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31 juillet 2017 1 31 /07 /juillet /2017 07:44

 

ENCYCLOPÉDIE     

 

            Ouvrage ambitionnant de traiter de l’ensemble des connaissances humaines.

            La première occurence française de ce mot se trouve dans le manuscrit  de Guillaume Budé “L’institution du prince “  ( 1522) et , pour les livres imprimés ,dans le livre XX de  “ Pantagruel  “ de Rabelais ( 1532  ...)

            Auparavant les ouvrages à caractère encyclopédique étaient nommés “ Summa *  “ , “ Speculum * “ , “ Ymago * “ , “ Trésor * “ , “ Tableau  * “ ,”Miroir *   “ , “ Monument * “..,Thésaurus  *  “  ou “ Thrésor  “ ....

            Les plus anciennes connues sont  la “Speusippe* ” (370 AJC) l’encyclopédie chinoise manuscrite intitulée “Yung-lo-ta-tien*” écrite vers 1403/08 et qui  fut suivie au XVIII° siècle par la gigantesque” See-coo-tswen-choo*”  qui vient d’être réédité en 2000 à Shangaï  et comporte  1800 volumes de 700 pages  pour la modique somme de 55000$ ....

            L’antiquité paraît avoir connu quelques ouvrages établis dans cet esprit :”Les neuf livres d’instruction  ” de Varron dont on ne connait que l‘existence ,le “De natura rerum “ de Lucrèce,l ‘ “Histoire naturelle “ de Pline l’Ancien.....  et des tentatives encyclopédiques eurent lieu telle celle d’Assurbanipal qui essayant de rassembler toutes les connaissances de son temps et créant à Ninive la première bibliothèque universelle déclarait : “ J’ai rassemblé la sagesse d’Akkad,de Sumer et de Babylone ...”

            En occident  quelques ouvrages présentant ce caractère ont pour auteurs  Marciannus Capelle l’Africain ( V° Siècle ) ,Isidore de Séville (“Les Étymologiæ rerum sive origines  “  “ VI° siècle -20 livres) ,Vincent de Beauvais (“Spéculum naturale,doctrinale,historiale  “ XIII° siècle )-Brunetto Latini (“Livre dou trésor “)

            Le moine italien Ambrogio dei Conti di Calepino  publia à Reggio en 1502 , un ouvrage encyclopédique en latin intitulé “Cornucopia ” qui eut un succès si considérable qu’on le désigna par la nom abrégé de son auteur -Rhodiginus qui publia une encyclopédie vers 1515 -

            Arnaud de Villeneuve ( “ Régimen sanitatis  “ )  puis le dictionnaire de Bayle ( 1697) ; le premier ouvrage francais portant le titre d’encyclopédie fut  “ L’encyclopédie des beaux esprits ,contenant les moyens de parvenir à la connaissance des belles sciences “ ( Saunier -1657)

            Les encyclopédies du moyen-âge peuvent porter des noms variés : “ De natura rerum  “ , “ De rerum naturis  “ , “ De propriétatitibus rerum “ , Speculum Maius  “ , Imago mundi  “ , “ Conpendium philosopiæ  “ etc ...etc ...

            L’encyclopédie de Chambers publiée en 1728 en Angleterre inspira celle de Diderot et D’Alembert  qui,ne devant être au départ qu’une traduction de l’ouvrage anglais  ,atteignit 35 volumes en  faisant le point des connaissances de l’époque (avec,parfois,une certaine partialité ou des intentions politiques ....) dans des notices rédigées par plus de 200 collaborateurs dont , comme l’annonce la première phrase-«  L’encyclopédie que nous présentons au public,est,comme son titre l’annonce , l’ouvrage d’une société de gens de lettres . »- quelques uns trés célèbres tels que Voltaire ou Rousseau.... :

            Cette  publication,qui s’étala sur de nombreuses  années (1751-1780), rencontra des difficultés multiples, souleva de nombreux enthousiasmes,et  suscita de nombreuses oppositions : condamnation par le parlement ( 23 Janvier 1759) et par le pape Clément XIII (bref du 3 Décembre 1759),retrait du privilège* royal ( 8 Mars 1759),mise à l’index par Rome ( 3 Septembre 1759) * sans compter les  furieuses critiques parmi lesquelles on peut citer :

                   -”Jusqu’ici l’enfer avait vomi son venin goutte à goutte....aujourd’hui ce sont des torrents d’erreurs qui tendent à submerger la foi ....” (Mgr. de Verthamon Archevèque de Montauban- 1752)

                   - “Nous ne comprenons pas la rage qui poussait tous ces philosophes à se ravaler au rang de la brute ...” (Cours de littérature -1862)

                   -” Les deux plus informes productions de l’esprit humain sont l’Encyclopédie et la Constitution.. (Joseph Le Maistre - 1883)

                   -« Le livre le plus précieux pour un financier  c’est l’Encyclopédie ; d’abord ;, parce que ce livre est  cher , ensuite parce qu’il a entendu dire que cet ouvrage volumineux  avaitr apporté de l’argent « - 1781- Louis-Sébastien Mercier dans son «  Tableau de Paris « 

Ces critiques et l’avis du conseil du roi (1759) conduisirent d’ailleurs à publier les dix derniers volumes de façon semi- clandestine sous la fausse étiquette de “ Samuel Faulche libraire et imprimeur à Neuchâtel

  Cette édition fit l’objet de  coupes “ sauvages  ” pratiquées par l’imprimeur Le Breton sans l’assentiment des auteurs...

            Ces coupes,en définitive assez  mineures , furent rassemblées par l’éditeur  dans un volume de supplément de 318 pages   joint à son exemplaire personnel de l’encyclopédie...!

            Dans son testament  il légua  à son notaire Maître Boursier soit un diamant d’une valeur de 2400 livres soit cet exemplaire personnel de l’encyclopédie ...on ignore le choix que fit celui-ci mais l’exemplaire put être suivi lors des ventes successives dont il fit l’objet jusqu’à son achat en Angleterre par un certain Gordon .   

Mais , malgré ces tracas ,l’encyclopédie put continuer à paraître et  connut 17 éditions successives dont l’étude est d’un extraordinaire complexité car aux éditions officielles se mêlent des éditions “postiches  * “ ou «  Arlequines * «  réalisées à l’initiative des imprimeurs à l’aide des défets * ou des “ mains de passe * “ ...si l’on ajoute à cela le fait que ,pour une même édition ,les pages de titre ne portent pas toujours des indications identiques on comprendra que “ l’encyclopédie “ est une spécialité bibliophilique à part entière …spécialité dont l’intérêt matériel n’est pas toujours absent étant donnés les prix qu’elle atteint sur le marché du livre ancien : un exemplaire complet de ses 35 volumes était proposé en 2009 sur un catalogue de libraire en ancien au prix de  55000€…

                   Elle fut par la suite reprise par l’éditeur Suisse Pancoucke sous un format plus maniable    comportant ,théoriquement ,  166 volumes de texte et 40 volumes de planches représentant 48 dictionnaires spécialisés mais le nombre de volumes  est trés variable selon les reliures et peut aller jusqu’à 300 ...parmi les très rares collections complètes on peut mentionner celle qui se trouve à la bibliothèque du musée Teylers à Harlem et celle de la banque de France dont la reliure a fait l’objet d’une réfection dans ses ateliers .

            Censée ,au départ , n’être qu’une réédition  de l’encyclopédie de Diderot,elle fut ,en fait ,un ouvrage original qui fut lui aussi en bute aux tracasseries  comme la saisie en 1770 de 6000 exemplaires des trois premiers volumes qui furent placés ...à la Bastille !

            D’autres éditions ,souvent non autorisées,virent le jour en Italie (Livourne ) et surtout en Suisse (“ Encyclopédie Yverdon “ puis réédition de l’originale ) toutes éditions faisant l’objet  d’une sévère répression lors de leur circulation en France .

            Il faudra attendre le règne de Louis XVI pour que ,vers 1775, l’encyclopédie puisse être légalisée....

            Certains historiens pensent que sa publication a joué un rôle non négligeable dans la genèse de la révolution française .

            Avec le recul ,on doit reconnaître qu’elle présentait de nombreuses qualités en faisant un point détaillé d’une foule de questions mais qu’elle n’a pas toujours  su rester simple comme en témoigne ,par exemple, cette description de la  façon d’écrire la lettre “ f “  : “ ...c’est dans l’italienne et la ronde ,la huitième,la première et la seconde partie  de l’O ,trois flancs de l’O l’un sur l’autre ,et la queue de la première partie de l’ X “ ....comprenne qui pourra !

            L’Encyclopédie a été l’un des premiers ouvrages vendu en souscription*( le prix en était de 280 livres ) et malgré toutes les viscissitudes subies il en fut édité 4225 collections complètes .

            Son prix la limita, bien sûr, à une certaine élite ce que n’ont pas manqué de souligner les abréviateurs * qui en publièrent des “ Digest  * “ parfois destinés à la jeunesse comme l’”Encyclopédie pour les enfants “  que publia J. Grasset de Saint Sauveur en 1812 en 24 volumes.

            Il est à noter que ,bien que les idées de ses rédacteurs   ne soient  pas toujours  dans le droit fil de leurs croyances,l’encyclopédie fut acquise par de nombreuses abbayes,congrégations ou ordres religieux (sans parler des Jésuites qui publiant le “Dictionnaire de Trévoux  ” acquirent “l’encyclopédie”  afin  d’y débusquer tout ce qui pouvait être utilisé pour lui nuire ...)

            Flaubert n’a pas manqué de relever les lieux communs à son    propos ,et l’on peut lire dans son “ Dictionnaire des idées reçues   “  au mot “ Encyclopédie : “ En rire de pitié (comme étant un ouvrage rococo ),(et même tonner contre  )                   

            L’encyclopédie militaire parut de 1770 à 1871.

            En France parut de 1885 à 1902 (31 gros volumes in-folio) la “Grande encyclopédie ,inventaire raisonné des sciences ,des lettres et des arts par une société de savants et de gens de lettres “ dont les articles étaient signés de notabilités de l’époque ( Berthelot ,Brunetière,etc...)

            Depuis, l’ambition  de réunir tout le savoir en un seul livre a disparu, mais de nombreux ouvrages  encyclopédiques ont parus : ils se présentent souvent  sous la forme de dictionnaires qui ,outre la définition classique des mots,apportent des compléments techniques ,historiques ,sociologiques etc....

            En outre de nombreuses encyclopédies limitées à un domaine particulier on vu le jour.

            Une forme moderne d’encyclopédie s’est répandue vers la fin des années 50:il s’agit des encyclopédies vendues en fascicules* à périodicité régulière qui eurent  un gros succès populaire....l’archétype en fut ,en France ,l’encyclopédie “Alpha” qui s’est vendue à 700000 exemplaires pour son premier numéro en 1967 (mais,en général,les ventes  baissent de plus de 50% entre le premier  et le dixième numéros....)

            Le procédé de diffusion de ces ouvrages renoue avec la pratique des livraisons* du siècle dernier et ,pour ce qui concerne les encyclopédies, la première manifestation en France avait été la diffusion de 1928 à 1934 d’une “Encyclopédie anarchiste” ,sous la direction de Sébastien Faure, vendue   par fascicules et  constituant ,in fine, un ouvrage de  quatre volumes* et 2893 pages .

            La distinction entre dictionnaire * , dictionnaire encyclopédique  et encyclopédie est parfois un peu floue ...disons qu’en général le dictionnaire s’adresse à un public désirant trouver rapidement  un renseignement succint et pratique  alors que l’encyclopédie vise plutôt  un public souhaitant approfondir une question : D’Alembert disait déjà à propos de son  encyclopédie  qu’  “ Un dictionnaire est fait pour la multitude tandis que la présentation encyclopédique est  plutôt destinée aux gens éclairés ...”

            On rencontre parfois la dénomination “ encyclopédie permanente  *  “ pour désigner une  encyclopédie à mise à jour périodique soit par publication de volumes supplémentaires (“Encyclopédia universalis “par exemple ...) soit par édition de cahiers à insérer dans une reliure à vis * ou autre système  spécialement conçu   (Encyclopédie “ Clartés  “ par exemple )...

Les encyclopédies modernes furent essentiellement diffusées par courtage à domicile  avec souvent pour argument qu’il s’agissait de l’investissement de toute une vie mais il faut bien admettre que la plupart d’entr’elles soit se virent rapidement périmées , soit   furent très franchement supplantées  par l’apparition de l’informatique ,logiciels à charger d’abord , Internet ensuite ….

            La rédaction d’une enyclopédie fait la plupart du temps appel à de nombreux intervenants  spécialisés dans les thèmes abordés et cette multiplicité d’auteurs impose au «  Directeur de publication «  une harmonisation afin d’éviter les variations de niveau , les redondances ,les interactions parasites ou les contradictions entre les articles etc …

Le choix des sujets traités ,des entrées *et de Vedettes * étant lui-même sujet à polémique et toujours susceptible d’être contesté …. 

 

            Pour conclure , on peut méditer sur cette définition de l’encyclopédie donnée dans la préface de l’édition de 1718 du dictionnaire  de Moréri :

            “En un mot c’est un livre pour les savants et pour les ignorants ,dans lequel on trouve un fonds de science qui instruit les derniers et qui met les premiers au fait des choses qu’ils savaient déjà “

 

 

ENCYCLOPÉDISATION

 

            Tendance d’un écrit ou d’une revue * à adopter une démarche tendant à embrasser la totalité des connaissances concernant les sujets qu’ils traitent .

 

ENCYCLOPÉDISER

 

            Le néologisme est de Diderot qui l’utilisait pour  qualifier l’énorme travail et les aléas de toutes sortes qui présidèrent à l’élaboration de  l’Encyclopédie .

            On peut le rencontrer appliqué à toute tâche littéraire fastidieuse et de grande envergure …

 

ENCYCLOPÉDISME  

                                                                                                           

            -Mouvement de pensée qui conduisit à la rédaction de l’encyclopédie* en prônant la recherche de l’acquisition de la totalité des connaissances humaines .

            -Terme un peu péjoratif qualifiant un enseignement visant plus  à donner une quantité maximale d’informations qu’à s’assurer de l’assimilation des connaissances

 

ENCYCLOPÉDISTE    

                                                                                    

            Le terme désignait ,à l’origine, un collaborateur de l’encyclopédie* de Diderot  (Voltaire,Montesquieu,Rousseau par exemple ...) ...ils ne jouissaient pas d’une excellente réputation et décriés par nombre de gens d’opinion très diverses,qui les nommaient “ Cacouacs  *  “ ou “ Tartares  *  “ , ils faisaient l’objet d’une surveillance de la part de la police qui établit pour chacun d’eux des fiches  souvent peu flatteuses .   et désigne aujourd’hui, tout collaborateur d’une œuvre encyclopédique .

            

 

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