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29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 09:00

ÉVENTAIL

1)En reliure désigne les ficelles qui,après avoir été passées dans les cartons*, sont effilochées en forme d’éventail avant collage pour en diminuer l’épaisseur.

2)Une reliure est dite “À l’éventail” quand elle présente des écoinçons* en quart de cercle et/ou un motif central rayonnant se rapprochant un peu d’une reliure “ centre * et coins “

Le relieur Le Gascon fut ,au XVII° siècle , un adepte de ce décor qu’il traita avec beaucoup de finesse et de délicatesse .

Au XIX° siècle les relieurs Bozérian & Simier reprirent ce genre de décor dans le cadre de la vogue des pastiches qui sévissait alors …

3)Certains livres “À système*” parfois dits “ Flabelliformes * “ “ s’ouvrent à la façon d’un éventail ....elles sont dites “ Biflabellées * “ s’il s’agit d’un double éventail ...

Les “Livres accordéon * “ sont parfois nommés fautivement “ Livres - éventails “

4)Fabriqué par les « Éventaillistes * « ,l’éventail est un accessoire vestimentaire permettant de se rafraîhir en s’ »éventant ».

D’abord nommé « Flabellum * « , “ Esmouchoir* “ ,ou « Vent du Nord « c’est Brantôme qui le baptisa dans “La vie des dames galantes “ à propos d’un éventail offert par la reine Marguerite à l’épouse de Henri III.

Il a très tôt été le support de représentations picturales ou d’inscriptions poétiques :Mrs. Beecher Stowe, l’auteur de “La case de l’oncle Tom “ signale avoir recueilli un éventail chinois datant du XII° siècle et portant des vers de Yong-Meï-Tse ;le trésor de Monza conserve un éventail ayant appartenu à la la reine Théodelinde (# 600) et comportant des inscriptions latines ,l’abbaye de Tournus en conservait un datant du IX° siècle et portant “des vers latins inscrits en capitales d’or de chaque côté de la feuille ...”

Il était d’usage courant au Japon à partir du XII° siècle et son emploi, très codifié ,n’excluait pas de l’utiliser comme missive soit en y inscrivant directement un message soit en l’insérant entres ses plis ;une forme particulière nommée “ Gumbai-uchiwa * “ y servait d’emblême de l’autorité .

Certains éventails sont dédicacés : c’est le cas d’un exemplaire du XIX° siècle composé de 16 lamelles de bois comportant chacune une caricature et une dédicace * différente .

Il a en outre servi de façon constante à abriter sur sa face cachée papiers , lettres , pense-bêtes * et autres accessoires permettant se suppléer à une mémoire défaillante ,constituant ainsi une mini-bibliothèque,un carnet* de bal etc ...cette face cachée fut parfois décorée dans un style radicalement différent de la face visible qui , toujours de bon ton , a parfois abrité à son verso * des scènes très libertines.....

Comme il existe des livres “ à système * “ il a existé des éventails permettant par un système astucieux d’animer la scène qu’ils représentaient : c’était le cas des éventails anagrammatiques sur lesquels une inscription pouvait se changer en une autre à l’aide d’un mécanisme et ou,par exemple, l’anonyme “ Roma “ pouvait devenir “ Amor “ d’une toute autre portée ....

La vogue de l’éventail (49 fabricants et 969 ouvriers à Paris en 1860...) provoqua l’établissement d’un langage complexe visant à l’utiliser comme moyen de communication codé, parfois nommé “ Lettres de vent “,qui est détaillé dans certaines œuvres comme “L’élégante dans la littérature satirique du XVIII° siècle “ de V. Pokroski (1903) ou l’auteur recense plus de 80 manières de tenir un éventail pour signifier un message ...art si complexe qu’au XIX° siècle il a existé à Londres une “ Académie * d’art de l’éventail “

A partir de 1851 et de la première exposition universelle au « Crystal palace « de Londres il a souvent servi à véhiculer un message publicitaire et les grands magasins, le « Tapis rouge « faisant figure de pionnier , furent parmi les premiers à l’utiliser : Le » Bon marché « en 1852,les « Grands magasins du Louvre « en 1855,Le « Printemps « & la « Samaritaine « en 1865,Les « Galeries « en 1896, les « Galeries Lafayette « en 1899 etc Ce média qui fut très courant jusqu’à la seconde guerre mondiale et ne disparut vraiment que dans les années 60.

Il a aussi servi de carnet * de bal,de cadeau-souvenir de voyage ou d’une réception ou ,comme ce fut le cas au XIX° siècle avec l’” Éventail- annonce “ à remplacer le programme de certains théâtres ou à présenter le plan d’un exposition (1867 par exemple )

L’usage publicitaire est resté très vivant au Japon ou des “Utchiwas * “ sont très souvent distribués aux clients des grandes firmes.

Il fut aussi un temps de mode de décorer les éventails de scènes et de textes relatant les grands sujets d’actualité qui alimentaient les conversation ce qui , comme pour les écrans * (Voir à ce mot ), donna naissance à l’expression « Être mis sur les éventails « et suscita des appellation telles que « À la nation ou à la Marat « pour les éventails à décor révolutionnaire .

Certains artistes de renom ne l’ont pas dédaigné comme moyen d’expression et l’on peut ,par exemple, citer deux modèles réalisés par Rose Adler pour l’exposition universelle de 1937 et décorés à l’aide des titres des journaux de l’époque .

On distingue plusieurs types d’éventails :

-Brisés constitués de lamelles séparées

-Pliés recouverts de tissur plié en accordéon

-En forme de bannière parfois nommé « Girouette * « ou « Tchamara* «

-Non pliant de formes diverses :ovale,carré etc …

-Très petit et nommé « Liliputine «

Les éventails pliants sont dits « de plein vol « lorsqu’ils s’ouvrent à 180° et tous les types, pliants ou non, ont accueilli des variantes et des perfectionnements comme par exemple des ouvertures permettant d’observer sans être vu et parfois même une lorgnette dans les éventails dits « Dominos « ,des coulisses permettant de les agrandir,des nécessaires à couture,de beauté etc ….

L’éventail a , naturellement , son langage physique propre :

-Un « Éventail à l’anglaise » est un éventail ne comportant pas de contrefeuille.

-On nomme « Brins » les bois de support des feuilles et contrefeuilles de l’éventail les deux extérieurs se nommant « Panaches «

-La « Gorge « est la partie du brin non recouverte par la feuille.

-Le « Panache « ou « Maître-brin « est une sorte de brin formant étui lorsque l’éventail est fermé .

Il a , en outre été célébré par quelques poètes :

-L’ Anglais Jean Gay au XVII° siècle

-Stéphane Mallarmé qui dans “ L’éventail de mademoiselle Mallarmé “ écrit ” ....sache par un subtil mensonge garder mon aile dans ta main ....”

et qui composa dix-sept poèmes destinés à être inscrits sur des éventails et le célébrant :

“Bel éventail que je mets en émoi

De mon séjour chez une blonde fée

Avec cette aile ouverte, amène moi

Quelque éternelle et rieuse bouffée “

-Derjavine qui écrit : “ Si je possédais la terre entière , je serais un éventail “

- “ Le sceptre d’une belle est vraiment l’éventail “

-Cocteau qui inscrivit en 1919 un poème signé sur un éventail de style japonais.

Sa désignation actuelle,a été précédée de diverses appellations : “ Flabellum * “ Esmouchoir “ , “ Esventour “, “ Esventoir “, »Esventail

Dans le langage des salons répertorié en 1630 dans le “ Dictionnaire des précieuses “ par Antoine Baudeau de Somaize un éventail était un “ Utile Zéphir “ ou un “ Écran de la pudeur “

Dans sa fabrication même , l’éventail n’est pas sans rapports avec la sphère du livre puisque Louis XIV dut légiférer pour trancher un conflit opposant relieurs * et tabletiers * qui voulaient en avoir le monopole ,conflits qui conduisirent les éventaillistes à fusionner avec les luthiers et les tablettiers en 1776.

Certaines œuvres s’en sont inspirées dans leur titre :

- “Le sang et l’éventail “ de Vrangel , L’” Éventail “ de Goldoni (1765), L’”Éventail de lady Windermere “ d’Oscar Wilde (1893),L’”Éventail d’ivoire et l’arc en ciel “ d’Arnold zweig ( 1963) etc ...etc ...

Il a aussi existé quelques ouvrages traitant de sa fabrication et de sa conception parmi lesquels on peut citer : “ L’art de composer et de peindre l’éventail ,l’écran *, le paravent * “ de Fraipont (1893)

Si les “ Ékraventuphiles * .” qui collectionnent les éventails sont nombreux de nos jours , les utilisateurs se sont raréfiès et il n’existe plus que l’atelier parisien de Anne Hoguet qui perpétue la tradition de l’éventail d’art… la survivance la plus courante se cantonnant à présent dans les petits éventails décoratifs ornementant les tables de repas ou piqués sur les « Ice-cream »…

ÉVENTER

Si le sens habituel le plus commun de ce verbe désigne l’usage de l’éventail * il est aussi parfois employé avec le sens de « Feuilleter « pour désigner le geste consistant à manipuler rapidement la tranche d’un ouvrage soit pour en apprécier la souplesse soit,s’il s’agit d’une tranche* peinte , pour en faire apparaître le ou les décors .

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29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 08:51

VENT

1)Le vent peut être considéré comme un des facteurs de destruction * des documents écrits dans la mesure ou il disperse inévitablement ceux qui sont laissés exposés à son action .

Par ailleurs il ne facilite pas la lecture en plein air et peut même la rendre impossible si le format du document lu est important ( Journal par exemple ...)

2)Lorsque madame de Sévigné n’avait pas de lettre de sa fille à laquelle répondre et qu’elle laissait le champ libre à son imagination , elle disait qu’elle écrivait “ sur la plume des vents “

3)Un certain nombre d’ œuvres évoquent le vent comme , par exemple : “ Le vent dans les roseaux “ de William Butler Yeats ( 1899), “ Vent du Sud “ de Georges Norman Douglas (1916) “ Vent du peuple “ de Miguel Hernandez (1937).

4)L’éventail * fut autrefois nommé « Vent du Nord « …

5)Un ouvrage littéraire qui colle à son époque et à du succès pourra être dit « dans le vent « ….

6)Dans la fabrication des papiers marbrés * le mot désigne une bulle se formant sur la couche de colorant et provoquant des lacunes dans l’impression du papier

7) Dire d’un écrit que « C’est du vent « revient à douter de la véracité des propos rapportés ou a souligner leur insignifiance

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28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 08:25

Je parle plus bas de la " Leucosélophobie* " ou " Angoisse de la page blanche " ...

Si cela concerne surtout les écrivains il est,comme en témoigne le petit texte ci-dessous , d'autres pages blanches qui nous concernent tous !

PAGES BLANCHES …..

Pour celui qui me voit assis à mon bureau , il se peut que ce que j’y fais n’ait aucun sens …et je ne lui en veux pas de ne pas le comprendre car il faut du temps pour pénétrer le sens caché des choses et je dois avouer que , moi-même,je ne le comprends pas toujours vraiment !

Mon travail est , à la fois , simple et complexe ;simple car on y a fixé des limites précises et compliqué parce qu’on m’impose une règle bien difficile à satisfaire … !

Sur la gauche de mon bureau je dispose , pour effectuer cette tâche, d’un distributeur de papier qui , tous les matins me délivre un feuille vierge d’un papier de très belle qualité .

Et mon travail consiste à remplir cette feuille comme bon me semble mais sans aucune possibilité de rature ou de repentir …la feuille est numérotée et le distributeur ,qui ne connaît ni dimanches ni fêtes ni vacances, n’en délivre qu’une seule chaque jour …

Quand ,vaille que vaille , j’ai noirci ma page je la pose à droite de mon bureau ou il y en a déjà une jolie pile que personne n’a encore lu…

Voilà , c’est là tout mon travail !

Facile ! direz-vous sans doute ?... mais peut-être changerez vous d’avis lorsque vous saurez qu’il m’est imposé comme condition que la pile de droite soit à chaque instant un tout achevé et cohérent ….un peu comme si vous aviez à faire une dissertation que le surveillant peut inopinément ramasser à tout instant et que l’on exige qu’elle soit , à ce moment , complète et achevée …avouez qu’il y a là une gageure difficile à tenir !

C’est pourtant ce que je m’efforce de faire depuis déjà de nombreuses années comme en témoigne l’impressionnante pile de droite sur mon bureau !

Il m’arrive souvent de craindre que quelqu’un (qui ??...) vienne contrôler cette pile et ,cela, particulièrement au soir des nombreux jours ou je n’ai pu inscrire sur ma feuille que banalités et choses ternes….personne jusqu’ici n’est venu et , au lendemain de ces jours à oublier, je m’efforce d’infléchir les choses dans le bon sens !

Mais cette crainte hante ma vie de petit employé et j’ai beau m’efforcer de n’écrire que des choses orthodoxes et sensées cela ne suffit pas à me rassurer entièrement car je sais bien que ,même si ce contrôle n’arrive jamais , viendra un matin ou mon distributeur de papier refusera de me délivrer une nouvelle feuille…

La veille j’aurai rempli ma page quotidienne et l’aurai posé sur la pile de droite sans savoir que c’était la dernière et que , à cet instant l’œuvre était achevée…

Sans doute quelqu’un viendra-t-il la relever ?...

Que pensera-t-il de mon travail ?...Qu’en fera-t-il ? …Tout cela aura-t-il servi à quelque chose ? autant de questions sans réponse !

Certains de mes collègues me disent que ces papiers ne seront même pas lus … d’autres pensent qu’ils serontt détruits …d’autres ,plus optimistes, qu’ils seront enregistrés, archivés puis oubliés….

Je ne veux pas les croire !...et je pense qu’ils iront s’ajouter à l’immense livre en perpétuel devenir qu’écrit depuis toujours l’humanité à qui ,comme à moi , est tous les jours délivrée une nouvelle page blanche …

Et je veux croire que , malgré l’ incommensurable complexité de ce livre il y a quelque part un lecteur capable d’en saisir le sens !

Mais ,je dois vous quitter ! ce matin a eu la bonté de me gratifier d’encore une page blanche, il me faut, sans penser à demain , aller consciencieusement la remplir et la rajouter à la pile des autres !!

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28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 08:13

LEXICOGRAPHE

Auteur rédigeant un lexique ou un dictionnaire(on peut rencontrer les presque synonymes « Lexigraphe « , “ Dictionnariste * “ ; « Glossariste * «, « Indexeur * «… )

Il y en eût de plusieurs sortes et d’ambitions variées , les uns visant à rassembler en un seul ouvrage la totalité du langage , les autres se limitant à un secteur précis , d’autres encore, comme Herbinot , voulant trouver une étymologie Hébraïque à tous les mots français et n’hésitant pas à les “ détorquer * “ pour les faire cadrer avec leur théorie.

On pourrait croire qu’en raison de leur petit nombre , l’harmonie régna toujours dans le groupe à part qu’ils constituent dans la “ république des lettres “ ....ce n’est pas exactement vrai et les cas de discorde furent nombreux , le plus éclatant donnant lieu à la “ Bataille * des dictionnaires “ à l’issue de laquelle Furetière fut exclu de l’académie française.

Nombreux sont en outre les dictionnaires anciens dans lesquels le lexicographe s’est laissé aller à critiquer ses confrères comme le constate Firmin Maillard lorsqu’il écrit en 1896 dans “ Les passionnés du livre “ : “ Tout le monde connaît l’humeur atrabilaire des grammairiens et des faiseurs de dictionnaires ...” …en restant très loin de l’exhaustivité on peut citer :

- Ch.Lavaux qui fustige d’innombrables fois le dictionnaire de l’académie dans son “ Nouveau dictionnaire de la langue française “ (1820) (frustration due à un refus de candidure ??...)

-Bachelet et Dezobry qui dans leur “Dictionnaire des lettres , beaux-arts, sciences morales et politiques “daté de 1842 traitent Bayle d’ “ Amasseur de nuages “ et trouvent son “ Dictionnaire historique et critique “ “...point composé ....très fatigant ....au style incorrect,lâche et diffus ....”

- Pierre Larousse qui , dans sa préface du “Grand dictionnaire universel du XIX° siècle “ trouve au “Dictionnaire français “ de Ménage (1650 ) “Plus d’esprit que de jugement ...”et des étymologies “qui ne sont que des suppositions ...”,au dictionnaire de Trévoux (1721) une certaine inexactitude des définitions et un choix peu judicieux des exemples , au dictionnaire de Boiste (1800) des étymologies “sans la moindre valeur ‘ et des figures qui sont “ de véritables grimoires “ , au dictionnaire de Lavaux(1802) une trop grande place donnée aux termes d’histoire naturelle , au dictionnaire de Littré (1863) des confusions entre sens propres et figurés , des définitions scabreuses et une présentation typographique touffue , au “ Dictionnaire de la conversation et de la lecture “ (1832 )d’être un “ salmigondis comme il n’en fut jamais servi sur les tables boiteuses du “ Lapin blanc “ “ ....

- Richelet qui,en 1680, se venge d’une humiliation infligée par Thomas de Lorme en le citant à l’article “ Allobroge “ de son dictionnaire : “ Le seigneur Thomas de Lorme....parle français comme un allobroge et pense comme un pauvre animal “

- Prosper Poitevin auteur d’un “Dictionnaire de la langue française “ (1850) qui critique vivement Bescherelle * et son “ Dictionnaire national “ (1845) et écrit de lui : “ Donner du vôtre eût été moins commode ..et c’eût d’ailleurs été de mauvais goût “

- La querelle sur la prononciation du mot “ second “ conduisant Bescherelle à écrire à propos de Napoléon Landais : “ Ce lexicographe aventureux se trompe et paraît méconnaître complètement le mécanisme des langues ...”

Comme on le voit , le petit monde des lexicographes ne fut pas toujours un long fleuve tranquille ....de nos jours ces querelles paraissent quelque peu apaisées mais parmi la profusion de dictionnaires de tous genres parus dans les deux dernières décennies certains pourraient sans doute mériter quelques remarques ..je ne m’y laisserai pas aller ,conscients que je suis des innombrables critiques que cet ouvrage peut lui-même , et à plus d’un titre , mériter !!

C’est un lieu commun de dire qu’un dictionnaire est une œuvre collective : “ Moins que tout autre publication un dictionnaire n’est et ne peut être à notre époque une œuvre individuelle “ disent les auteurs d’ “ Orthographe et Lexicographie “ (1971) .

La remarque est sans aucun doute vraie pour les dictionnaires ayant pour ambition d’embrasser l’ensemble des mots d’une langue mais elle l’est bien moins pour ceux qui n’ envisagent qu’un domaine précis ,plus ou moins vaste, du langage et , là, les lexicographes solitaires sont nombreux ...

Les deux méthodes ont leurs inconvénients :

-Dans les dictionnaires composés par des collaborateurs nombreux peuvent subsister certaines disparités entre les rédactions et le style des divers articles ,le placement des renvois * ou dans l’usage des signes conventionnels ou phonétiques ...

Des compilations minutieuses du “ Robert “ , et des “ Larousse “ ont mis en lumière un certain nombre de ces imperfections montrant par là toute la difficulté de la lexicographie même assistée des puissants moyens d’une grande maison d’édition .

-Les dictionnaires rédigés par un lexicographe solitaire peuvent présenter de nombreux défauts à tous les niveaux : choix des entrées * ,système de renvois*, définitions et linguistique , références, domaine mal défini ou mal respecté, etc ...etc..

Ce sont des œuvres marquées de la personnalité de leurs auteurs qui , souvent , donnent leur avis , et elles doivent être jugées comme les autres œuvres littéraires ...

Pour conclure , notons que la lexicographie est indissociable de la compilation* et ne peut se passer du recours à d’autres œuvres publiées …et , de Voltaire écrivant « On fait les livres avec des livres « à Littré disant à Quicherat « je me suis déjà beaucoup servi de ton dictionnaire «en passant par Robert qui disait « Un dictionnaire doit toujours beaucoup à ceux qui l’ont précédé « ou Heine dont la devise était « Ex nihilo nihil fit « tous les lexicographes l’ont reconnu ….

Et c’est sans doute pour cela qu’il ont longtemps été (et sont parfois encore ..) considérés avec condescendance par les « Gendelettres* : « Scaliger parlait d’eux comme « De telles gens … » , Samuel Johnson les nommait « Harmless* drudge « (1755),Victor Hugo écrivait que « Les dictionnaires sont faits par des ânes « et par de nombreux autres,ils ont été baptisés plagiaires *, pilleurs*, catalographes*,cuistres*, amasseurs de nuages, allobroges, soutiers ou grimauds ,la liste est longue des épithètes peu flatteuses qui leur furent appliquées.. !

D’ailleurs ,bien qu’elle s’adonne elle-même à la lexicographie , l’académie n’accueillit qu’assez peu de lexicographes en son sein et ses rapports avec eux ne furent pas toujours exempts de nuages …ses démêlés avec Richelet et surtout Furetière sont restés dans les mémoires …

Mais , tous ces lexicographes présentent , dans leur diversité , au moins un point commun :la persévérance et l’obstination à poursuivre contre vents et marées la tâche qu’ils se sont fixée dussent-ils comme ce fut le cas pour certains , y laisser leur santé …..

Les aristarques, les persifleurs et les faiseurs d’épigrammes de tout poil peuvent bien s’époumoner , dos courbé sur son andain quotidien le dictionnariste débroussaille imperturbablement sa route à travers la jungle des mots certain qu’il est d’être encore silencieusement là longtemps après leur chant du cygne .. !

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27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 09:11

COCHER

1)Dans le langage des ateliers d’imprimerie : conducteur d’une machine typographique .

2)Petit livret de vélin utilisé par les batteurs d’or pour dégrossir les feuilles

On le nomme aussi “Emplure * “

3)Action de marquer un passage d’un texte en y inscrivant une marque appelée “ coche * “

La question de savoir dans quelle mesure cette pratique dévalorise un ouvrage est controversée ...les bibliophiles la vouent aux gémonies ( sauf si le "cocheur " est célèbre !...),d'autres y sont indifférents et d'autres encore y trouvent matière à réflexion en s'appesantissant sur le passage coché que sans cela ils n'auraient peut-être pas remarqué..

La meilleure pratique paraît être de noter ses réflexions sur une feuille séparée ou , si l'on tient à le faire à même le livre , au crayon de façon reversible ...

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27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 09:07

ULTRA-VIOLETS

1)Technique utilisant la lumière du spectre ultra-violet pour examiner des documents et y faire apparaître inscriptions sous-jacentes,additions, modifications etc ...soit dans un but d’étude paléographique soit pour rechercher des falsifications .

Par l’usage de filtres appropriés on peut ainsi faire apparaître les inscriptions effacées d’un palimpseste *.

2)Les rayonnements ultra-violets contenus dans la lumière naturelle sont très néfastes pour les livres qui y sont exposés et responsables des principaux méfaits répertoriés sous le vocable “ Insolé *

S’en protéger est difficile et , outre l’usage onéreux de vitrages spéciaux, la seule méthode est de veiller au tamisage ou à l’occultation de la lumière,solaire ou lunaire , émanant des baies vitrées et frappant directement les livres .

Cet élément n’est pas toujours très bien pris en compte dans la conception des bibliothèques comme on l’a vu pour la “ TGB * “ lors de son inauguration .

3)Il existe des stylos dont l’ encre spéciale n’est visible qu’en lumière ultra-violette ; ils sont en général équipés d’un source de lumière de ce type dans leur capuchon .

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26 janvier 2016 2 26 /01 /janvier /2016 09:23

RÉVOLVER

Outre le fait qu’il fut l’arme de quelques duels* entre gens de lettres (encore que le pistolet fut plus courant ..)le révolver intervient dans la vie d’une foule de héros littéraires qui , victimes ou assassins , ont vu leur destin radicalement changé par son usage .

Parfois , le révolver joue un rôle inattendu comme pour ne citer que ce cas pour celui que Marcel Proust offrit en cadeau lors du mariage du comte de Guiche et de la comtesse Grefuhle …

Le mot figure dans le titre de certaines œuvres comme , par exemple le recueil de poèmes surréalistes : »Le révolver à cheveux blancs « de André Breton (1932)

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25 janvier 2016 1 25 /01 /janvier /2016 09:36

COQ À L'ÂNE

Le “ Coq à l’âne “ qui désigne de nos jours le passage sans aucun lien d’une idée à une autre très différente a , par le passé désigné un genre poétique , sans doute créé par Clément Marot au XVI° siècle pour pouvoir critiquer les institutions sur un mode satirique moins répréhensible que l’écrit classique :il utilisait des épîtres * en octosyllabes avec rimes plates et commentait de l’actualité de façon décousue ….

Le genre,parfois classé dans l’ » Esthétique satyrique « , était voisin du “ Non * sens “ ,de la “ Satire * “ ,du « Pasquil * «de la « Fricassée * »,du « Galimatias * « et de la “ Pasquinade * "

Avec Mathurin Régnier et Sigogne ,Il tourna ensuite vers une manière plus bouffonne ,carnavalesque et parfois leste que ne dédaigna pas Brusquet le fou de François 1°,Henry II,François II et Charles IX ….

Ce genre n’étant plus très prisé de nos jours , l’acception la plus courante du mot est celle citée en début d’article et qui peut soit qualifier péjorativement un texte décousu , soit ,au contraire, louer une œuvre abordant avec talents des thèmes très variés….en se souvenant que le « Coq à l’âne « est l’essence même de certaines œuvres comme les dictionnaires …

L’hypothèse qui voudrait qu’il ait servi de système de cryptage * des messages durant les guerres de religion n’est pas très bien étayée et il semble que ce soit l’obscurité de nombreux coq-à l’âne qui l’ait accréditée à tort ….

On peut rencontrer le synonyme moins courant « Taureau irlandais « issue du mot anglais « Bull » désignant à la fois un taureau et une lapalissade* ou un illogisme.

Audiberti a employé le néologisme dérivé « Coq-à-l’âme « pour ironiser sur les conversations à bâtons rompus entendues dans certains milieux se parant volontiers de philosophie ou de psychologie et toujours prêts à « Coq-à-l’âmer « ….et le terme a été repris par Lynda Lemay dans l’une de ses récentes chansons …

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25 janvier 2016 1 25 /01 /janvier /2016 09:28

TRUISME

Le mot issu de l’anglais « True « (Vérité) est synonyme de banalité ou d’évidence ...bien des auteurs,connus ou inconnus, en ont commis:

-Racine :” Souvent il est fatal de vivre trop longtemps

-Victor Hugo : “ Hélas que j’en ai vu mourir des jeunes filles ,c’est le destin ,il faut une proie au trépas

-Anonyme : “ L’Empereur Guillaume est arrivé hier à Londres et y restera jusqu’a son départ ...”

Il existe des recueils spécialisés rassemblant ces “perles * ” parfois en compagnie de coquilles* ,allitérations curieuses et autres “lapsus* calami”...

Une œuvre de Marie Darrieussecq (1996) porte ce titre.

Le truisme est voisin de la « Lapalissade* « et , , parfois de la « Tautologie * « (voir ci-dessous )

Dans une moindre mesure le « Coq*à l’âne « présente parfois avec lui quelque parenté

TAUTOLOGIE

Répétition ,dans un même texte, d’une idée sous des formes différentes .

Elle ne doit pas être confondue avec la “ Battologie * “ qui est la répétition d’une même phrase .

Dans certaines langues ,l’espagnol par exemple , la tautologie est “culturelle “ et donc fréquente .

On peut rencontrer l’ancienne appellation « Taftologie «

LAPALISSADE

Le mot, qui paraît avoir été initié par les Goncourt vers 1870, désigne l’expression d’une proposition si évidente que son affirmation en devient ridicule .

On en attribue à tort l’origine à Jacques II de Chabannes seigneur de La Palice et maréchal de François I°qui semble-t-il ne se livrait pas à cet exercice…..

Mais, à l’occasion de sa mort à la bataille de Pavie en 1525 , ses troupes composèrent un « Tombeau * comportant le truisme* devenu fameux

« Monsieur de la Palice est mort

Est mort devant Pavie

Un quart d’heure avant sa mort

Il était encore en vie «

Repris sous une forme abrégée dans son épitaphe :

« Ci-Git le seigneur de la Palice,s’il n’était mort il serait encore en vie «

On désigna alors par le mot « Lapalissade « tout énoncé d’évidence….et le seigneur de la Palice passa à la postérité..

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24 janvier 2016 7 24 /01 /janvier /2016 07:31

ROTRING

Nom propre (devenu commun) d’une marque d’instrument de dessin désignant un stylographe à plume aiguille* tubulaire calibrée interchangeable permettant de traçer des traits de diverses épaisseurs....il à supplanté l’usage du tire-ligne *et à pour concurrent le graphos *lui aussi devenu nom commun …

Á l’origine la marque de ces instruments était « Tintenkuli « mais l’anneau rouge qu’ils portaient les fit rapidement surnommer « Rote Ring « nom qui est resté sous la forme contractée de « Rotring « .

C’est en outre l’un des rares fabricants qui propose un stylographe* spécialement conçu pour la calligraphie * : le “Art-Pen”

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