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8 juillet 2017 6 08 /07 /juillet /2017 07:53

 

UNIQUE    

                    

                                 1)Un exemplaire “Uniqueest un livre qui présente des caractéristiques que l’on ne retrouve sur aucun autre(on dit parfois “ Unica *  “ )

                     Il peut n’avoir été réalisé qu’à un seul exemplaire , comme ceux imprimés sur vélin ,que la maison Mame présenta à l’exposition de 1855 ,ou bien avoir reçu des annotations,des dessins originaux ,une décoration  inédits....

                     Les “ Livres - objets  *  “sont souvent réalisés à un seul exemplaire ...

                     Certains bibliophiles se sont fait réaliser des exemplaires uniques , d’autres étaient si célèbres qu’ils les suscitaient ; c’est le cas des frères Goncourt à l’intention desquels de nombreux auteurs firent réaliser des exemplaires uniques  de leurs œuvres tirés sur papier spécial , enrichis de gravures originales , d’envois, de fragments du manuscrit etc ...

                     Un exemplaire unique a toujours une valeur bibliophilique...et  ,du fait de sa rareté , une valeur ajoutée considérable ce qui explique l’existence de  certaines manœuvres peu orthodoxes le concernant telles que :

                     -”Organisation “ de la rareté d’un ouvrage en ne le présentant qu’à l’unité  alors que l’on en possède plusieurs exemplaires..

                     -Destruction volontaire d’exemplaires pour qu’il n’en reste qu’un seul ….on connaît des cas de bibliophiles ayant acquis fort cher un livre  pour le détruire aussitôt afin que l’exemplaire en leur possession reste unique .

                     -Ajouts artificiels et sans discernement de documents n’ayant qu’un rapport lointain  avec le livre etc ...etc ...

 

                     La mention «  Unique exemplaire connu » ne signifie pas que le livre concerné est réellement unique mais que l’on n’en connaît qu’un seul exemplaire … la disparition des autres pouvant tenir à toutes les causes connues de destruction des livres …et la réapparition d’autres exemplaires à l’occasion de successions ou de ventes n’étant jamais exclue …et provoquant un effondrement de sa cote marchande ….

            Parmi ceux-cis on peut citer  les  »Sonetti «  de Pétrarque(1473)ou l’ «  Ésope «  de Caxton(1484)

                     Il existe des bibliographies recensant les exemplaires uniques  comme , par exemple «  Livres perdus et exemplaires uniques «(1882)  De J.M. Quérard  et G.Brunet ou «  Essai de bibliographie des livres français perdus ou peu connus «(1880)  de Paul Lacroix alias le «  Bibliophile Jacob « 

                                 2)Certains ont rêvé d’un livre “ Unique qui rassemblerait à lui seul toutes les connaissances : de nombreuses fictions ou utopies du XVIII° l’envisagent  et l’esprit encyclopédique n’était pas exempt de cette idée ....qui n’a pas complètement  disparu : certains parlent de “ Livre Total * “   ,d’autres de “ Livre universel  “ , José Luis Borgés l’a glorifié sous la forme d’un “ Livre de sable * “  aux nombre de pages infini et n’ayant ni début ni fin ,  et l’écrivain Richter rêvait de  “faire un seul grand roman de tous ses romans ...”

                     Pour certains c’est la bible * , pour d’autres ce peut être n’importe quel livre et Blaise Cendrars parle dans “L’Homme foudroyé “ d’un livre acquis à Rio ,sorte de fourre-tout ou de “ Miscellanées  *  “  populaire , qu’il jugea, durant un temps , seul apte à être “ fourré “dans les soufflets des portières  de sa voiture.   

                     Alain Nadaud  fait fort justement  remarquer dans son ouvrage “ Ivre de livres  “  que  cette quête du livre unique traduit une grande insatisfaction et met en lumière une certaine impuissance du livre à répondre complètement aux aspirations des lecteurs .

                     Le mythe est récurrent d’un livre unique qui aurait existé à l’origine de l’humanité et aurait été perdu et nombreux sont ceux qui se sont interrogés à ce propos dont , pour ne citer que lui , Stéphane Mallarmé qui considérait tous les livres comme “ ..un immense concours pour le texte véridique “ (in “ Crise de vers “ ) et s’attela à partir de 1866 à une recherche métaphysique le concernant en rédigeant des notes et des brouillons qui ,à l’examen s’avérèrent assez décevants ...

                                 3)D’autres,comme Peignot , ont caressé l’espoir d’un format unique qui simplifierait le rangement des bibliothèques ....

                                 4)D’autres encore dans un désir altruiste de culture mise à la portée de tous ont rêvé de “ Prix unique  “ pour le livre .

            L’entendre comme “ Prix unique  “ quel que soit l’ouvrage est totalement utopique car entre la réalisation  d’une plaquette et celle d’un volumineux ouvrage illustré il y a une différence de coût qui ne pourrait alors qu’être prise en charge par un organisme d’état avec de gros  risques d’atteinte à la liberté d’expression ....

                     Le concevoir comme “ Prix unique “ d’un ouvrage donné sur un même territoire est  plus réaliste et plusieurs pays ont légiféré en ce sens : « Net book price ageement » et «  Fixed book price «  pour les pays anglo-saxons et « Loi Lang » pour la France qui harmonise le prix du livre pour l’ensemble du territoire en permettant seulement un rabais de 5% et en réglementant les soldes *.

                     Mais, pour des pays très étendus, se pose cependant avec acuité   le problème du coût du transport… (La Chine ,bien que très vaste, pratique ce système ...)

 

 

                     5)Il faut enfin envisager le cas de ceux , rares à présent , qui ne possèdent qu’un seul livre :le cas fut fréquent autrefois ou il était courant de n’avoir qu’un seul ouvrage , les best*-sellers du genre se partageant entre livres d’heures* , bibles*, et Almanachs* lus et relus et acquérant au fil du temps valeur de fétiche* ou de livre apotropaïque *.

                  Michelet , dans « Nos fils «  (1869) se fait l’écho de cette pratique lorsqu’il écrit : « ….l’ouvrier , le pauvre répétaient volontiers :MON LIVRE» 

            6) Une autre catégorie de «  Livre unique «  est celle concernant les auteurs qui n’ont publié qu’un seul livre …

            Si l’on exclue ceux dont le premier livre fut un échec qui les dissuada d’en écrire d’autres   on peut cependant  recenser quelques écrivains dont le premier livre connut le succès  mais n’eût pas ou très peu de successeurs … :

            -Choderlos de Laclos et ses «  Liaisons dangereuses « 

            -Giacomo Casanova et son « Histoire de ma vie « .

            -Alain Fournier et «  Le grand Meaulnes « 

            -Raymond Radiguet et «  Le diable au corps «  & «  Le bal du comte d’ Orgel « 

            -Proust dont «  La recherche du temps perdu «  peut être considérée comme un livre unique

-etc ….

         Les causes en sont multiples  …impossibilité  ou angoisse de ne pas être à la hauteur du premier face à la rédaction du second ….sentiment d’avoir tout dit …mort prématurée ….développement d’un seul et même thème ….

         Le succès foudroyant et souvent imprévu de certaines premières œuvres  encensées et primées dès leur parution a souvent  paralysé leurs auteurs  qui se révélèrent incapables de pérenniser leur succès initial ; en témoigne la liste des prix littéraires dont nombre de lauréats sont à présent totalement oubliés ….qu’ils aient obtenu le prestigieux Goncourt  (John Antoine Nau -1903- Marius Ary Le Blond -1909-André Perrin -1936 ) le non moins prestigieux Renaudot (Armand Lunel-1926-Louis Françis -1934- André Perrin – 1956 ..) ou d’autres ….

         7) À ceux qui ne jurent que par un seul livre  s'applique la formule  de Saint Thomas d’Aquin:

TIMEO HOMINEM UNIUS LIBRI      signifiant :”Je crains l’homme d’un seul livre  ” par lesquelles il voulait souligner le fait que l’homme qui ne connaît qu’un livre unique * mais le connaît à fond est redoutable par la parfaite connaissance qu’il en a....

                                               Mais ce sens primitif,rarement rencontré, a évolué vers plusieurs interprétations  :

          -Tout d’abord l’idée qu’il faut craindre l’homme qui ne connaît ou ne jure que par un seul livre et  a une grande étroitesse de vue  et très peu d’éléments comparatifs  de jugement.....c’est dans ce sens que certains l’appliquent aux «  Religions du livre « : Judaïsme, Christianime,Islam        

                        -Ensuite pour fustiger ceux qui n’ayant lu qu’un seul livre croient tout connaître et se comportent avec pédantisme* ou en parfaits cuistres * .

 

L’expression est le plus souvent  utilisée  sous sa forme française mais , dans quelques textes on peut rencontrer les formes latines voisines : «  Timeo lectorem unius libri «  (Je crains le lecteur d’un seul livre «  ) ou «  Cave ab homine unius libri «  ( Prenez garde à l’homme d’un seul livre «  )

                       Cette devise est inscrite ,avec ce dernier sens , au fronton de la société de lecture  de Genève...

              2)Abrégée en « unius libri «  ou paraphrasée en «  Unius libelli «  elle est parfois rencontrée qualifiant un écrivain qui n’a écrit qu’un seul livre ou dont  une des œuvres écrase les autres de sa célébrité : »Don quichotte «  pour Cervantès  ou «  Madame Bovary «  pour Flaubert par exemple …

              On peut aussi donner en exemple Montaigne et ses «  Essais «  ou Proust et sa « Recherche du temps perdu «…   

 

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