;ce travail était essentiellement effectué par des religieuses dans les couvents .
-Il a existé des cartes postales et lettres brodées soit réalisées industriellement , soit confectionnées par l’expéditeur ,très souvent marin ( lettres dites “ Valentine * “ )
-En 2000 la poste suisse a émis un timbre brodé au point de Saint Gall
3)Le mot a parfois servi à désigner des ouvrages d’écriture ou d’ornement tels que les lettres “Historiées *“ dites aussi “ Lettres en broderie “ ou les « Colifichets * «
4)En argot le mot désigne tout texte écrit sous quelque forme que ce soit.
5)Les rapports de l’écrit et de la broderie sont parfois inattendus :
-Adrienne Monier organisa en 1927 dans sa célèbre librairie “Les amis des livres “ , véritable salon littéraire de l’entre-deux-guerres , une exposition des broderies de sa sœur Marie.
Léon Paul Fargue en dédicaca le catalogue et Paul Léautaud en fit un commentaire, aigre-doux on l’aura deviné , dans son ” journal littéraire “ : “...du Valéry en broderie et du Valéry poète ,ce qui n’est pas peu dire . “
-Le mot est parfois employé au figuré pour désigner la redondance d’un texte ou son peu de vraisemblance....et , de nos jours encore , dire d’un auteur qu’il “ brode “n’est guère flatteur ...
CAHIER DE COUTURE
Tant que la couture et la brodeie * furent des matières scolaires enseignées aux filles il exista des « Cahiers de couture ou de broderie « qui se présentaient généralement sous la forme de cahiers comportant en alternance une page de papier mince et une de plus fort grammage destinée à supporter les exercices sur tissu réalisés par l’élève .
Au fil de l’année scolaire ces cahiers prenaient du volume au point de ne plus pouvoir se fermer convenablement comme le souligne Marie Rouanet dans son « Éloge du π « : C’était un cahier en trois dimensions …toutes les pièces pliées et repliées , collées sur la page cartonnée , l’empêchaient de se fermer convenablement on avait beau plier les exercices,les aplatir à coups de pattemouille,unefois qu’ils étaient fixés , les pages en étaient écartées les unes des autres « en notant que « ce cahier était une des rares choses que les filles gardaient après leur départ de l’école, curieusement , vu le peu d’importance de la matière .. »
Parallèlement étaient réalisés des Marquoirs, marquettes, et autres samplers consistant en feuilles de carton fortsur lesquelles étaient brodés des Alphabets...
BRODEUR
En argot : Écrivain, qui prêtait ses services aux détenus du bagne de Cayenne et ,aussi ,faussaire réalisant faux- papiers et faux-documents. (Balourd*)
BRODEUSE
En argot :Plume servant à l’écriture et ,donc,à broder*
BRODURE
Synonyme ancien de “Broderie * “ (Voir à ce mot )