Recherche du sens de mots rares ou disparus dans la sphère du livre et de la chose écrite , recherche d'éléments divers concernant ce même domaine et publication du résultat de ces recherches .
SOLDES
Action de vendre un livre à un prix très inférieur à sa valeur marchande.
La pratique est née avec la librairie et l’on en trouve des traces anciennes comme par exemple,en 1779, la vente à perte par Duplain de 400 “ Encyclopédies du lac “ ou les braderies ,en général estivales, de livres divers par l’éditeur Panckoucke ....
La première manifestation massive de ce phénomène eut lieu à la fin des années 30 quand la crise amena à la faillite bon nombre d’éditeurs spécialisés dans les éditions de luxe à tirage limité.
Dans les années précédentes s’était,en effet, développé un énorme engouement (souvent spéculatif...) pour les livres numérotés,sur beau papier,illustrés par des célébrités,nominatifs* etc....et les clubs* de bibliophiles étaient légion (qui parfois éditaient des livres qui leur étaient exclusivement réservés...)..les éditeurs de ces livres ne résistèrent pas à la crise et durent solder ...
Les causes ramenant un livre chez son éditeur sont multiples :Insuccès de librairie par suite d’une mauvaise estimation du lectorat potentiel, surtirage destiné à faire baisser les coûts de production,retirage d’un livre à succès ne confirmant pas ses premiers résultats, sujet du livre sorti de l’actualité , ”Invendu-né “ en raison de son sujet de son style,défauts de fabrication etc..etc ..
On estime qu’il y a mévente d’un ouvrage lorsque moins de 5% du tirage en ont été vendus et se pose alors l’éternelle question : “Stocker ? Solder ? ou Pilonner *? “ (Voir à ce mot )
Si , par le passé ,le stockage en l’attente de jours meilleurs a pu assurer un succès différé à certaines œuvres(« Histoires naturelles « de Jules Renard illustrées par Bonnard par exemple …) il n’en va plus de même actuellement ou le coût de l’immobilisation de surfaces de stockage est prohibitif et les invendus se répartissent entre les soldeurs et le recyclage …
De nos jours les soldes sont permanents et portent sur environ 5% à 7 % du volume total d’ouvrages édités soit plusieurs dizaines de millions de volumes .
Des officines,apparues dans les années 80, se sont spécialisées dans ce négoce et certains livres passent du rayon nouveauté du libraire à celui du soldeur en à peine une année.....
La concurrence dans ce secteur est rude , les livres y sont acquis par lots parfois très importants à des prix variant environ de 5 à15% de leur ancien prix public , l’état de fraîcheur n’intervenant quasiment pas bien qu’il puisse y avoir de notables différences d’état entre les livres « retours de librairie « et ceux n’ayant pas quitté les entrepôts de l’éditeur
Le prix de revente « standard « se situant à environ 40% du prix public initial
Bien qu’indispensables aux éditeurs , les soldeurs ne jouissent pas auprès d’eux d’une bonne image de marque et sont facilement traités de « Charognards « , « Ferrailleurs « , « Margoulins « , « Brocanteur « et autres qualificatifs péjoratifs
Il arrive cependant que certains ouvrages après « Rafraîchissement « ou modification de leur couverture et/ou de leur titre entament une seconde carrière hors des circuits de solde …c’est ,par exemple, le cas du « Livre des listes « qui publié chez Orban n’avait pas connu le succès et qui ,racheté par un soldeur, fut transformé par apposition d’un étiquette adhésive le titrant « Livre des curiosités « et connut dès lors le succès .
Les clients des soldeurs sont variés : particuliers , associations, grandes surfaces organisant des “ Foires * aux livres “ et ....libraires qui permettent ainsi à quelques livres d’effectuer un tour de piste supplémentaire ...
Certains de ces soldeurs exercent aussi une activité d’éditeur en réimprimant à bas coût des ouvrages qui seront vendus aux côtés des livres soldés .
Il existe toutefois des règles et , ne peuvent normalement être soldés que les ouvrages publiés depuis plus de deux ans et en stock chez le libraire depuis plus de six mois .....
Malgré cela , il a existé de tous temps des fraudes et , déjà en 1937 un rapport du syndicat parisien du livre dénonçait la mise sur le marché de livres spécialement conçus pour être soldés ...
On peut rencontrer pour désigner les soldes le synonyme ancien « Lavage * « (Voir à ce mot ).
La pratique des soldes se divise en deux grandes catégories :
-Les « Soldes – détaillants « qui sont pratiqués par les libraires pour les ouvrages acquis en compte ferme et n’ayant pas connu le succès …c’est une pratique banale de déstockage* ou de « dégraissage * « qui n’appelle pas de commentaires et ne suscite pas de réticences particulières ..
-Les « Soldes- éditeur » qui eux suscitent des états d’âme et des pratiques bien plus discrètes ..
De nombreux éditeurs ,en général les plus importants , n’y ont jamais recours par crainte de déconsidérer leur maison et de voir les lecteurs potentiels attendre la vente en solde de leurs autres publications et préfèrent pilonner * leurs invendus …en le faisant de façon fort discrète en général …
Pour ceux qui y ont recours , la décision est souvent difficile à prendre et ne l’est parfois qu’avec des réserves telles que solde partiel ou obligation de vente à l’étranger par exemple , principalement vers des pays francophones …mais le marché de ces pays recèle encore un énorme potentiel non prospecté .
Certains , cependant , ont intégré la pratique des soldes dans le fonctionnement normal de leur maison….
La décision du moment et du mode d’élimination appartenant à l’éditeur et à lui seul l’auteur n’a que la faculté de racheter le stock au prix de fabrication ou à celui proposé par le soldeur, à charge pour lui d’en assurer seul la diffusion .
Pour ce qui concerne les droits * d’auteur rien n’est du en cas de pilonnage et ,théoriquement, les droits,calculés sur le prix de vente, sont conservés en cas de vente en solde sauf ,disent la plupart des contrats d’édition , »si celui-ci est inférieur au quart du prix catalogue.. »ce qui , cette clause étant presque toujours effective, signifie qu’ils ne touchent rien quel que soit le mode d’élimination adopté .