Recherche du sens de mots rares ou disparus dans la sphère du livre et de la chose écrite , recherche d'éléments divers concernant ce même domaine et publication du résultat de ces recherches .
CAHIER
Littéralement:quatre feuillets..mais aussi:
1) -Assemblage de feuillets vierges destinés à l’écriture,principalement utilisé dans les écoles et se présentant sous diverses formes :avec ou sans réglure*,avec ou sans marge* .
Les décors de couvertures, très variés, ont été durant de très longues années à but didactique (géographie- -biographies-histoire-et l’éternelle table de multiplication au second plat *..).
Il existait,outre les cahiers de devoirs scolaires des cahiers spécialisés:cahier de roulement,d’essai,d’appel , auto correctifs *,de brouillon * , de textes ,de travail manuel,de cartographie , sans oublier les « Cahiers de doléances « de la révolution fançaise etc...
Le « Vade-Mecum du directeur d’école « de 1965 insiste sur la nécessité de ne pas multiplier outre-mesure les genres de cahiers en milieu scolaire et , aussi , sur la surveillance et l’uniformisation de leur tenue .
Il semble que ,sous cette forme, le cahier ait été utilisé dans l’antiquité bien avant l’apparition du livre : il aurait remplacé les tablettes * pour les brouillons* et les écrits éphémères alors que le volumen* était encore d’un usage universel
On peut rencontrer l’ancienne appellation : “ Livret * d’apprentissage “ .
Dans certaines institutions il était d’usage de rédiger un cahier comme par exemple les « Cahiers de tradi « des écoles militaires récapitulant les traditions ,les “ Cahier de bidasse * “ rédigés autrefois au cours du service militaire et comprenant chansons , monologues, poésies etc ...parfois plutôt lestes ....ou les cahiers rédigés autrefois par les instituiteurs qui s’apparentaient d’avantage aux « Livres de raison * «
Le cahier d’écolier ,honni par les uns, adulé par les autres est , pour beaucoup , le symbole même de l’école comme le montre bien la chanson de fin d’année traditionnelle à relent d’autodafé * :”..Les cahiers au feu * et le maître au milieu “
Nombre d’écrivains,prenons l’exemple de Marcel Proust ont usé de cahiers soit pour rédiger leurs manuscrits soit pour prendre des notes documentaires en vue de la rédaction de leurs œuvres :
- Ses « Cahiers noirs « ,au nombre de 32 , étaient des cahiers numérotés recouverts de moleskine noire dans lesquels il avait noté réflexions, observations , essais etc …et qu’il fit brûler par sa gouvernante au fur et à mesure de leur utilisation pour la rédaction de « À la recherche du temps pedu «
-Ses 75 cahiers de manuscrits et ses trois « Cahiers de notes « étaient d’épais cahiers cartonnés recouverts de toile que sa gouvernante achetait dans une papeterie du boulevard Hausmann et sur lesquels elle apposait une étiquette vierge constituée de papier d’emballage de la « Poudre Legras « que Proust, asthmatique utilisait en fumigations .
-En complément de ces cahiers l’écrivain utilisait des carnets de notes qui lui avaient été offerts par mme. Strauss : de format étroit et allongé ils comportaient un décor de personnages ,« un peu dandy « selon l’expression de Célestine Albaret sa gouvernante ,sur leur couverture
Colette raconte dans « La naissance du jour « être devenue écrivain par suite de l’émotion provoquée par les « feuillets vergés,rayés de gris à barre marginale rouge « de cahiers scolaires achetés sans intention particulière
Aragon célèbre leurs couvertures dans « Le roman inachevé « :
-Les prodiges sont là qui frappent la cloison
-Et déjà nos cahiers s’en firent le sommaire
-Couverture illustrée ou l’on voit Barbizon
-La mort du granf Ferré ,Jason et la toison
Agatha Christie utilisait des cahiers rouges ou verts de marque « Century « ou « Sterling « à réglure * bleue dont elle avait toujours une provision à portée de la main sur lesquels elle notait des idées de scénarios mais aussi , en les retournant tête- bêche des listes de courses et autres considérations ancillaires .
Mais l’on peut aussi ajouter Raymond Radiguet , Bernanos,Alain,Sartre et de nombreux autres ….
Le cahier figure en outre dans un certain nombre de « Clichés* « littéraires « dans lesquels il peut être « D’écolier « , « Simple « , « Moleskine * « , « Soigneusement calligraphié « etc …
2) Partie d’un livre constituée par une feuille pliée en un nombre de plis dépendant du format* de l’ouvrage et destinée à être assemblée à d’autres parties semblables lors des opérations de brochage*.
Des feuillets encartés à l’interieur d’un cahier constituent des “cartons*”
Les cahiers constituant un ouvrage peuvent ne pas être tous de même taille car certains formats imposent l’établissement de deux cahiers inégaux par feuille pour éviter une trop grande épaisseur:c’est le cas ,par ex, de l’in/25 °qui nécessite ,par feuille, un cahier de 16 pages et un cahier de 8 pages.
Selon leur nombre de feuillets les cahiers sont désignés par différents noms :”Singulion “ de un bifeuillet, “ Binion “ ou “ Duonion “ pour deux bifeuillets , “ Ternion “ pour trois, “ Quaternion “ pour quatre, “ Quinion “ pour cinq , “ Sénion “ pour six, “ Septénion “ pour sept, “ Octonion “ pour huit , “ Denion « pour vingt etc ....
Les cahiers établis en suivant les normes ci-dessus sont dits “ Canoniques * “
3)“Cahiers de doléances”:voir ci-dessous
4)”Cahier des charges* “ : Document définissant les obligations des signataires d’un contrat * .
De nombreux auteurs se sont imposés des plans* ou des canevas* plus ou exigeants dans l’établissement de leurs œuvres …l’un des plus rigoureux fut Georges Perec qui qualifiait lui-même ces canevas de « Cahier des charges «
5)Le cahier de papier à cigarettes * est une sorte de carnet fermé par un élastique contenant des feuilles de papier trés fin destiné à rouler des cigarettes .
Il a trés tôt fait l’objet d’une ornementation imprimée poussée et , bien que sa décoration soit restée moins variée que celle des paquets de cigarettes , certains décors, comme l’éléphant dansant sur fond bleu des papeteries “ Le Nil “ d’ Angoulème ou la frise géométrique dorée sur blanc des cahiers “ Job “ sont devenus des archétypes du genre...
Ces papiers portèrent par le passé des noms trés variés faisant référence à leur décor tels que :Papiers “ Français, de la légion d’honneur, Jeanne d’ Atrc , Egyptien , Ananas ,Chicard,Sans-souci, Sarcelle,des dernières cartouches “, »Pectoral * « à la réglisse etc ....etc ....
Il est arrivé qu’ils suivent l’actualité en présentant des portraits de célébrités ( général Boulanger ...) ou des évènements récents .
6)Certaines œuvres , souvent autobiographiques *, ont pris ce titre : “ Les cahiers d’André Walter “ d’ André Gide (1891) , “Le Cahier gris “ De Roger Martin du Gard (1922) “Le cahier d’un retour au pays natal “ D’aimé Césaire ( 1939).
7)Dans un certain nombre de professions impliquant des permanences,et en particulier médicales , l’expression « Faire le cahier « désigne le fait de renseigner le registre* des évènements ou la « Main *-courante «( Voir ci-dessous ))
CAHIERS DE DOLÉANCES
Les “Cahiers* de doléances” étaient des registres tenus à compter du XI° siècle pour présenter les réclamations des divers ordres aux états généraux...
Si les plus célèbres ,et souvent les seuls connus, sont ceux de 1789 ( environ 60000 cahiers...) c’est qu’ils furent , pour la première fois transmis sans avoir au préalable été expurgés et concentrés : auparavant , en effet, ils étaient établis (selon des périodicités très variables ) dans les villages sous forme de “ Cahiers de paroisse “ transmis aux chefs-lieux de baillage ou une synthèse,les “ Cahiers de baillage “ en était établie pour chacun des trois ordres.
Une synthèse générale par gouvernement était alors rédigée ce qui donnait douze cahiers pour chacun des ordres ,et c’était une dernière concentration en un seul cahier que chaque ordre présentait au roi lors des états généraux...il va sans dire que cet ultime document ne reflétait plus du tout les doléances initiales ...
MAIN COURANTE :
Livre,tenu à jour par certains organismes ,(on dit parfois « Faire le cahier ..* « ) ou sont consignés des événements au fur et à mesure de leur survenue et livre de commerce(aussi appelé “ Brouillard* “ et “ Mémorial *” ) ou sont notées les ventes réalisées .
Ce genre de livres était autrefois appelé “ Répertoire * “ ou “ Journalier “ .
En matière littéraire l’appellation (et parfois sa traduction allemande “ Sudelbücher * “ ) s’applique parfois à des recueils de notes prises au fil du temps et sans ordre logique
L’étude des « Mains courantes « anciennes , en restituant des micro-faits est très intéressante pour reconstituer la vie quotidienne d’une époque .