Recherche du sens de mots rares ou disparus dans la sphère du livre et de la chose écrite , recherche d'éléments divers concernant ce même domaine et publication du résultat de ces recherches .
BRUIT
Le bruit et les sons peuvent paraître bien étrangers à la “ Chose écrite “ qui pour beaucoup est associée au silence ...il n’en est cependant rien et le bruit y intervient à plusieurs niveaux :
-Le bruit émis par les pages d’un livre que l’on feuillette est une part importante du plaisir que le bibliophile trouve à sa manipulation ...c’est ainsi que Claudel parlait du “Bruit silencieux des livres” (in :La philosophie du livre)
Cet élément auditif était considéré comme important par les tenant du courant futuriste * qui ,dans les années 30, réalisa des livres en fer blanc dont le bruit des pages tournées constituait à leurs yeux un “ accompagnement rumoriste ...” impliquant une “perception phonique “ supplémentaire de l’œuvre lue ....l’éditeur Robert Morel a parfois repris cette pratique comme , par exemple , dans “ Le livre du commencement “d’Edmond Fleg (1959) donrt les gardes * de cuivre émettent un son lors de leur manipulation .
Le bruit des pages tournées pour la lecture n’est pas le seul qu’un livre puisse émettre...il y a le claquement du livre refermé avec énergie ,le bruit du livre posé ou jeté avec force sur une table ,le bruit complexe du livre chutant de son rayon, le froufroutement des pages tournées par le vent ,le crissement de la page arrachée,le frottement discret du crayon inscrivant une note ,le crépitement des pages du livre feuilleté rapidement .....autant de bruits évocateurs qui , chacun à leur manière , participent au plaisir procuré par le livre .
Dans le plaisir éprouvé à la manipulation des livres le bruit se joint à l’odeur* et au toucher des diverses matières le composant;c’est ,en outre l’un des critères d’appréciation de la qualité ou de l’authenticité d’un papier...
-Il semble que certaines personnes ne puissent se livrer pleinement à une activité intellectuelle que s’ils sont environnés d’un bruit de fond qui les rend plus perceptifs et plus intellectuellement agiles : ce phénomène est parfois nommé “ Résonance stochastique “.
C’est ainsi que certains écrivains s’environnent de musique ,d’un bruit neutre ( bruit “ blanc” ) ou vont tout simplement écrire dans un café *.
-Certains bruits liés à l’écriture sont particulièrement agressifs et tout le monde connait la pénible impression produite par le crissement aigu de la craie sur un tableau .....des recherches trés sérieuses viennent de montrer que les fréquences de ce bruit sont trés voisines du cri d’alerte des macaques et que la désagréable impression produite sur les humains viendrait d’une “reminiscence “ inscrite dans notre “cerveau du reptile “ .......
-Il existe quelques mots spécialisés pour désigner les bruits liès à l’écriture ou aux choses de l’écrit : “ Crisser* “, “ Claquer* ” ou “ Criquetis * “par exemple ...
Le crissement de la plume sur le papier peut lui aussi être puissamment évocateur
3)Au sens figuré on emploie le mot bruit pour indiquer que ,dans une composition typographique, quelque chose gêne la lisibilité : mauvaise mise en page ,marges * inadéquates,caractères typographiques inadaptés etc ....
4)Le bruit émis par un papier lors de son maniement est l’un des éléments d’appréciation de sa qualité mais il y faut une oreille exercée ...
On dit d’un papier sonore qu’il “ Claque * “.
5)C’est au bruit émis par le fer à dorer lors de son application sur une éponge humide que le doreur juge de sa température
6)Le bruit émis par les divers matériaux de reliure est parfois pris en compte par les relieurs : c’est ainsi que Annie Boige estime que Le cuir de veau est plus silencieux que l’oasis * ou la peau de chèvre * .
7)Au figuré on parle du “ Bruit “ fait par un livre pour qualifier,en bien ou en mal , son retentissement dans le public et un “ Livre qui fait du bruit “ peut être un livre à succés ou un livre à scandale .
Marie Thérèse Ligot note dans “ Lecture :degré zéro * “ que “ Le bruit du livre est silencieux ...”
8)Les instruments d’écriture ont eux aussi leur bruit propre et le bruit émis par les plumes métalliques figura longtemps parmi les reproches que lui firent ses détracteurs.
Goethe ,qui pour sa part n’écrivait qu’au crayon , raconte dans « Vérité et fiction « que le crissement de la plume gênait son inspiration.
Á l’inverse il peut être perçu de façon agréable , voire même » Technique « comme , par exemple, lorsque le « Moujaz* )Abdel Ghani Alani (in « L’écriture de l’écriture « ref :1296) déclare reconnaître les fautes commises par ses élèves au seul son du calame * sur le papier ou lorsque le crissement de l’instrument est transformé en musique
9)Les bibliothècaires et les chercheurs parlent de « bruit « pour désigner les réponses foisonnantes et non pertinentes obtenues lors d’une recherche informatique mal ou trop vaguement formulée …le cas est fréquent et tous les utilisateurs d’ Internet connaissent bien cette sensation de brouhaha ressentie lorsque le moteur de recherche affiche plusieurs centaines de réponses à la question posée ….