Recherche du sens de mots rares ou disparus dans la sphère du livre et de la chose écrite , recherche d'éléments divers concernant ce même domaine et publication du résultat de ces recherches .
CANARD(IER)
1)D’abord nommé « Occasionnel* « (Voir à ce mot ), le Canard * était une petite publication vendue sur la voie publique ou dans les campagnes depuis le XV°siècle et traitant de faits divers,meurtres, évènements prodigieux ou supposés tels ,eux-mêmes nommés « canards « , présentés de façon spectaculaire et souvent partiale voire déformée ou purement inventée
Elle était diffusée sous deux formes principales : feuille simple imprimée au seul recto ( “anépistographique * “ ) ou , parfois estampe légendée , ou petit livret de quelques pages trés comparable à ceux de la “ Bibliothèque bleue * “. (Voir à ce mot )
Les feuilles étaient vendues sur la voie publique dans les villes par des “crieurs “ dont certains chantaient des complaintes de leur composition inspirées par les évènements relatés dans le canard .
Les livrets étaient diffusés dans les campagnes par voie de colportage * .
La parution en était irrégulière et fonction de l’actualité ( “ à volonté “ mentionne l’un d’eux ...) en privilègiant et éxagérant les évènements sanglants ou sordides, quitte à les inventer s’ils tardaient trop à se produire
La diffusion de fausses nouvelles étant une caractéristique de ces publications dont les éditeurs , afin d’en favoriser la vente, n’hésitèrent pas à inventer des faits correspondant aux goûts douteux du public .
C’est ainsi que le canard devint synonyme de fausse nouvelle et finit par désigner tout journal avide de sensationnel et ne vérifiant pas ses sources (les vendeurs de ces journaux étaient les canardiers*)
Certains journaux spécialisés dans ce genre de “cans-cans” annonçaient très franchement la couleur en s’intitulant par ex. “Le messager boiteux de Strasbourg” titre qui fait une allusion directe au canard souvent qualifié de boiteux...ou, tempèrant leur propos, en s’intitulant “ Le canard raisonnable “ ou, plus humoristique ,” Le canard véridique “ !
Sur le plan matériel , ils étaient de qualité trés médiocre : mauvais papier , impression peu soignée et réutilisation systématique des mêmes gravures pour des sujets trés différents .
Une étude attentive d’un certain nombre d’exemplaire a montré qu’un même “ bois * “ était utilisé à maintes reprises soit tel quel soit aprés amputation ou transformation * (Voir à ce mot )de l’une de ses parties ou assemblage avec une partie d’un autre bois ,certaines de ces compositions n’ayant qu’un trés lointain rapport avec le sujet traité.
Il semble bien que le public n’ait pas été dupe des nouvelles extravagantes diffusées mais les ait acceptées au nom d’un certaine convention sociale , par jeu ou selon l’adage “ Si non e vero e ben trobato “
Lorsque le « canard « prend un tour politique ou polémique on le nomme plutôt « Pamphlet * « (Voir à ce mot )
En argot le mot désigne aussi un journaliste.
L’origine du mot est controversée et a suscité de nombreuses interprétations :
-Certains puristes le voit dériver de l’exercice scolaire ancien “ Quam quam * “ d’autres de “ cancan* “ désignant des rumeurs ou des propos non vérifiés, d’autres encore d’une histoire de chasse survenue à “ Monsieur de Crac “ héros bouffon de Collin d’Harleville (1791) ou d’un canular inventé par un journaliste belge....
-Didier Decoin , dan son « Dictionnaire amoureux des faits divers « (2014) évoque plusieurs autres origines possibles :
-La mention « NT « (not testified )accolée dans la presse anglaise et allemande ancienne aux articles à l’origine incertaine , l’épellation phonétique « Ente « signifiant en allemand « Canard «
-Allusion aux bulletins de la grande armée napoléonienne par référence irrévérencieuse à l’aigle impériale qui les ornait et aux nouvelles volontairement édulcorées qu’ils véhiculaient .
-Allusion à la corne avertisseuse utilisée par les « Crieurs * « de journaux qui aurait produit un son analogue au cancanement (ou caquettage ?...) du canard ( * : Voir à ces mots )
La formule a existé dans d’autres pays , au Japon par exemple ou elle était nommée “ Yomi-Uri “
Compte tenu des progrès de l’information pourrait croire que la formule n’a pas franchi le cap du XX° siècle et que les années 19.. ne l’ont pas connue …
Ce serait une erreur car , bien que devenue plus confidentielle, elle persista encore longtemps et notamment pour ’ »Affaire Violette Nozières « meurtrière de ses parents en 1933 qui suscita une foule de parutions et même des complaintes , tout comme ,le massacre d’ Oradour sur Glane en 1944 ou à la fin des années 50 , l’affaire toulousaine de « La tournerie des drogueurs « (Voir : « Complainte * « ci-dessous )
2)”Chercher cinq pattes à un canard”désigne ,dans le langage de bouquinistes,le comportement de l’amateur perpétuellement insatisfait ....(on dit aussi “Chercher le mouton* à cinq pattes”)
3)L’expression “ Vilain petit canard “ est parfois employée en bibliophilie comme ailleurs pour désigner un ouvrage fautif , mal imprimé, mal relié etc ...ouvrage qui , sa rareté aidant deviendra peut-être fort recherché en raison de ses défauts ....
CANARDIER (E)
1)Vendeur sur la voie publique de journaux à sensations appelés canards*.
L’origine du nom vient ,à l’évidence ,de l’appellation des journaux vendus mais certains ont voulu lui trouver comme origine leur voix souvent enrouée ou le fait qu’ils suivaient les ruisseaux dans leur cheminement.
2)Le mot désigne aussi par extension les imprimeurs (et plus particulièrement les compositeurs ..de ces journaux et aussi de tous les journaux quotidiens.
Il a parfois dans ce domaine le sens péjoratif d’ “ imprimeur clandestin “ .
3)Journaliste spécialisé dans les petits échos à sensation et les « canards * «..le terme est péjoratif …
4)On appelait “ Canardières “ les personnels , presqu’exclusivement féminins , recrutés ponctuellement par les entreprises de presse pour faire face à des afflux de travail ponctuels (Catalogues de Noël , période du “Blanc “ etc ...)
Dans certaines entreprises situées dans des quartiers ou la prostitution était florissante , il était de coutume , ( Huysmans s’en est fait lécho dans “ Les sœurs Vatard [1879] ),d’employer des prostituées pour faire face aux afflux subits de travail ...et de leur fournir un alibi lors des rafles et contrôles.