Recherche du sens de mots rares ou disparus dans la sphère du livre et de la chose écrite , recherche d'éléments divers concernant ce même domaine et publication du résultat de ces recherches .
MORT
1)La mort est un thème omniprésent dans les littératures de tous les pays et est le sujet principal de nombreux écrits : romans,récits,livres religieux ( obituaires *,nécrologes *,dyptiques * livre des morts * etc....),études médicales,morales ou philosophiques, actes administratifs, inscriptions à divers registres etc....
Certaines époques en furent obsédées comme la fin du moyen age qui , après l’épidémie de peste de 1348 cultiva le macabre sous toutes ses formes .
Elle suscite l’établissement d’un certain nombre de documents écrits, actes * ou testaments*, la tenue de registres d’état civil et des cimetières,l’établissement d’autorisations de transport ,d’exhumation,de concessions ,d’épitaphes* et la rédaction de nécrologies * ,d’éloges mortuaires ou d’in * memoriam .
Elle apparaît en outre ,dans de nombreuses illustrations dont elle est parfois le thème principal :c’est en particulier le cas des “Vanités * “ ,des “ Danses * macabres “ , mais aussi celui de certaines reliures soit qu’elles concernent des ouvrages de circonstance ( “ oraisons funèbres “ par exemple ) soit qu’elles figurent dans les “ armes * “ ou attributs de leur possesseur comme , par exemple pour le roi Henri III qui fit figurer un crâne sur bon nombre de ses livres .
Il a longtemps été de coutume ,en Occident, de munir les morts d’un livre religieux avant leur ensevelissement ; la plupart de ces livres ont irrémédiablement disparu mais quelques uns nous sont parvenus et,parmi ceux-cis, on peut citer :
. Un “ Évangile selon saint Jean “ découvert en 1104 dans la tombe de saint Guthbert mort en 687 et qui est ,sans doute, le livre relié le plus ancien connu .
Un manuscrit des “ évangiles du couronnement de la vierge “ richement décoré qui aurait été découvert dans la tombe de Charlemagne lors de son ouverture en l’an 1000 sur l’ordre de l’empereur Otton III ( qui ne put s’empêcher de prélever une dent en guise de relique * ...)
Un certain nombre d’expressions relatives à la mort font ,plus ou moins explicitement ,référence à l’écrit :
-Pour parler de la mort elle-même :”C’était écrit “-”Signer un permis , une permission,une feuille de route ou de débarquement “-”Donner un passeport ou un billet * pour l’autre monde “ -”Rendre son permis de chasse,son livret *,son inscription,son mandat “-”Déchirer son passeport,sa carte,son extrait de naissance “-”Avaler son bulletin de consigne,son billet de logement ,son bilan ...”-” Se décartonner “-”ˆEtre rayé du rôle “-” Etre au bout de son rouleau “-”Prendre un billet d’aller simple “-” Fermer son livre “- “ Fai rendre lou bihet * “ (Mistral )“Présenter ses lettres de créance “- “ Tant va la bouteille à l’encre ..”
« Recevoir l’ordre de marche du régiment « (Dino Buzzati ..)
Pour parler de l’acte de donner la mort ou des instruments utilisés :
“La planche à assignats “ (guillotine ..)-”Poinçonner ou Poinçonneuse “-”Composter “-”Donner une infusion de coupe-papier “
Pour parler des “officiants “ :
“Marchand de plumiers “ (Croque-mort ) -”Secrétaires du ciel “ ou “ Gardes des archives de l’éternité “ (Les Parques vues par les précieuses ....)
Un certain nombre d’objets en rapport avec l’écriture ou le livre figurent en outre dans de nombreux ex*-votos : livres , encriers, plumes, parchemins etc ... et , à l’inverse, nombreux sont les objets d’écriture à décor macabre direct ( crânes, ossements, squelettes etc ... ) ou allégorique ( faux , anges, sabliers, “Alpha et Oméga “ , larmes etc ...)
On peut aussi remarquer que la mort est responsable de l’inachèvement de nombreuses œuvres et à l’origine de toutes les œuvres posthumes * ....
En outre , c’est l’une des causes majeures de la circulation des livres anciens qui , patiemment rassemblés par les collectionneurs, se voient à nouveau dispersés à leur mort ...cette pratique fut parfois érigée en système comme ce fut , par exemple, le cas pour les prélats de la cour pontificale d’ Avignon dont les livres rejoignaient la bibliothèque des papes à leur décès .
Elle a aussi suscité un certain nombre de bons mots ou de phrases dites ou supposées avoir été dites à l’article de la mort et parmi lesquelles on peut citer :
-L’éditeur Dolet qui , marchant au supplice aurait dit ,” “ Dolet quisque dolet ,non Dolet ipse dolet “ ( “ Chacun plaint Dolet , Dolet lui-même ne se plaint pas ! “ ) et selon d’autres : “ Non dolet ipse Dolet ,sed pia turba dolet “ ( Ce n’est pas Dolet qui s’afflige ,mais la foule généreuse ).......””Si non e vero ....”
2)Le mot est parfois employé pour qualifier un livre:
-Totalement hors d’usage et que l’on ne peut plus sauver
-En matière de bibliothéconomie * (et les bouquinistes emploient le même terme dans ce sens ..) un “livre mort “ est un livre très peu consulté qui ne sort pratiquement jamais(l’inverse étant un livre « Vivant * « ) :on estime que ,dans l’ensemble des bibliothèques nationales ,le nombre des livres morts est équivalent au nombre annuel de publications nouvelles soit deux à trois millions d’ouvrages .
Les bouquinistes emploient parfois l’expression “ Tu meurs avec ...” pour désigner ces “ Enclumes * “
Il n’existe pas de critères véritables pour expliquer le fait qu’un livre se classe dans cette catégorie ou , plutôt, il y en a de nombreux : mode,actualité ,inadéquation à l’époque ,esthétique etc ....
Certains de ces livres , cependant , après une mort apparente plus ou moins longue, réscussitent à la faveur de circonstances les remettant au premier plan , l’une de celles-ci pouvant être le fait de porter une œuvre écrite à l’écran .....si, pour certains d‘entr’eux, le fait est totalement imprévu , pour d’autres ,parfois qualifiés de “ Dormants * “ il l’est moins...
3)Le “ Livre des morts “ égyptien était un livre * qui , décrivant les rites en usage dans l’au-delà, était mis dans tous les sarcophages ou peint sur les murailles des tombeaux...il en existe de très nombreuses versions dont les plus anciennes remontent au delà de 4000 ajc.
Le pharaon Mykérinos en fut l’un des principaux rédacteurs et son appellation actuelle lui a été donnée par l’égyptogue Richard Lepsius mais Grégoire Kopaktchy estimait que “Livre de la sortie à la lumière du jour “ aurait été plus exact et il est parfois nommé par certains auteurs ( Naville ....) “ Bible des anciens égyptiens “ ou “ Texte des pyramides *
Le « Bardo* Thödol « des thibétains lui est apparenté dans son esprit .“
4)On a parfois parlé de “ Livres qui tuent “ pour désigner des livres réputés maudits * et censés apporter la mort avec eux .
On peut citer le “ Grimoire * d’ Arihman “ qui semble avoir disparu avec son dernier propriétaire dans le naufrage du Titanic ou le livre du roman d’ Umberto Eco “ Le nom de la rose “ qui empoisonne ses lecteurs...
Mais les livres peuvent parfois tuer de façon plus prosaïque comme ce fut le cas pour l’astronome allemand Stœffler tué par la chute d’un rayonnage de sa bibliothèque (le jour ou il l’avait prédit il est vrai ...),d’un bibliophile du XVIII° siècle qui mourut d’une pneumonie contractée en rentrant à pied chez lui car aucun fiacre n’avait voulu de lui tant il était chargé de livres ,De Vergenius Rufus qui mourut des suites des blessures provoquées par la chute d’un lourd in- folio de sa bibliothèque ou , plus prés de nous , de ce bibliophile new-yorkais qui resta plusieurs jours enseveli sous les livres de sa bibliothèque effondrée sur lui avant d’être sauvé in -extremis par ses voisins . etc ...etc...
Les livres peuvent aussi servir d’arme soit dans des “ Batailles * de livres “ soit à titre individuel , cet usage les transformant aux yeux de la loi en “ armes par destination “
Dans d’autres cas il peuvent développer des idées ou donner des modes opératoires susceptibles d’aboutir à la mort de personnes ( “ Suicide mode d’emploi “ par exemple ...)
5)Le ” Rouleau des morts “ était un document circulant entre les communautés religieuses d'un même or(dre à l'occasion du décès de l'un de leurs membres .
6)La mort des gens de lettres ou des écrivains à suscité de nombreux écrits : “ Chroniques * “ , “Panégyriques * “ ,” in-Mémoriams * “ , “Oraisons * funèbres “ , “ Éloges * “ , “ Tombeaux * “,”Récits des derniers * moments “ etc ...etc ..
Leur mort , en elle-même diffère peu de celle de la population générale et l’on rencontre chez les” gens du livre “ toutes l’habituelle diversité des genres de mort : maladie, accident *, suicide* , disparition *,assassinat et meurtre, exécution,guerre*, chagrin *, joie * etc …avec , peut-être une mention particulière pour la syphilis au XIX° siècle qu’il fut un temps de bon ton de contracter .
Certains cependant ayant eu une mort (on lira avec profit à ce propos : « La tortue d’Eschyle et autres morts stupides « par un collectif d’auteurs – Les arènes -2012)hors du commun parmi lesquels on peut citer :
-Chrysippe mort de rire en 207Ajc. tout comme, en 1556 ,l’Arétin mort d’une chute provoquée par un éclat de rire .
-Pline l’ancien victime de sa curiosité et mort dans l’éruption du Vésuve en 79.
-Cyrano de Bergerac succomba des suites d’une blessure à la tête reçue le 3 Janvier 1655. lors de l’incendie de l’hôtel d’ Arpajon .
- Al-Jahiz, le pape Jean XXI , , Valentin Alkan tués par l’effondrement de leur bibliothèque en 869 ,1277 et 1888
-Scarron , mort d’une crise de hoquet en 1660
-Santeuil mort en 1697 de l’ingestion de vin mélangé à du tabac *
-Plusieurs « gens du livre « morts d’épectaseou d’abus sexuels : Henri Calet , Jean Danièlou …
-Chapelain mort en 1674 par avarice pour avoir refusé le péage exigé pour le passage au sec d’une rue inondée
-Nicolas Lenglet-Dufresnoy qui , s’étant endormi prés de son feu en 1755 y tomba et succomba à ses blessures .
-L’Abbé Prévost mort en 1763 au cours de son autopsie alors que , victime d’une syncope , on me croyait déjà mort . ;
-Nicolas Gilbert mort par ingestion d’une clé en 1780
-Maurice Sachs qui fut semble-t-il lynché par ses compagnons de prison à Hambourg
-Isabelle Eberhardt morte noyée au Sahara en 1904 par suite de la crue soudaine d’un oued à Aïn-Sefra.
-Louis Hémon tué par un train en 1913.
-Sherwood Anderson mort en 1941 des suites de l’ingestion d’un cure-dents
-Jean Desbordes torturé à mort en 1944 par, la gestapo.
-Curnonsky mort en 1956 par défenestration accidentellecomme bien longtemps auparavant Joachim Feller défenestré en 1691 au coursd’une crise somnanbulisme .
-Ödön von Horvàth tué en 1938 par la chute d’un arbre .
-William Burroughstua sa femme en 1951 d’une balle en pleine tête en voulant reconstiter la scène mythique de Guillame Tell
-Boris Vian mort en 1959 au cours de la projection de « La passion de Joe Grant « adapté de « J’irai cracher sur vos tombes «
-Yukio Mishima mort en 1970 selon le rituel ancestral du Hara-Kiri .
-René Goscinny mort en 1977 au cours d’une épreuve d’effort cardiaque .
-Tennesee williamsmort étouffé en 1983 suite à l’ingestion accidentelle du bouchon d’un tube de médicaments .
-Quelques autres morts dans un hôtel
On peut cependant noter que leur mort génère en général plus d’écrits que s’il s’agissait de personnages ayant œuvré dans d’autres sphères et qu’on leur prête plus facilement des “ Derniers * mots “ remarquables par leur haute teneur morale , philosophique ou humoristique....mais on sait ce qu’il en est de ces derniers mots dont la quasi-totalité est apocryphe ....
L’âge de la mort des écrivains est également très variable avec , cependant une tendance notable à atteindre un âge plus avancé que la population générale .
Si certains, tels Pascal, Maurice de Guérin , Lautréamont ,Alain Fournier Rimbaud , Radiguet sont morts trés jeunes , d’autres , tels Fontenelle,Saint Simon , Mme. du Deffand ,Crébillon et , plus prés de nous, Victor Hugo ou Maurice Genevoix ou ont atteint un grand âge.
7)L’étude des documents anciens concernant la mort – testaments* ,inventaires* après décès , constats* officiels en cas de mort sur la voie publique etc …- est très instructive en ce sens qu’elle donne une vue réaliste de l’importance de la chose écrite dans l’environnement familier des individus : c’est ainsi qu’au XVIII° siècle plus de 65% des cadavres trouvés au long des chemins par suite de mort subite étaient ,hommes et femmes confondus , porteurs de livres de dévotion …
8)Il existe dans les milieux du journalisme une règle non écrite dite du « Mort kilométrique » qui veut que l’on ne parle d’un accident que si le nombre de victimes est proportionnel à la distance ou il s’est produit …
9)La peau d’animaux « Morts-nés « a été utilisée en reliure ou pour fabriquer du parchemin fin , les amateurs de ce type de reliure sont des « Chorionophiles * «
10)L’expression « Mort de sang « désigne le défaut d’un parchemin constitué par des tâches d’un noir verdâtre provoquées par des hémorragies internes subies par l’animal ayant fourni la peau .