Recherche du sens de mots rares ou disparus dans la sphère du livre et de la chose écrite , recherche d'éléments divers concernant ce même domaine et publication du résultat de ces recherches .
VOL
Le vol est un des fléaux les plus redouté des bibliophiles , bibliothèques ,libraires et bouquinistes ..il peut intéresser toutes les catégories d’ouvrages des rares et précieux (vol organisé ...) aux plus humbles (vol d’impulsion...) et les organismes susceptibles d’en être victime se sont ingéniés à trouver des parades pour l’enrayer.
La chose se fit jour dés que des livres furent rassemblés en un même endroit .
Parmi les pratiques anciennes s’apparentant ou encourageant le vol on peut citer celles de la bibliothèque d’ Alexandrie *(Voir à ce mot ) confisquant leurs livres aux voyageurs et ne leur rendant que des copies et la coutume des abbayes de n’accepter de nouveaux membres que s’ils amenaient des livres.
Le vol intéresse toutes les couches de la société jusqu’à son plus haut niveau comme le montre ,par exemple ,la première exclusion de l’académie française (1636) qui concerna Auger Granier de Mauléon qui n’avait pas restitué à des religieuses le dépôt d’argent qu’elles lui avaient confié ou , au XIX° siècle, l’affaire du comte Libri (dans laquelle Prosper Mérimée fut condamné ..)qui ,bien qu’académicien ,profita de ses fonctions d’inspecteur des bibliothèques pour dérober et vendre une multitude de livres et de documents dans de nombreuses bibliothèques et qui ,malgré les preuves accablantes de sa culpabilité , fut soutenu par d’éminentes personnalités telles que : Paul Lacroix ( le “ Bibliophile Jacob “ )
Le soutien de Mérimée apparaît un peu ambigu étant donné les relations qu’il entretenait avec Mélanie Double épouse de Libri ...
Une autre affaire qui défraya la chronique fut ,en 1856, la dispersion de la bibliothèque de l’abbé Chavin de Malan constituée de livres rares et précieux dont beaucoup s’avérèrent avoir été dérobés à la bibliothèque impériale et à la bibliothèque Ste.Geneviève et s’ensuivit une longue action visant à récupérer ces livres dont certains avaient ,entre-temps été vendus à des amateurs dont quelques uns ,tel Solar, se firent beaucoup prier pour les restituer .
Les organismes lésés ne s’aperçurent de leur disparition que lors de l’examen,en vue d’achats, des catalogues de vente de la bibliothèque de l’abbé et l’enquête montra que certains vols avaient été commis en 1838 soit dix huit ans plus tôt ce qui mit en lumière un certain laxisme dans la gestion de ces bibliothèques, laxisme qui n’a pas totalement disparu si l’on en juge par la répugnance qu’ont les grandes bibliothèques à reconnaître le phénomène , préférant évoquer une “ cote * “ erronée ou un “ manque en place “ laissant supposer que le livre recherché est présent et finira bien par réapparaître ...les chiffres publiés par les organismes qui y consentent sont , en tous cas alarmants ...(300000 titres manquants pour la bibliothèque américaine du Congrès ...)
Et laxisme qui perdure puisqu’en 1994 fut vendu aux enchères un exemplaire des “ Commentarios “ d’Alfonse de Albuquerque (1557) ayant fait antérieurement partie du fonds * de la bibliothèque de l’ Arsenal, organisme qui ne s’aperçut de son absence qu’à l’occasion d’une nouvelle vente en 2004 et alors que le livre avait figuré entre-temps dans deux expositions majeures avec photo en couleurs au catalogue * de celles-ci ...
On peut aussi rappeler quelques cas de voleurs plus récents :
-William Jacques ,surnommé « Tome raider « ,qui de 1982 à 2002 écuma les bibliothèques anglaises en y dérobant plus de 500 ouvrages …
-Fahrad Hakimzadeh qui ,de 1998 à 2003,mutila environ 150 livres des bibliothèques anglaises pour y prélever cartes et illustrations.
-Raymond Scott qui déroba en 1998 un original des œuvres complètes de Shakespeare et le mutila pour tenter de le revendre discrètement.
Ces pratiques existent depuis la naissance du livre et les vols de livres entre abbayes étaient fréquents ,quand ce n’étaient pas les moines eux-mêmes qui organisaient le pillage de leur propre bibliothèque comme ce fut le cas pour Saint Denis mise en coupe réglée de 1464 à 1476 par Jean Jouffroi son prieur ...
La pratique du vol de livres a été jugée avec mansuétude par certains humanistes qui disaient que “ s’il faut violer la loi,que ce soit pour le bien des livres ...” considérant ainsi qu’il n’y avait pas vol à soustraire des livres à ceux qui n’étaient pas à même de les apprécier ...
Les techniques des voleurs sont multiples et vont des plus simples,comme le vol à l’étalage aux plus complexes mettant en œuvre des moyens d’effraction en passant par la ruse (effacement du prix,déplacement des livres ..),le dépareillement * de séries, ,l’arrachage de pages etc ...
Les moyens antivol ont été recherchés dés les débuts et ,des livres enchaînés ( “ Catenatis * ) ,aux marquages magnétiques(“ Tags * “ )en passant par la surveillance visuelle ,les inscriptions incantatoires vouant le voleur aux gémonies, les radiofréquences,les pastilles magnétiques et autres moyens électroniques on s’est ingénié à compliquer la tache des voleurs sans y parvenir complètement.
Les service officiels d’archives , pour leur part, estampillent de façon bien visible toutes les pièces rendant ainsi difficile toute revente des documents dérobées ...
Tous les libraires et bouquinistes ont eu affaire aux voleurs et ,à lire les récits qu’ils ont rédigés, on constate que les catégories de voleurs sont très diverses :
-Voleurs “ simples “ prenant un ouvrage qui leur plait .
-Voleurs modifiant l’étiquette portant le prix afin d’en acquitter un plus faible .
-Voleurs faisant partie du personnel d’un établissement .
-Voleurs prenant sans payer un livre de location et se faisant rembourser la caution en le restituant après lecture.
-Escrocs faisant miroiter au bouquiniste la possible vente d’une mirifique bibliothèque imaginaire en lui montrant quelques échantillons que celui-ci ,dans l’espoir de « faire un chopin * «, accepte de surpayer ….
-Demande par un client d’une collection de livres invendables ou démodés que le bouquiniste n’a bien sûr pas et , à quelque temps de là, proposition de vente de ces mêmes livres par un autre client ..que le bouquiniste achète un bon prix …sans jamais revoir le premier demandeur .
--Voleurs érudits comme ce bibliophile appréhendé en 2002 qui ,ayant découvert dans une vulgaire revue d’archéologie l’indication d’ un passage secret conduisant à la bibliothèque du Mont St. Odile (munie par ailleurs de tous les systèmes de protection imaginables ), y préleva impunément pendant des années de précieux ouvrages . etc...etc...
On peut cependant remarquer de façon optimiste que les librairies subissant le plus de vols sont aussi celles qui vendent le plus …il est vrai que les librairies interdisant le vagabondage * (* : voir à ce mot )et cantonnant l’amateur devant un comptoir prennent moins de risques !
Le non-retour des ouvrages (qui peut être assimilé à un vol ....) est une cause très fréquente de perte pour les bibliothèques de prêt ....
Une autre sorte de vol ( doublé de vandalisme *..) est le prélèvement , par découpage,de pages ou gravures dans un ouvrage consulté...les champions de cette catégorie sont sans doute John Bagford qui au début du XVIII° siècle préleva des pages dans 3355 livres de diverses bibliothèques avec l’intention de publier un livre sur “ L’art de la typographie “ pour lequel il avait naïvement fait rédiger un prospectus * et Joseph Ames qui fit de même en mutilant quelques 11000 livres ...
Le célèbre faussaire Vrain Lucas se fit expulser de la bibliothèque Ste.Geneviève pour avoir été surpris prés d’ouvrages précieux un instrument tranchant en main ...
S’il fallait trouver un qualificatif pour les voleurs de livres ce pourrait être : “ Kleptobibliomane * “ ou “ Bibliokleptomane * “
D’autres formes de vol peuvent se pratiquer à l’occasion des ventes publiques comme , par exemple , le fait , lors de la visite , de glisser des documents de valeur dans des lots ou des manettes * ne contenant que des choses ordinaires ou de séparer volontairement les divers tomes d’une œuvre dans l’espoir d’acquérir tous ces « orphelins* « à bas prix ….mais il en existe d’autres …l’imagination des voleurs est sans limite !
Le vol ,quel qu’il soit , a toujours inspiré une abondante littérature .
Celui de la Joconde en 1911 suscita l’écriture de 1380 pages de journaux en 15 jours et le sujet devint vite si banal que le “ Figaro “ osa les quelques mauvais vers suivants :” Le larcin qui fit tant gloser aura moindre péripétie , mais qui donc eût pu supposer que Léonard devint scie ! “
Il existe aussi une autre forme très courante de vol liée au livre : c’est le vol du temps effectué au détriment de l’employeur et pratiqué par les employés de tous les secteurs d’activité qui, joignant le plaisir de lire à celui d’enfreindre un interdit , prennent la liberté de lire durant leur temps officiel de travail !
Le vol d’un manuscrit a , en outre , été très souvent invoqué dans les affaires de publications interdites , les auteurs prétendant que celles-ci ont été faites à leur insu sur le vu d’un manuscrit dérobé .
Si , dans certains cas, comme “Histoire amoureuse des gaulles “ de Bussy-Rabutin , le fait est avéré, dans la majorité des autres il est faux ce qui fit dire à Malherbes s’adressant à Diderot “ À l’avenir je vous défends d’être volé ! “
Une autre forme insidieuse de vol est celle pratiquée par les personnes influentes qui , profitant de leur position sociale, de leur aura et de la retenue que leur fonction inspirent en profitent pour s’approprier des ouvrages sans que leurs propriétaires osent protester : le Duc de Berry et Rodolphe II furent de ceux-là et « empruntèrent « sans retour nombre de livres précieux …plus près de nous certains personnages hauts placés n’ayant jamais de quoi écrire sur eux furent connus pour emprunter à leur entourage des stylos qui ,s’ils les jugaient dignes d’eux , ne furent jamais rendus ….
Pour conclure citons Ponce Denis Écouchard Le brun qui se plaint de la chose mais avec élégance :
“Tu viens chez moi feuilleter coup sur coup
Mes Elzévirs ,ils craignent ton approche .
Dans ta mémoire ,il en reste beaucoup ;
Beaucoup aussi te restent dans la poche ! “