Recherche du sens de mots rares ou disparus dans la sphère du livre et de la chose écrite , recherche d'éléments divers concernant ce même domaine et publication du résultat de ces recherches .
TYPOTE
Les typographes féminins (voir : “Compositrice* ” et “ Femme * “ ) furent très peu nombreuses durant des siècles et étaient ,quasiment dans tous les cas ,des veuves conduites à reprendre l’affaire de leur mari disparu .
Elles furent assez nombreuses au début du XX° siècle mais leur présence dans les ateliers a suscité bien des polémiques car , la plupart du temps les patrons d’imprimerie ne les employaient qu’en raison de la possibilité de les payer moins que les hommes et aussi à cause de leur plus grande docilité et de leur moindre propension à la grève .
Il suffit , pour se rendre compte des sentiments que la profession nourrissait à leur égard de lire l’imprimeur poète du XIX° siècle Lesné qui , parlant d’un imprimeur dit de lui “ ....de peur de malfaire ,(il) prend très peu d’ouvriers et jamais d’ouvrière...”
C’est le graveur et fondeur Hyacinthe Firmin qui ,le premier, fonda , au début du XIX° siècle , une école de typographie féminine dite “ Imprimerie féminine “
Les congrès professionnels de l’époque ont longuement débattu de ce problème sans toutefois y apporter de solution : le congrès de 1910 présenta un long rapport sur les causes de cet état de fait , la situation à l’étranger,les avantages et inconvénients , la question de l’admission des femmes * (Voir à ce mot ) au syndicat etc ..etc ..
Même les dictionnaires de l’époque se font l’écho de cet ostracisme et dans le “ Dictionnaire universel des sciences humaines “ (mi XIX° )on peut lire : “ Les femmes sont trop peu instruites pour faire des compositrices habiles ....” et “ Au point de vue moral , l’emploi des femmes est plus fâcheux encore car tout le monde sait que les ateliers dans lesquels les deux sexes sont journellement en contact sont des foyers de démoralisation ...;”
Boutmy dans son “ Dictionnaire de l’argot des typographes “ (1883) n’est pas tendre avec les typotes qui ,pour lui, n’auraient jamais du quitter leurs fourneaux ...
Il semble que l’une des premières ayant laissé son nom à la postérité fut l’américaine Mary Katharine Goddard qui imprima dans son atelier de Baltimore la déclaration d’indépendance des états unis en 1777,créa le “ Maryland journal “ et innova en faisant payer ses prestations par la fourniture de peaux destinées à son atelier de reliure et de chiffons destinés à son papetier .
De nos jours encore , bien que les inégalités se soient aplanies , on ne peut pas dire que la profession se soit très féminisée ....
D’après les anecdotes lues dans la presse professionnelle de l’époque il semble que , pour s’intégrer à ce milieu plutôt “ Macho “ les typotes , souvent qualifiées de “ Bergères * “ par leurs collègues masculins ,aient du adopter des coutumes , un langage et des attitudes bien peu féminines et n’aient pas hésité à aller à contre-courant des canons de l’époque ..c’est ainsi qu’un typographe “ complimentant “ ironiquement une typote sur sa poitrine qui “ ferait un beau “porte * -page “ se vit répondre qu’il pouvait “ se fouiller pour la distribution * “ .....!